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Un aveu de la Dia : l'État Islamique est une créature Us
La Maison Blanche a pris la décision d'aider les rebelles armés en Syrie malgré les avertissements des services de renseignements prévoyant l'avènement du groupe État islamique.

Dans le dernier épisode de l'émission Head to Head (Tête à tête) sur Al Jazeera, l'ancien directeur de l'Agence de renseignement de la Défense, la Defense Intelligence Agency (DIA), Michael Flynn, confirme au journaliste Mehdi Hasan qu'il a non seulement bien étudié le mémo de la DIA prédisant que l'Occident soutenait l'idée d'un État islamique en Syrie lorsque ce dossier lui fut soumis en 2012, mais prétend même que le sponsoring de djihadistes radicaux (qui deviendront EI et Nusra) par la Maison Blanche pour contrer le régime syrien fut une décision délibérée.

La discussion du mémo de la DIA commence à la minute 8: 50

De mnière étonnante, Flynn n'est pas d'accord avec la façon dont le journaliste, Medhi Hasan, pose ses questions. Flynn semble vouloir être clair sur le fait que les stratégies qui ont mené à l'apparition d'EI ne sont pas dues à l'ignorance ou à l'aveuglement, mais sont le résultat d'une décision prise en toute conscience.
Hasan : - Vous êtes donc en train de nous dire qu'à cette époque le gouvernement savait que ces groupes existaient, vous en avez vu l'analyse, et vous argumentiez contre, mais alors, qui n'écoutait pas ?

Flynn : - Je crois que c'est l'administration

Hasan : - L'administration a donc fermé les yeux face à votre rapport?

Flynn : - Je ne crois pas qu'elle ait fermé les yeux, je pense que ce fut une décision. Je pense même que ce fut une décision délibérée

Hasan : - La décision délibérée d'aider une révolte menée par des salafistes, al-Qaida et les Frères musulmans?

Flynn : C'était la décision délibérée de faire ce qu'ils sont en train de faire.

Hasan lui-même a exprimé sa surprise devant la franchise de Flynn à ce moment de l'interview. Tenant en main une copie de ce mémo de la DIA déclassifié en application de la Loi sur la liberté de l'information, Hasan en a lu à haute voix quelques passages : «Il existe une possibilité d'établir une principauté salafiste, déclarée ou non, en Syrie orientale et c'est exactement ce que veulent les puissances soutenant l'opposition syrienne, afin d'isoler le régime syrien.»

Plutôt que de dévaloriser l'importance d'un tel document comme le fit le département d'État après sa déclassification, Flynn a fait le contraire ; il a confirmé qu'en tant que chef de la DIA il «y a apporté une attention soutenue» et a ajouté plus tard que « les renseignements (qu'il contenait) étaient très clairs».

Le Général trois étoiles Flynn, qui peut parler tranquillement- puisqu'en retraite - est le plus haut responsble de services de renseignement en date à dire publiquement que les USA et les autres États soutenant les rebelles en Syrie l'ont fait en toute conscience et qu'envoyer des armes à al-Qaida était une décision politique ayant pour objectif de mettre la pression sur le régime syrien.
Hasan : - En 2012 les USA aidaient à coordonner les transferts d'armes vers ces mêmes groupes (salafistes, les Frères musulmans, al-Qaida en Irak), pourquoi n'avez-vous pas cessé de le faire si vous vous inquiétiez de la montée en puissance des extrémistes islamistes?

Flynn : - Je déteste dire que ce n'était pas mon boulot... Mais bon... Mon boulot était juste de m'assurer que les informations que nous présentions étaient aussi valides que possible.

Les premières informations sur ce mémo de la DIA disant qu'il avait un intérêt médiatique par son caractère très révélateur furent critiquées et même tournées en ridicule par quelques experts et même par des médias comme The Daily Beast. Pourtant celui qui était le directeur de la DIA à l'époque où fut rédigé ce mémo, largement mis en circulation, confirme maintenant sans aucune ambiguïté qu'il est de grande valeur et a même servi de base pour discuter, avec la Maison Blanche, de la stratégie à adopter vis-à-vis de la Syrie.

Étant donné que Michael Flynn était auparavant le directeur des renseignements pour le Commandement du groupe opérationnel interarmées (JSOC) à l'époque où la principale mission de ce centre était de démanteler al-Qaida, sa franche admission que la Maison Blanche, en réalité, armait et favorisait des groupes liés à al-Qaida est particulièrement choquante, vue sa position.

Il est assez perturbant pour l'esprit de voir un ancien haut fonctionnaire des renseignements du Pentagone, de niveau aussi élevé, en charge de la traque de Ben Laden confesser calmement que les USA ont apporté une aide directe aux fantassins d'Ayman al-Zawahiri en Syrie, au moins depuis 2012.

Cette confirmation est aussi significative pour mon propre travail de reportage sur ce mémo car, à l'époque, je fus contacté par quelques individus qui ont essayé de me convaincre que ceux qui connaissaient vraiment le dossier, experts et "initiés", savaient que ce document était sans valeur et sans aucune validité pour la communauté du renseignement et la stratégie à adopter vis-à-vis de la Syrie.

Cela avait commencé par un article du Daily Beast intitulé La conspiration EI qui a dévoré internet (The ISIS Conspiracy That Ate the Web) dans lequel un ancien fonctionnaire de la NSA, John Schindler, s'exprime en tant qu'expert proche de la source. Schindler conclut à propos de ce rapport de la DIA : «Il n'y a pas grand-chose d'intéressant à en tirer... Absolument rien de spécial là-dedans, pas une phrase.»

A ma grande surprise, juste quelques heures après avoir publié un droit de réponse aux propos de Schindler dans cet article du Daily Beast, j'ai été contacté par un fonctionnaire en exercice de la CIA qui est aussi un ami personnel de l'époque où je vivais à Washington.

Ce fonctionnaire, qui a passé la plus grande partie de sa carrière aux Affaires publiques de la CIA, m'a appelé personnellement pour me pousser à abandonner mes attaques contre la crédibilité de Schindler. En retour, je lui ai fait remarquer le côté fortement idéologique du personnage, auteur de commentaires à scandale, qui prétend toujours avoir des sources bien placées à l'appui de ses arguments. Ce fonctionnaire de la CIA a pourtant insisté pour me convaincre de la crédibilité de Schindler en tant qu'expert ayant de bons tuyaux et m'a assuré qu'il avait écrit son article «en toute connaissance de cause».

Cette interview historique par Mehdi Hasan du général Flynn devrait mettre un terme à ce débat. Ce document déclassifié de la DIA est maintenait confirmé comme une pièce centrale et importante pour faire la lumière sur les origines d'EI et devrait être la base d'un authentique débat national sur la politique US vis-à-vis de la Syrie et de l'Irak.

Et maintenant qu'il est reconnu comme pièce importante du dossier officiel du conflit en Syrie par des historiens internationaux respectés, tous les foyers US devraient avoir connaissance de ce document.

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