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Sans conditions préalables, l’un des figures du régime syrien, ex-vice président syrien et ancien ministre des affaires étrangères, Abdelhalim Kheddam nous a reçus dans sa somptueuse résidence à Porte Dauphine, Paris.
Abdelhalim Kheddam: « L’Iran est le décideur en Syrie »
Condamné à 83 ans à une peine capitale par la justice syrienne, l’ancien chef de la diplomatie syrienne a répondu sur la plupart des questions liées à la crise actuelle qui secoue son pays, particulièrement l’entrée de la Russie dans le champ de bataille en Syrie. Comme il est revenu sur la position d’un certain nombre de pays vis-à-vis de la crise syrienne, dont le régime de Al Assad, les acteurs régionaux, à savoir l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Turquie.

Premièrement, quel regard portez-vous sur la situation générale en Syrie après quatre ans du soulèvement populaire?

La situation est très difficile car la tuerie et le déplacement de la population se poursuivent, avec la participation de deux pays, l’Iran et la Russie. Le conflit n’oppose pas uniquement les Syriennes au tyran Bachar Al Assad, mais plutôt une guerre contre le régime syrien assassin, l’Iran et la Russie. Celle-ci a envoyé, il y a quelques jours, des armes très développées à Bachr Al Assad, tandis que l’Iran, lui aussi, envoie des experts, des armes et des combattants en Syrie. N’était l’intervention de l’Iran et de la Russie, Bachar serait tué ou incarcéré.

L’intervention de la Russie devient un secret de Polichinelle. Pourquoi la Russie intervient-elle, voire s’implique-t-elle dans ce conflit, d’autant plus nous savions ce qui lui était arrivée en Afghanistan?

La Russie a profité de la position réticente des États-Unis, ce qui a permis aussi bien à l’Iran qu’à la Russie d’intervenir en Syrie. Les desseins de la Russie en Syrie sont grands, d’autant plus qu’elle tente de ressusciter l’URSS, profitant de la position stratégique de la Syrie à laquelle elle s’attache.

Sur ce sujet, pensez-vous que les grandes puissances vont rester les bras croisés?

Après quatre ans et demi d'effusion de sang, de la mort d’un quart (1/4) de million de Syriens, le déplacement de 10 millions de personnes et l’effondrement de la vie politique et économique du pays, qu’attendent encore les États-Unis pour prendre une décision ferme?

La Russie est-elle intervenue pour servir les Alaouites ou ses propres intérêts?

Les grandes puissances n’interviennent que pour leurs intérêts. La Russie trouve la Syrie comme une région qui lui offre plus de moyens pour protéger ses intérêts au Moyen-Orient et lui permet d’intervenir en Asie centrale via Damas, Baghdad et Téhéran.

Y a-t-il uniquement l’intervention militaire pour protéger ses intérêts stratégiques? Pourquoi ne recourt-elle pas à d’autres mécanismes politiques, par exemple?

La Russie et tout autre pays ne se soucient guère de la situation du peuple, de la question des droits de l’homme, des théories et de la question de l’autodétermination…Si réellement les États-Unis veillent au respect des droits de l’homme, la situation qui prévaut en Syrie ne nécessite-il pas une intervention? De ce fait, la Russie est un pays sans principes et dictateur. Un dictateur ne pense, en vérité, qu’à ses propres intérêts et sa stabilité. Elle tente de reconquérir l’Asie centrale. N’étaient les puissances qu’elle utilisait, la Russie ne pourrait point aller au-delà de ses frontières.

Quels sont les motifs derrière le rapprochement entre la Russie communiste et l’Iran chiite?

D’abord, la Russie n’est pas un Etat communiste, mais plutôt dictateur. Il n’y a que les intérêts qui les ont rapprochés l’un à l’autre. L’Iran, de par sa position géographique, constitue un trait d’union entre la Russie et l’Asie centrale. En plus, du fait qu’il est allié de Bachar Al Assad, l’Iran représente alors une base pour la Russie en vue de protéger ses intérêts au Moyen-Orient.

Vous étiez l’un des artisans de la relation syriano-iranienne…comment trouvez-vous sa position vis-à-vis de la crise? L’Iran se bat-il réellement pour des raisons idéologiques?

Lorsque nous avons créé une alliance avec l’Iran, celui-ci était alors en pleine guerre contre l’Irak. Tous les Etats arabes n’ont pas digéré la politique de l’Iran. Toutefois, nous avions noué des relations avec l’Iran parce que le dirigeant iranien avait annoncé que son pays libèrera la Palestine et que les États-Unis sont le grand Satan. Ces deux questions nous nous intéressaient, en l’occurrence celle qui concerne Israël.

Le shah entretenait des liens avec Israël, mais aujourd’hui un autre régime se dit hostile à Israël. La révolution islamique en Iran a pris une dimension idéologique et suscité les sensibilités confessionnelles chez les musulmans chiites et poussé une bonne partie des chiites à partir en Iran. Ce qui attire beaucoup plus d’attention, c’est bel et bien l’accord irano-américain…

Khomeini a traité les USA de « grand Satan », tandis que son successeur Ali Khamenei a signé un accord avec ce même « grand Satan » pour préserver les intérêts de l’Iran. Ceci dit, il n’est guère une question confessionnelle, mais elle est utilisée au service de l’Etat.

Ce rapprochement irano-américain…est-il un mariage de jouissance ou un mariage catholique?

Dans les relations internationales, il n’y a pas de mariage catholique mais un mariage d’intérêt. Pour les États-Unis, l’Iran deviendrait un Etat comme tous les autres, s’il venait à stopper son projet nucléaire.

Vous avez donné un diagnostic complexe de la crise Syrie: quelles sont, selon vous, les issues à la crise? Le maintien de Bachar Al Assad au pouvoir, est-ce une solution?

S’il s’agissait d’une question entre le peuple syrien et le régime, elle serait réglée en espace de deux semaines. Mais, le problème qui se pose c’est que la crise est devenue un conflit d’intérêts entre les grandes puissances. La tuerie perptrée par le régime a donné naissance à l’extrémisme.

Il n’y avait pas d’extrémisme en Syrie lorsque je me suis retiré du pouvoir en 2005. J’ai alerté un nombre de dirigeants arabes sur la situation et leur dit que la situation risquerait l’explosion, si vous n’agissiez pas pour éviter au pays l’extrémisme…Malheureusement, la situation s’aggrave mais personne n’a bougé le petit doigt.

De ce fait, la communauté internationale et arabe assument une grande responsabilité. C’est aberrant d’entendre les Américains parler de la lutte contre l’extrémisme sans pour autant de le combattre à la racine. Bachar Al Assad, ce grand extrémiste qui a créé « Daesh », les mouvements terroristes et extrémiste, a tué des centaines de milliers de personnes et provoqué le déplacement des millions de Syriens. Les Syriens ont été contraints de prendre les armes pour se défendre, alors que la communauté internationale, et particulièrement les Arabes assistent en spectateurs.

Le soulèvement des peuples arabes a anticipé le départ de Ben Ali, Moubarek puis la mort de Kadhafi. Pourquoi Al Assad, lui, fait-il exception?

Parce que Al Assad n’est pas le décideur. C’est l’Iran qui est le décideur et puis la Russie.

Ça veut dire que Ben Ali, Moubarak et Kadhafi n’avaient pas d’alliés à l’étranger pour les défendre?

Ali Abdallah Saleh a des alliés à l’étranger, Moubarak est un politique qui a voulu ,de par sa démission, éviter à l’Égypte l’effusion de sang.

Ben Ali est un homme des services secrets. Il est nommé premier ministre avant d’opérer un putsch et s’emparer du pouvoir. Ses services secrets le tiennent informé de tout. Il a pris l’avion et fui le pays. Il est le décideur contrairement à l’assassin Al Assad qui n’est pas le décideur mais plutôt l’Iran ainsi que la Russie.

Comment qualifiez-vous l’attitude des régimes arabes à l’égard de la crise syrienne?

Il y a des épithètes que je juge inutiles. Nous devons dire qu’il y a plutôt une passivité mais pas une conspiration. D’ailleurs, je ne pense pas qu’il y ait un seul pays arabe qui est content du bain de sang i coule à flot en Syrie.

Plusieurs lectures disent que l’Algérie est visée, comme ce fut le cas avec l’Irak et la Syrie. Partagez-vous la même analyse?

Malheureusement les révolutions ont eu lieu des pays dits révolutionnaires. Il appartient à chaque responsable, faisant partie du régime de son pays, d’évaluer sa participation et dire au peuple la où il a raison et là où il a tort.

Vous avez visité l’Arabie Saoudite. Qu’est ce qui a été fait?

Effectivement, j’ai visité le royaume à l’invitation du pays et je leur ai exposé la situation en Syrie.

Certaines disent que vous avez obtenu des sommes d’argent de l’Arabie Saoudite. Est-ce pour financer un projet national ou un don personnel?

Je ne suis pas parti pour demander de l’argent, mais demander de soutien aux Syriens. Je ne suis pas chargé de ramener de l’argent et des armes pour les redistribuer.

Au sujet des réfugiés, la Turquie en a accueilli 2 millions. D’après vous, la démarche turque ne constitue-t-elle pas un investissement, ou bien l’a -t-elle entreprise pour des raisons humanitaires?

Il est injuste de douter l’intention de la Turquie qui a rendu service aux Syrien plus que tout autre pays. Erdogan, qui voit très loin, a beaucoup donné au peuple syrien qui n’oubliera pas son aide. De plus, Erdogan sait très bien que les Frères musulmans sont très impuissants en Syrie, alors que va-t-il bénéficier d’eux? Pourquoi tentons-nous dépouiller cet homme de sa tendance religieuse, éthique et humaine?

Vous dites la Turquie a rendu service à la Syrie. Ne pensez-vous pas qu’elle a contribué à sa destruction en laissant le passage aux combattants?

Les combattants ont débarqué en Syrie pour défendre leur peuple.

Vous aviez dit que vous faisiez partie du régime et que vous êtes prêt à rendre des comptes. N’avez-vous pas changé d’avis?

Oui, j’ai dit que je faisais partie du régime syrien et je suis disposé à rendre des comptes.

Dire que vous faites partie du régime syrien signifie que vous aviez une responsabilité de la situation actuelle?

Ma responsabilité au sein du régime concernait la politique extérieure et non la politique intérieure. La décision interne est du ressort du président et parfois des commissions qu’il installe lui-même. D’ailleurs, les Syriens étaient fiers de la politique extérieure de leur pays.

Que signifient ces personnalités pour vous: Hafed Al Assad?

Un dictateur au sens propre du terme.

Bachar Al Assad?

Un imbécile dictateur. Son père couvre la politique intérieure par des positions extérieures.

Khamenei?

Un homme intelligent qui a servi l’Iran. Sa position en Syrie est loin des attentes des Syriens.

Nasrallah?

Il a débuté en tant que combattant et fini par appliquer ce que lui dicte l’Iran. Il est leader iranien et non libanais…Nasrallah est le représentant d’Iran au Liban.

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