Mon compte

La connexion est en cours ...
×
Inscription

Articles

Algerie

«89% des entreprises algériennes sont dans le commerce et les services»

Vote utilisateur: 0 / 5

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
-Après les orientations (prétentions) libérales imprégnant ses débuts de mandat, le président Bouteflika fait un braquet dans son nouveau discours dans lequel il est question de «préférence nationale», de «patriotisme économique»… Qu’est-ce qui a provoqué ce changement de religion ? L’orientation économique, depuis 1999, avait une intention libérale mais celle-ci manquait cruellement de visibilité, notamment dans ce qui a trait à la prise en charge des intérêts de l’Algérie. C’est un type de libéralisme dépendant du libéralisme international qui consacre l’Algérie dans une position bien claire dans l’économie internationale, un «pays marché». Il n’y avait pas du tout de stratégie globale. Or, les pays émergents, les BRICS, qui ont réalisé de forts taux de croissance dans le cadre de l’économie libérale ont centré leur politique autour d’une stratégie de développement, conférant la priorité à l’industrialisation de leur économie. Aujourd’hui, les recettes économiques qui s’appliquent dans le monde sont un mélange de néolibéralisme et de keynésianisme, de «marché» et d’«Etat». Difficile de s’y retrouver. Il ne fait aucun doute que pour 2014, l’économie jouera un rôle important. C’est clair. Mais ce cafouillage, l’absence de stratégie globale empêchent toute visibilité. Car, depuis la crise de 2007, l’Algérie est dans le flou. Les lois de finances promulguées depuis 2009 sont un mélange d’orientations néolibérales dans la continuité de la ligne des années 1990, avec une touche de keynésianisme : un retour de l’Etat à travers la loi de finances 2009 et sa «règle 51-49%», de «préférence nationale» et un certain protectionnisme que nous pouvons même qualifié de «patriotisme économique». Cela reste flou. C’est un patriotisme économique qui manque de consensus national. Très frileux. On le voit dans l’hésitation du patronat, par exemple, qui patauge encore entre la défense de l’entreprise nationale et l’appel aux IDE. -Des orientations libérales accompagnées de transferts sociaux importants : on parle de plus de 15 milliards de dollars par an… Des transferts sociaux importants certes, mais qui obéissent à des objectifs politiques et non pas à des objectifs économiques comme par exemple le développement de la production nationale ou la mise en œuvre d’une politique de répartition qui, elle-même va alimenter cet effort de la production nationale. Voilà un segment d’une stratégie globale. Ce qui s’est passé en Algérie, c’est qu’à partir de l’année 2000 on s’est retrouvés avec une aisance financière importante. De cette aisance on n’a pas fait une politique de développement de l’outil de production nationale, avec une large diversification des activités. Au contraire, l’Etat a adopté une politique de dépense publique et opéré des transferts sociaux assez importants.  Les deux ont servi aussi les économies des autres pays. Une politique de dépense publique profite certes au pays, mais aussi aux autres. Toutefois, le montant des transferts sociaux est en tous points incomparable avec la facture d’importation : autour de 50 milliards de dollars. Nous devons changer de contrat social. L’objectif des transferts sociaux ne devrait plus être d’essence et avec des objectifs politiques, mais développer les capacités de la production nationale.  Nous devons mettre en œuvre une politique de répartition basée justement sur la valeur du travail, parce que distribuer comme ça la rente pour acheter la paix sociale ne mène à rien (…). Pourquoi ? Cette rente disparaîtra au plus tard dans quelques dizaines d’années. Bientôt, il n’y aura plus rien à distribuer. Et dans ce contexte de crise mondiale, avec tout ce qui se passe dans le monde arabe, un nouveau contrat social s’impose et doit se baser sur une économie productive, sur une répartition équitable des ressources, sans pour autant que celles-ci prennent l’allure de la charité, de l’aumône mais suivant la valeur du travail. -La présidentielle de 2014 n’est pas qu’une échéance politique. Elle est aussi et surtout au cœur d’enjeux et d’intérêts économiques gigognes, même d’une «guerre économique». L’issue des confrontations entre les forces en présence déterminera le futur modèle et les options économiques du pays avec leurs factures respectives… Le capital international fera tout pour exporter sa crise, la faire supporter par nos pays. D’où les 5 milliards prêtés au FMI ou encore le recours aux dollars, au taux change et à l’intérêt pour faire supporter cette crise aux pays en voie de développement et aux pays intermédiaires. Les débats actuellement en cours en Europe et aux USA pour la création d’une zone de libre-échange s’intègrent dans cette optique. Les USA veulent une alliance avec l’Europe pour, entre autres, contrer la montée des BRICS. Les Etats-Unis ont ce besoin de créer cette zone, qui sera plus importante que l’OMC. Parce qu’à l’OMC, les pays émergents ont réussi à s’imposer. La preuve, le cycle de négociation de Doha est bloqué par ces mêmes pays émergents. Les USA veulent dépasser l’OMC et les règles d’échange multilatérales en essayant de faire alliance avec l’Europe. Le deuxième objectif de la création de cette zone est bien évidemment de se sortir de la crise en faisant supporter le fardeau aux autres. C’est sûr que l’élection algérienne est un enjeu international. Maintenant, il faut savoir si dans cet enjeu-là il reste encore une place pour l’Algérie. Personnellement, je suis pessimiste. Je ne soupçonne pas un instant le capital international de vouloir aider l’Algérie à disposer d’un outil de production performant, à développer un secteur privé productif, etc. C’est là l’enjeu, à mon avis. Les pays développés, les Etats-Unis, l’Europe ne veulent rien d’autre que pérenniser la division classique internationale du travail en faisant de nos pays un marché. Maintenant, en Algérie, c’est sûr qu’il y a des forces que la situation actuelle conforte : les importateurs. Le capital bureaucratique, spéculateur  et commercial : les trois formes de capital dominant malheureusement en Algérie avec un secteur informel très important. Je pense que l’allié stratégique, naturel de cette stratégie du capital international ce sont ces gens-là. C’est que la situation actuelle de notre économie nationale les arrange. -Comment ces forces peuvent-elles influer concrètement sur le déroulement du prochain scrutin ? Pour elles, il suffit de laisser les choses en l’état, telles qu’elles sont. C’est le statu quo qui les arrange le plus. Le système perdure sans changements fondamentaux. En face, bien sûr, il y a des forces patriotiques tournées vers la production nationale aussi bien dans le public que dans le privé. Ces forces veulent un vrai changement pour aller vers une économie créatrice de richesses, productive, une économie qui arrive à se placer dans la mondialisation, dans le schéma de l’économie mondiale. Bien sûr, ces forces sont persuadées que ceci ne peut se faire que par l’industrialisation de l’Algérie. Industrialisation pas au sens classique de l’évolution industrielle. Parce que chaque évolution industrielle a ses leviers propres. Dès que le mot industrialisation est prononcé, on convoque automatiquement les années 1970 : industrie lourde, parti unique, soviétisme. Mais chaque étape de l’histoire a sa particularité. Aujourd’hui, on vit la troisième révolution industrielle, à savoir la révolution numérique dont la base est le capital humain, la connaissance. Si on évoque la nécessité d’une réindustrialisation en Algérie, c’est justement dans la perspective d’amorcer cette révolution numérique. L’industrialisation a un immense effet de drainage sur tous les secteurs d’activité, de l’agriculture au tourisme. Par ailleurs, seule l’industrie peut résorber le problème de chômage. On ne peut pas moderniser le pays ni le faire entrer dans l’ère de la démocratie, des droits de l’homme sans l’industrie. Cela a été démontré. En Algérie, ces forces de l’inertie qui ne veulent pas d’un changement de ce type existent. C’est clair. Mais il faut peser leur poids réel. Le secteur privé est très faible. Pour des raisons historiques d’abord. Le colonialisme n’a pas construit un tissu privé. A l’indépendance, l’étatisme – avec un idéal socialiste – n’a pas aidé à développer un secteur privé productif, mais au contraire un secteur privé commercial parasitaire, qui s’est introduit dans les sphères du commerce et de la distribution et s’est enrichi sur la base de la spéculation, en profitant et ou en organisant les pénuries.  Le troisième capital qui s’est développé c’est le capital bureaucratique qui a profité de sa position dans l’Etat et s’est enrichi à  travers les marchés publics et les commissions. Et aujourd’hui on se retrouve avec ce capital dominant. L’enquête économique de l’ONS confirme que la structure du privé algérien, le secteur tertiaire qui comprend le commerce et les services, c’est 89% des entreprises algériennes, dont 55% d’entreprises commerciales. 84% de ces entreprises font du commerce de détail. 33,9% ce sont les services. 89% des entreprises en Algérie sont concentrées dans le commerce et les services. C’est le grand malheur de l’Algérie. Les 10% qui restent et qui sont soi-disant dans l’industrie, soit 97 000 entreprises sur 528 000 entreprises : 23,4% dans l’agroalimentaire et le BTP. Ces chiffres témoignent de la puissance de ces forces et interrogent sur les rapports de force qu’elles imposent au sein de la sphère politique.  ...

Lire la suite : «89% des entreprises algériennes sont dans le commerce et les services»

Tartufferie occidentale

Vote utilisateur: 0 / 5

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
Il y a quelques années, le maire d’un petit village du Québec – 300 habitants, aucun étranger – promulga un arrêté interdisant la lapidation des femmes. Un journaliste s’étonna : il n’y avait dans ce village aucun musulman, et s’il y en avait eu un, pourquoi le suspecter a priori de maltraiter sa femme ? «J’aime la manière dont nous vivons ici, se contenta de répondre le maire, et je ne veux pas qu’elle change.» Délire d’un paranoïaque ? Nullement. Ou alors, du Canada aux Etats-Unis, de la Norvège au Danemark, de la Belgique à la France, des pays d’Europe à tous ceux où «les Blancs» font la loi, ils sont tous paranoïaques, tous atteints par cette «hystérie galopante» qui les saisit dès qu’ils ont affaire à des musulmans. C’est ce que montre dans un brillant essai, La chasse aux Musulmans,(1) Sherene H. Razack, une sociologue canadienne, professeur à l’université de Toronto. Le «dangereux» musulman, la musulmane «en péril» et l’Européen «civilisé» : trois figures emblématiques que les Occidentaux mettent en scène pour illustrer la fable qu’ils se sont inventée — celle d’une grande famille de nations chrétiennes obligées d’utiliser la force pour se protéger de la «menace» que représentent les musulmans. Si cet essai rappelle les innombrables mesures de répression qu’ils subissent de la part des Occidentaux — surveillance permanente, arrestations arbitraires, torture, assignation à résidence dans des camps, emprisonnement, discriminations à l’emploi…— son mérite est ailleurs : dans l’analyse des causes d’un pareil traitement et des avantages que les Occidentaux en retirent. La «justification» qu’ils donnent de leur conduite à l’égard des musulmans réside dans la nature qu’ils leur prêtent. D’où le terme de «pensée raciale», que l’auteure utilise pour qualifier leur attitude et qu’elle estime plus riche que le terme de racisme. La «pensée raciale» englobe, en effet, toutes les caractéristiques — immuables — qu’elle prête  aux musulmans : des êtres par nature fanatiques, irrationnels, violents et misogynes. D’où la nécessité de les soumettre à des contrôles permanents : étrangers à la modernité, hostiles à ses valeurs, mariant leurs filles de force, voilant leur femme, ils sont dangereux. Répliquer aux Occidentaux que ce jugement est un jugement de haine, que cette «nature» qu’ils prêtent aux musulmans est un fantasme ne servirait évidemment à rien. Car la «pensée raciale» présente, pour ceux qui la propagent, de nombreux bénéfices : en accablant les musulmans, elle purifie les Occidentaux de leurs tares ; en noircissant les uns, elle blanchit les autres ; en traitant les uns de primitifs», elle permet aux autres de se croire civilisés. Sherene Razak retourne le portrait, ou le met à l’endroit, et nous invite à voir, dans la description que les Occidentaux font des musulmans, leur propre image. Prétendre que les musulmans sont des êtres frustes, qu’ils maltraitent les femmes, jouent du couteau..., c’est une façon d’exorciser leur collectivité de caractéristiques qui y sont largement présentes. Affirmer que les musulmans sont misogynes permet de s’aveugler sur la misogynie de sa propre société ; les soupçonner d’être des violeurs potentiels, c’est oublier que dans son propre pays les viols n’ont rien d’exceptionnel, qu’en France par exemple on en décompte 108 quotidiennement et que tous les trois jours une femme meurt sous les coups de son mari.(2) Faire de la violence un trait «naturel» des musulmans, c’est ne pas voir les multiples violences que les «civilisés» leur font subir — violence d’une école qui en majorité les rejette, violence du chômage et des logements misérables, violence de salaires au rabais, violence des frontières qui se ferment. Plaindre ces musulmanes obligées de se voiler permet à une Occidentale de se croire «moderne», «civilisée», même si le soir, en rentrant, son mari l’injurie ou la gifle parce que le repas n’est pas prêt. Déplorer que tant d’adolescentes musulmanes soient interdites de sortie évite de s’interroger sur le laxisme dont on fait preuve à l’égard de ses filles et s’indigner de la présence, au pied de son immeuble, de jeunes beurs vendeurs de drogue, permet de ne pas remarquer la démarche incertaine de son fils au retour d’une soirée. Faut-il souligner, enfin, que même la défense d’une laïcité pure et dure évite à bien des Occidentaux de constater à quel point, dans leur pays, cette laïcité est problématique ou en danger : contestation par les églises de la légalisation de l’avortement et du mariage pour tous, agressions contre les cliniques qui ne tiennent pas compte des «avertissements» des intégristes catholiques, survivance du Concordat napoléonien dans deux départements français, l’Alsace-Moselle, où l’Eglise gère les écoles à égalité avec le pouvoir civil, qui prend à sa charge le salaire des prêtres, des pasteurs et des rabbins. Laïcité, égalité des hommes et des femmes, respect de la personne humaine, liberté individuelle : il n’est pas une seule de ces valeurs proclamées que l’Occident ne détourne de sa fin et l’utilise comme arme de guerre contre les musulmans, leur ôtant à toutes, par-là même, leur signification humaniste et les érigeant en moyens sordides au service de sa tartufferie habituelle.                           ...

Lire la suite : Tartufferie occidentale

le mouvement abolitionniste algérien à la traîne

Vote utilisateur: 0 / 5

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
Le mouvement abolitionniste en Algérie, et dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient en général, est pénalisé par l’instabilité politique, la faiblesse de l’Etat et l’emprise de la religion sur la question de la peine de mort. Ce sont là les conclusions d’un séminaire international organisé par le Parlement français les 9 et 10 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort. Paris De notre correspondant L’Algérie a été représentée à ce rendez-vous important par Mohamed Bedjaoui, en sa qualité de membre de la commission internationale contre la peine de mort. Présidant l’atelier consacré aux états des lieux, l’ancien ministre des Affaires étrangères algérien a réaffirmé que «la peine de mort est une atteinte à l’un des droits fondamentaux de l’homme, celui du droit à la vie». Le conférencier a exigé d’exclure des débats la question religieuse et la charia comme condition à l’aboutissement du mouvement abolitionniste dans les pays arabes. «Le code pénal des 22 pays arabes ne se base pourtant pas sur la religion», souligne-t-il après avoir auparavant regretté que «le pouvoir islamiste dans le réseau MENA existe. Ce pouvoir est apparent ou rampant en attendant son heure». Concernant, notre pays, M. Bedjaoui a critiqué ouvertement la faiblesse du pouvoir politique : «En Algérie, on annonce des réformes : constitutionnelles, code électoral… et même des augmentations de salaires uniquement pour anesthésier le mouvement social. L’abolition de la peine de mort, c’est le rôle de l’Etat et non pas de la société civile, alors que l’Etat lui-même est en panne.» Puis, l’avocat Miloud Brahimi, ancien président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), a pris la parole pour tracer brièvement un état des lieux du mouvement abolitionniste en Algérie, depuis 1962 à nos jours. Il a rappelé que «le débat sur l’abolition de la peine de mort a été entamé dès l’indépendance. Depuis 1993, date de la dernière exécution, notre pays a aboli de fait la peine de mort, en acceptant de signer un moratoire international». Me Brahimi a indiqué que «le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a exprimé plusieurs fois sa position en faveur de l’abolition, mais n’a jusqu’à maintenant pas pris de décision politique dans ce sens». «Personnellement, je pense qu’il faut aller vers une alliance du mouvement abolitionniste régional pour constituer un groupe de pression qui impose aux Etats arabes l’abolition de la peine de mort», a-t-il conclu. Bien qu’on ne dispose pas du nombre des condamnés à mort exécutés dans notre pays depuis l’indépendance, il est important de noter que 677 condamnations à mort sont en cours, dont 153 ont été prononcées en 2012. Les principaux chefs d’inculpation sont liés aux crimes de sang les plus graves et quelques crimes contre la sûreté de l’Etat, notamment les actes terroristes. Jusqu’à 1993, la justice algérienne utilisa le peloton d’exécution (armes à feu) pour la mise à mort des condamnés. Après l’abolition de fait de 1993, plusieurs révisions du code pénal, surtout depuis 2001, ont réduit le champ d’application de la peine de mort. En 2010, l’Etat algérien a parrainé et voté en faveur de la résolution 65/206 de l’Assemblée générale des Nations unies relative à l’adoption d’un moratoire sur l’application de la peine de mort. A partir de 2011, l’Algérie est l’un des pays cible d’un projet d’ensemble contre la peine de mort, dont l’objectif est de porter le mouvement abolitionniste au Maghreb et au Moyen-Orient. En 2012, notre pays a renouvelé son vote en faveur du moratoire des Nations unies.  ...

Lire la suite : le mouvement abolitionniste algérien à la traîne

«On attend la loi abolitionniste promise par le président Bouteflika»

Vote utilisateur: 0 / 5

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
«On attend la loi abolitionniste promise par le président Bouteflika» -Dans quel contexte historique le mouvement abolitionniste algérien a-t-il vu le jour ? Ce mouvement a commencé très tôt dans notre pays. C’est-à-dire près d’une année et demie après l’indépendance. L’Algérie venait de sortir d’une guerre terrible où beaucoup de nos héros avaient été exécutés à la guillotine. En mai 1964, Ali Haroun a proposé l’abolition de la peine de mort. Ce qui était merveilleux à l’époque. Malheureusement, Ben Bella s’y est opposé pour des motifs politiques évidents car il voulait garder sous la menace les leaders nationaux qui étaient contre lui. Effectivement, en septembre 1964, il fit exécuter le colonel Chaabani…   Mais avant cela, il y avait aussi une proposition de Mme Zohra Drif-Bitat en faveur de l’abolition de la peine de mort, lors des débats à l’Assemblée nationale constituante de septembre 1962…En tout cas, c’est vrai que Mme Bitat est une abolitionniste. Sa voix portait beaucoup. Mais à l’époque, ce qui était le plus important, c’était le facteur politique. -Au-delà des raisons politiques dissimulées, qu’a-t-on opposé à l’abolition comme arguments ? Une chose est sûre : durant toute la période post-indépendance, on n’a jamais opposé l’argument religieux aux abolitionnistes. Il y avait certes toutes sortes d’arguments politiciens, mais jamais d’arguments religieux. Cela viendra beaucoup plus tard… Durant la décennie noire, les assassinats, les massacres et les crimes absolument horribles et barbares ont rendu le combat abolitionniste presque impossible. -Comment le moratoire de 1993 était-il donc possible ?   C’est un moratoire international sur l’application de la peine de mort. L’Algérie l’a signé en 1993, à l’initiative du pouvoir en place. Depuis, il est appliqué de fait. La dernière exécution concerne celle des auteurs du massacre commis à l’aéroport d’Alger (attentat du 26 août 1992). Le procès s’est achevé le 26 mai 1993 avec la prononciation de 12 condamnations à mort (7 condamnés ont été exécutés le 31 août 1993, ndlr). -Dans ce cas, quel intérêt à réclamer l’abolition de la peine de mort du moment que les condamnations ne sont pas exécutées ? Certes, les exécutions ont cessé. Par contre, nous n’avons aucune assurance que demain on ne rétablisse pas la peine de mort pour un crime passionnel, par exemple. Ça n’a pas de sens ! Nous avons donc continué à réclamer l’abolition. En 2003, le président Bouteflika lui-même a déclaré, à Bruxelles, qu’il était favorable à l’abolition. Il a ajouté que ce qui l’empêchait de faire une loi abolitionniste, c’était le contexte de troubles qui n’avait pas encore tout à fait cessé. En 2004, le ministre de la Justice de l’époque a annoncé officiellement que le gouvernement allait déposer un projet de loi pour l’abolition. On l’attend toujours cette loi promise ! Actuellement, le militantisme abolitionniste en Algérie certes n’a pas cessé, mais a baissé le ton. Je crains que notre pays ne soit pas encore prêt pour l’abolition. Le ministère des Affaires religieuses campe sur sa position dans laquelle il affirme qu’il ne faut pas annuler la peine de mort là où la religion la prévoit. Même le syndicat de la magistrature s’est déclaré favorable à la reprise des exécutions, synonyme de la fin du moratoire. L’Etat peut le décider à tout moment, surtout qu’après l’abominable assassinat de deux enfants à Constantine, Haroun et Brahim, l’opinion publique était très favorable au rétablissement de la peine de mort. -Justement, quelle est votre appréciation du traitement médiatique de cette affaire ? Le traitement médiatique de cette affaire a été très négatif pour nous, abolitionnistes. Tout en se déchaînant – à raison contre les criminels – la presse a relancé le débat en faveur non pas de l’abolition, mais de la reprise des exécutions. On a présenté cela comme un moyen de lutte contre ces crimes odieux, alors que nous savons tous que la peine de mort n’a jamais été dissuasive dans n’importe quel pays. D’ailleurs, les abolitionnistes et les non-abolitionnistes sont d’accord là-dessus. La peine de mort n’a aucune valeur d’exemplarité. Au moment de passer à l’acte, un criminel ne s’arrête pas dans son geste en pensant à la loi.  ...

Lire la suite : «On attend la loi abolitionniste promise par le président Bouteflika»

Lettre ouverte au président de la République, chef de l’Etat

Vote utilisateur: 0 / 5

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
Un quart de siècle après les événements d’Octobre 1988, aux promesses contrariées de démocratie et de liberté d’expression, maître Ali Haroun transmet à notre rédaction «la lettre ouverte signée par 9 avocats le 12 octobre 1988, adressée au président Chadli Bendjedid après les événements du 5 Octobre 1988». Il fait remarquer que «bien des observations relatives aux discours flatteurs et acquiescements intéressés, à la liberté d’expression, à la malvie des jeunes sont, 25 ans plus tard, encore d’actualité». Monsieur le Président, Durant la semaine écoulée nous assistions, impuissants et désespérés, à la mort de centaines d’Algériens, consécutive aux douloureux événements subis par le pays et aux mesures de rétablissement de l’ordre qui s’en suivirent. Ainsi le sang de la jeunesse algérienne a coulé. Dans cette étape difficile, vous avez sollicité le soutien des citoyens. Nous pensons apporter la plus efficace des aides possibles en exprimant ce que nous croyons être la vérité, évitant une fois pour toutes le discours flatteur ou les acquiescements intéressés que d’autres ont cru devoir manifester aux régimes successifs pour le plus grand malheur de notre peuple. Il n’est pas de citoyen conscient qui ne ressente au fond du cœur la blessure grave infligée par la fin tragique de ces adolescents et la détérioration incalculable de notre patrimoine national. Cette même conscience nous dicte d’en rechercher les véritables causes pour en éviter la terrible répétition.Dans votre message du 10 octobre, vous avez, Monsieur le Président, évoqué certaines raisons, qui sont autant de mobiles sans être pour autant des justifications de ce qui est advenu. Insuffisances dues aux catastrophes naturelles, à la sécheresse provoquant la baisse dans la production agricole, à la crise mondiale entraînant la chute du prix des hydrocarbures (et, par voie de conséquence, celle des revenus de la nation aggravée par la dette publique), à une croissance démographique non maîtrisée. Certes, ces facteurs conjugués expliquent la pénurie générale actuelle, peu supportable pour la plupart des familles aux revenus déjà faibles et rongés par l’inflation. Pour la jeunesse, le chômage inavoué et un avenir sans espoir constituent le lot de la grande majorité. Voilà qui expliquerait, semble-t-il, l’explosion de la dernière semaine. Elle n’aurait cependant pas revêtu ce caractère anarchique et destructeur si les manifestants avaient réellement eu la possibilité de dire librement leur malaise et leurs opinions dans les formes pacifiques que toute législation de pays démocratique se doit de prévoir. Le mal est donc plus profond et plus lointain. Monsieur le Président, si nous tenons à faire en toute objectivité notre autocritique, comme vous l’avez clairement souligné dans votre message, force est de reconnaître que depuis 26 ans le peuple algérien, dans ses différentes composantes, n’a jamais eu la faculté de s’exprimer librement. Nous avons cru devoir sacrifier la naturelle diversité d’opinions à un unanisme de façade ou un monolithisme imposé, et cela en vue d’une hypothétique efficacité. Si l’unité de conception avait été un facteur indispensable durant la guerre d’indépendance – car une direction divisée n’aurait su parvenir à ses buts – aujourd’hui, une opinion captive dans un pays libéré ne saurait valablement éclairer l’Etat sur les réels désirs du peuple. Nul groupe dans un pays démocratique ne saurait s’attribuer le monopole de la pensée ou de son expression ni celui du choix exclusif des gouvernants. C’est pourquoi les avocats qui, durant la guerre de Libération dans les rangs du FLN, certains au péril de leur vie, défendirent le droit à l’indépendance nationale, ont maintenant le devoir de dire que l’avènement des libertés individuelles est nécessairement conditionné par le respect du pluralisme démocratique. Confiants dans la détermination du chef de l’Etat, ils l’assurent de leur soutien dans la promotion de telles réformes. Alger, le 12 octobre 1988 Amara, Belhocine, Bentoumi, Bouzida, Haroun, Menouer, Rebbani, Tayebi, Zertal (avocats au Barreau d’Alger et à la Cour suprême d’Algérie)  ...

Lire la suite : Lettre ouverte au président de la République, chef de l’Etat