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D’anciens hauts responsables alertent

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La situation économique est très inquiétante et fait réagir experts et hommes politiques. Hier, le Mouvement pour la société et la paix (MSP) a ouvert son siège à un débat autour de la transition économique en invitant l’ancien ministre et expert pétrolier, Abdelmadjid Attar, à diagnostiquer le mal de l’Algérie. «Un pays dont la force de travail est absorbée par l’administration publique et le commerce avec 50% dans le secteur informel est un pays assis sur une bombe», déclare l’ancien PDG de Sonatrach et ministre des Ressources en eau. M. Attar, qui a plaidé dans son intervention pour une transition énergétique, estime que les premiers signes de la crise ont commencé dès 2007 avec une baisse des ressources et de l’effort de production d’hydrocarbures. Passant de 7 milliards de tonnes équivalent pétrole (tep) au début de l’industrie pétrolière, à un faible niveau de 1,3 milliard de tep en 2015, il est difficile de prévoir d’ici 2020 pouvoir atteindre un niveau acceptable de production. «Nous avons continué à produire plus que le niveau des découvertes. Nous avons épuisé plus de 50% des réserves qui vont en s’amenuisant» explique le spécialiste en notant que le niveau de consommation de l’énergie n’a cependant pas cessé d’augmenter. «L’Algérie est un pays énergivore, le plus grand consommateur d’énergie en Méditerranée, mais sans aucune valeur ajoutée économique. Chaque année, la consommation de carburants augmente de 8%, celle de l’électricité en hausse de 12% et celle du gaz de 7%. Nous consommons 3 fois plus d’énergie que durant les années 1990, et le gros de cette consommation est absorbé par le transport et les ménages à hauteur de 79%», alerte M. Attar. La rente pétrolière qui baisse chaque année depuis 2012 fait craindre à tous les analystes un scénario catastrophe pour l’Algérie. «Même le Fonds de régulation des recettes ne contient pas grand-chose. Les meilleures prévisions disent que les cours du pétrole ne dépasseront pas les 50 dollars en 2016 alors que le pays a besoin d’un prix du baril de 132 dollars pour ne pas sombrer», avertit encore l’analyste qui plaide pour un recentrage des efforts sur le gaz naturel. «Il est impératif d’arriver à produire 70 milliards de mètres cubes d’ici 2030 pour faire face aux besoins nationaux en gaz. Si on ne produit pas grand-chose d’ici 2020, nous serons obligés de diminuer les exportations de GNL et en 2030 on risque même de ne pas avoir de gaz pour le marché national», indique M. Attar en appelant à miser sur les énergies renouvelables. «Pour les énergies non conventionnelles, il faudra attendre encore quelques années pour maîtriser les techniques. Les énergies renouvelables sont une solution parfaite pour assurer notre sécurité énergétique qui est un enjeu plus important que la rente», explique M. Attar, appelant à des réformes globales pour arriver à une nouvelle politique économique garantissant d’autres sources de revenu que la rente pétrolière. L’ancien Premier ministre, Sid Ahmed Ghozali, invité du MSP, a tenu à souligner dans son intervention qu’il faut éviter de tomber dans le piège de la crise causée par les prix du pétrole : «En insistant sur cette idée de cause à effet entre baisse des prix et crise économique, le système veut justifier des mesures d’austérité touchant au niveau de vie des citoyens. Le problème de l’Algérie n’est pas dans le prix du pétrole mais dans son système politique qui 55 années durant a basé le budget de l’Etat sur une richesse que nous n’avons pas créée.» Et l’ancien Premier ministre d’ajouter : «L’insistance sur les prix du pétrole est la manœuvre d’un pouvoir qui a échoué à permettre à la société algérienne de faire exploser son énergie créatrice… A cause de ce système, le pays court de grands dangers et son unité est menacée. Ce système a échoué, il doit partir.» Effleurant le cas du retour de Chakib Khelil, Sid Ahmed Ghozali souligne que la rencontre au MSP n’a pas pour objectif de faire le procès d’une personne. «Nous ne sommes pas là pour nous rabaisser à parler d’une personne, mais cela ne veut pas dire que nous fermons les yeux sur les scandales qui ont touché ce secteur… on se demande d’ailleurs pourquoi la justice algérienne ne s’est pas portée partie civile dans l’instruction ouverte par la justice italienne. Est-ce la preuve d’une implication de l’Etat dans cette affaire ?» L’ancien Premier ministre Ahmed Benbitour a noté, pour sa part, que le pouvoir actuel est incapable de répondre aux exigences de l’heure et d’apporter des solutions. L’ancien ministre Abdelaziz Rahabi estime, quant à lui, que l’interrogation essentielle aujourd’hui est de savoir ce que l’Algérie a fait de la fameuse manne des 850 milliards de dollars. Et d’affirmer que les responsables du bilan de la politique énergétique depuis 1999 ne sont autres que Abdelaziz Bouteflika et Chakib Khelil.  

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Etudiants algériens en France : Quand la précarité mène au suicide

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Le nombre d’étudiants algériens en France ne cesse d’augmenter. Ils sont actuellement plus de 26 000 à poursuivre leurs études dans les différentes universités françaises. Mais qu’en est-il réellement du quotidien de ces jeunes diplômés, partis à la recherche du savoir, ou d’une vie meilleure ?  L’Association des Algériens des deux rives et leurs amis (Addra) s’est penchée sur la question en menant une enquête qui a couvert un échantillon de 320 étudiants. L’enquête révèle une réalité amère. « Des centaines étudiants n’arrivent pas à subvenir à leur besoins alimentaires alors que d’autres se trouvent carrément contraint à vivre dans la rue », résume Yougourthen Ayad, président de l’association Addra, lors d’une conférence de presse organisée, aujourd’hui samedi, au siège de Laddh à Alger.    L’Association, dit-il, a recensé une dizaine de cas de suicide parmi la communauté estudiantine algérienne en France, durant l’année 2015. Le suicide est le résultat final de la précarité que vivent certains de ces étudiants confrontés à des obstacles administratifs.  Les accords conclus entre les Etats français et Algériens font que les étudiants algériens ont besoin d’une autorisation de travail contrairement aux étudiants issus d’autres pays qui trouvent plus de facilités à accéder aux marchés de travail.   Il est expliqué, dans le rapport, que la législation française sur le travail autorise les étudiants, étrangers à exercer une activité rémunérée de 964 heures. L’étudiant Algérien, quant à lui, a droit seulement à 822 heures. Et en plus, il doit obtenir une autorisation auprès de la direction départementale du travail.    Le rapport souligne que l’hébergement reste l’un des « soucis majeurs » des étudiants algériens qui « doivent faire preuve d’un sens accru de la débrouillardise pour s’en sortir !  Certains en viennent même à dormir dans les transports publics, dans des centres d’hébergement d’urgence et parfois dehors ! ».    Campus France au banc des accusés   Les étudiants algériens se trouvent « perdus » dans les rouages des administrations françaises, à chaque fois qu’ils ont besoin de renouveler leurs titres de séjour. Selon l’enquête, Campus France, structure chargée de sélectionner les étudiants éligibles à un visa d’études en France, est aussi responsable de cette situation : « l’une des missions qui incombe à cet organisme est de « fournir les informations nécessaires pour les différentes démarches à entreprendre auprès de différentes institutions en France (couverture médicale, démarche auprès de la préfecture, logement…), or, dans les faits, les étudiants ne sont informés de ces procédures qu’une fois arrivés en France et à travers des circuits d’information non officiels ».    Les rédacteurs du rapport estiment que « Campus France n’encadre pas suffisamment les étudiants (…) et se contente de jouer le rôle d’une passerelle avec les universités, ce qui ne justifie nullement les tarifs appliqués (8000 DA ndlr) ».   L'Association Addra a appelé les pouvoirs publics algériens à mettre en place une structure d’accueil des étudiants et à « renforcer les accords de coopération avec la France », pour mettre fin à cette « situation alarmante ». 

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«C’est chez l’élite politique où l’on est confronté au machisme et à la misogynie»

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Elle dirige le parti de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), créé en 2012, et s’illustre par ses positions courageuses contre l’intégrisme, la politique d’exclusion exercée aussi bien par le pouvoir que la classe politique. Elle, c’est Zoubida Assoul, ancienne magistrate, devenue avocate, avant d’être chef de parti. Dans cet entretien, elle revient sur la situation du pays mais aussi sur sa participation au sein de l’Instance de suivi et de coordination de l’opposition (ISCO).   Le secrétaire général du FLN organise un rassemblement le 31 mars, le même jour où l’opposition, dont vous faite partie, tiendra sa conférence. Comment interprétez-vous cela ? Nous avons pris part à Zéralda 1, parce que l’Union pour le changement et le progrès (Ucp) considère que les problèmes auxquels est confrontée l’Algérie nécessitent la conjugaison des efforts de tout le monde. L’expérience a prouvé que cette crise ne peut être résolue par le pouvoir uniquement, ou par les partis politiques seulement. Le gouvernement reconnaît par les chiffres que la conjoncture géopolitique et économique exige une unité autour de l’Algérien et non pas autour d’un groupe ou d’un homme. La situation à nos frontières, en Tunisie, en Libye et au Mali est un poids énorme pour l’Algérie. D’abord pour assurer sa sécurité, mais aussi pour rassurer et aider les pays voisins. Leur sécurité est liée à la nôtre. L’arrivée de Daech en Libye et la circulation d’armes lourdes dans ce pays constituent un danger énorme pour l’Algérie. Nous ne sommes pas en campagne électorale présidentielle pour se positionner pour ou contre le Président. C’est de la déviation politique. Bouteflika a été réélu en 2014. Aujourd’hui, au lieu de faire face à la crise qui secoue le pays, l’alliance présidentielle se braque sur une opposition qui tente d’apporter des solutions, en lui refusant tout droit de critiquer. Si elle est liée au programme du Président, elle doit reconnaître son propre échec, et non pas celui de l’opposition, parce que celle-ci n’était pas aux commandes. Un parti comme le FLN dirige depuis plus de 50 ans. N’est-il pas responsable du désastre ? Qui dirige les APC, les APW, les deux Chambres ? N’est-ce pas le FLN ? Il faut que cette alliance change de regard sur l’opposition. L’ISCO est composée aussi d’anciens membres du régime et de partis politiques qui ont adhéré à la coalition gouvernementale. N’ont-ils pas une part de responsabilité dans cet échec ? Lorsque nous avons pris part à la première réunion de l’ISCo, nous avions, en tant que parti, donné notre avis sur cette question. En disant qu’il ne faut pas se situer autour des personnes, mais plutôt autour des solutions à la crise. L’Ucp, en tant que jeune parti politique, qui a fêté le 19 mars son troisième anniversaire, a émis de nombreuses propositions pour résoudre des problèmes profonds. Le pays vit une situation chaotique. Je reviens de Tébessa effondrée. Cette ville frontalière est un désastre par rapport à la ville tunisienne El Kef, qui lui fait face. Pourtant, la wilaya aurait dû être un pôle touristique par excellence. Elle recèle 64% du patrimoine archéologique algérien. Elle a été réduite à la contrebande. Pas de développement ou de projet structurant fédérant toutes les capacités de cette wilaya pour créer de l’emploi. Où vont tous ces jeunes sortis des universités ? C’est le désespoir total. Les partis réunis autour du gouvernement, doivent se situer autour des solutions à la crise. Nous pouvons aller vers des assises nationales, avoir une feuille de route avec des objectifs à court et moyen termes. Je suis révoltée lorsque j’entends certains partis de la coalition s’attaquer à l’opposition, comme si elle était la cause des malheurs de l’Algérie ! Ce n’est pas l’opposition qui a gouverné et mené le pays vers le désastre. Certains reprochent à l’opposition de se limiter uniquement aux réunions de salon au lieu d’aller sur le terrain avec des actions porteuses. Ont-ils tort ? Ce n’est pas vrai, du moins en ce qui concerne l’Ucp. Nous nous déplaçons dans les villes les plus lointaines pour sensibiliser les jeunes, leur donner de l’espoir, les motiver et leur apprendre la politique autrement. A l’Ucp, faire de la politique ne veut pas dire s’attaquer à des personnes. Lors des débats sur la révision constitutionnelle, nous étions peut-être les seuls à avoir proposé une Constitution entière avec 195 articles. L’Algérie a besoin de tout le monde. Si le gouvernement avait la possibilité de régler la crise, il l’aurait fait. Il faut se retrouver autour d’une table au lieu de s’opposer. Cela donne une piètre image de la classe politique. A l’Ucp, nous avons toujours plaidé pour un débat sans exclusive. Personne n’a le monopole du patriotisme ou de la bonne solution. Raison pour laquelle nous avions répondu à l’appel de l’ISCo, du FFS et du pouvoir. Pourquoi les partis au pouvoir s’attaquent-ils à l’opposition ? C’est un comportement d’exclusion et de parti unique. Le Premier ministre parle depuis des mois d’un nouvel ordre économique. Selon vous, de quoi s’agit-il ? Je ne pense pas que ce nouvel ordre existe, sinon il l’aurait mis en place depuis le début de la crise. Tous les gouvernements qui se sont succédé avaient pour mission d’appliquer le programme du président de la République. Tous se sont avérés inopérants et inefficaces parce que la réussite d’un programme économique, social et politique passe par l’adhésion du peuple et des partenaires socioéconomiques. De plus, il faut qu’il repose sur une feuille de route et un modèle, ce qui n’a jamais existé. Un choix économique n’est pas un discours ou un slogan. Il y a un élément fondamental, que le pouvoir en place n’a jamais pris en compte depuis 1962, à savoir la ressource humaine. La richesse est créée par les bons esprits et non par les mauvais. Le Japon est un exemple révélateur. Qu’a-t-il comme richesses, si ce n’est uniquement ses hommes. Des pays arabes — comme la Jordanie qui n’a pas de ressources et qui exporte sa ressource humaine — nous ont dépassés grâce aux compétences de leurs populations. Dans cette région, nous sommes les meilleurs en matière de législation, mais nous n’avons pas une société civile forte qui puisse faire pression sur le pouvoir à travers des plaidoyers, parce que nous avons délaissé la ressource humaine. Pourquoi cette société civile, particulièrement les femmes, qui a mené de multiples combats contre le colonialisme, le terrorisme durant les années 1990, pour les droits des femmes et la démocratie, est quasiment absente aujourd’hui ? C’est vrai que la femme algérienne n’a pas attendu le XXIe siècle pour devenir acteur. Avant même l’islam, il y a eu des femmes exceptionnelles, comme El Kahina, et durant la colonisation, comme Fathma n’Soumer, puis les nombreuses moudjahidate qui ont rejoint les maquis à l’âge de l’adolescence. Elles n’avaient pas besoin que quelqu’un leur dise «libérez-vous». Les Algériennes sont des battantes depuis la nuit des temps. Depuis 1962, toutes les Constitutions ont consacré l’égalité entre les hommes et les femmes. Ce qui leur a permis, lorsqu’elles l’ont décidé, de s’instruire et de réussir. Vous n’avez qu’à voir les résultats des examens à tous les niveaux. Les meilleures notes sont obtenues par les filles. Malheureusement, la décennie du terrorisme nous a fait beaucoup régresser. La première manifestation contre le terrorisme a été organisée par les femmes le 22 mars 1994. A l’époque, j’étais cadre au secrétariat général du gouvernement et nous étions quatre femmes seulement à y avoir pris part. Je me rappelle que nos collègues avaient essayé de nous en dissuader  en nous disant que le secrétaire général allait faire une ponction sur nos salaires. Nous avions répondu : «Nos salaires ne valent rien devant l’Algérie.» La femme a toujours été au premier rang. Aujourd’hui, certains partis politiques ont peur que la gent féminine arrive au niveau de la prise de décision. Si le recrutement aux postes de décision se faisait sur des critères de compétence, elles seraient majoritaires dans la gestion des affaires publiques. Dans la magistrature, elles représentent 40% des effectifs, parce que le recrutement repose sur des critères objectifs. A l’école, elles sont majoritaires, parce qu’elles sont passées par un concours. Mais lorsqu’il s’agit de nominations qui reposent sur la volonté des politiques, elles deviennent invisibles. C’est le cas aussi bien au gouvernement qu’au sein des partis politiques. Le FLN, le plus vieux parti, n’a qu’une femme dans son bureau politique. Il en est de même pour tous les autres partis, qui n’en comptent, d’ailleurs, pas plus de deux dans leurs instances dirigeantes. Il n’y a qu’à l’Ucp que la parité est respectée… Comment expliquer cette alliance de l’Ucp, qui milite pour l’égalité et la parité, avec des partis qui font obstacle, comme vous dites, à l’émancipation de la femme et défendent un code de la famille décrié par les militants des droits de l’homme ? En fait, nous participons aux réunions et aux débats pour identifier les objectifs de chacun et connaître leurs motivations. Nous ne sommes pas d’accord avec certains faits. Au sein de l’ISCo, il y a des partis qui ne reconnaissent pas l’égalité entre les hommes et les femmes, qui confinent celles-ci dans le statut de mineure à vie, et qui se déclarent contre la parité. Je ne comprends pas ces réactions, surtout lorsqu’elles émanent de responsables de partis dits démocratiques. En fait, c’est au sein de ce regroupement que l’on se rend compte que la démocratie n’est pas un slogan, mais des comportements et des actes. Tous les partis de cette alliance, toute tendance confondue, sont d’accord pour que la femme ne soit pas au premier rang. Ils ont peur d’elle, parce qu’elle a prouvé, sur le terrain, que lorsqu’elle a eu à gérer les affaires publiques, elle l’a fait mieux que l’homme. Ne pensez-vous pas que ces réactions renvoient au statut de la femme dans la société en général et dans la famille en particulier ? C’est effectivement le cas. La femme a sa place pratiquement partout, dans le domaine du droit, du savoir, du travail, mais dans le domaine privé, sociétal, elle n’est malheureusement pas considérée. J’ai eu à débattre avec un chef de parti, de surcroît professeur à l’université, pour lequel la femme ne doit pas dépasser certaines limites, comme par exemple le fait de voyager seule. C’est une réalité qu’il faut prendre en compte. L’Algérie est le seul pays arabe où la femme ne peut pas circuler seule la nuit. Moi, en tant que chef de parti, je ne peux pas sortir le soir. L’espace public nous est pratiquement interdit. Si vous vous plaignez, attendez-vous à ce qu’on vous dise : «Pourquoi êtes-vous sortie à cette heure-ci de la nuit ?» Des conservateurs utilisent la religion pour avoir la mainmise sur la prise de décision, que ce soit au sein des partis politiques ou au gouvernement. Lors de l’introduction de l’article 31 de la Constitution relatif au quota de femmes dans les postes électifs, les partis politiques sont allés chercher des candidates d’ailleurs. Pensez-vous qu’ils n’ont pas de militantes ? Non.Je connais de nombreuses militantes exceptionnelles au FLN, et au sein des partis dits démocrates, qui n’ont pas trouvé leur place à l’APN, ni dans les assemblées locales. L’exemple de la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, est révélateur. Sa désignation a suscité une véritable levée de boucliers. N’ayant pas trouvé à redire sur ses compétences, ils l’ont accusé tantôt d’être francophile, tantôt juive, tantôt ne sachant pas parler l’arabe, etc. Franchement, qui a fait échouer l’école ? Benghebrit ? Non, c’est Benbouzid. Pourtant, à aucun moment, son nom n’a été évoqué. Ils se sont attaqué à elle, parce que c’est une femme, et qu’elle est la première responsable à avoir eu le courage d’aller au fond de la problématique de l’éducation, à savoir la formation des enseignants et la réforme du contenu pédagogique. L’école doit être le lieu du savoir et non pas de l’idéologie. Est-ce que Mme Benghebrit est responsable de ces jeunes qui sortent de l’école sans maîtriser ni l’arabe, ni le français, ni la culture et encore moins l’anglais ? Rappelez-vous les manuels scolaires des années 1990. Ils comportaient des textes qui expliquaient comment laver les morts,  la torture du Jugement dernier, etc. On enseignait l’obscurantisme et personne n’a critiqué. Le résultat est là. Nous avons une école malade et lorsque pour la première fois, nous avons une ministre compétente, qui apporte des solutions, on tire à boulets rouges sur elle, parce que c’est une femme. Les conservateurs ne veulent pas que la société avance. Etes-vous pour l’abrogation du code de la famille, étant donné qu’il est jugé comme étant la source de toutes les violences à l’égard des femmes ? Avant 1984, il n’y avait pas de code de la famille. J’étais magistrate et, à l’époque, les juges avaient ce pouvoir discrétionnaire qui leur permettait de statuer sur les affaires en se référant toujours au rite malékite. Aujourd’hui, les hommes utilisent cette même religion pour maintenir la femme dans un statut de mineure à vie. Le code de la famille comporte trop de paradoxes. Par exemple, vous savez que 40% des magistrats sont des femmes. Si une fille mineure veut se marier, c’est cette femme juge qui lui donne l’autorisation. Au vu de la loi, elle est son tuteur. Pourtant, cette même femme juge ne peut se marier sans tuteur. C’est quand même paradoxal. Bien sûr que toutes les femmes, quel que soit leur rang, ont besoin de leurs familles lorsqu’elles se marient, comme dans tous les pays du monde. Mais, en faire une condition du mariage est contraire à l’article 29 de la Constitution, qui stipule que tous les citoyens sont égaux devant la loi. L’autre paradoxe c’est que le code civil donne à cette même femme, qui a besoin d’un tuteur pour se marier, une responsabilité pénale. Si elle commet un crime, on ne lui dira pas qu’elle est mineure et que c’est son tuteur qui en assume la responsabilité. Elle est considérée comme un être majeur, responsable de ses actes. Mieux encore, dans le code civil, la majorité est arrêtée à 19 ans, âge où elle peut créer une entreprise, mais ne peut se marier sans tuteur. Les gens ne débattent pas ces questions sur des bases scientifiques et rationnelles. Ils évoquent des traditions que les hommes ont instaurées et préservées pour les servir. Pour éviter toutes ces mauvaises interprétations de la religion, ne pensez-vous pas qu’on doit revenir aux lois universelles ? C’est vrai qu’il y a trop de contradiction dans la charia, c’est-à-dire l’interprétation de la religion. On n’évoque la charia que lorsqu’il s’agit de la femme et de la famille. Nous n’avons jamais vu les partis islamistes se soulever contre les règles imposées par le FMI, contre l’import-import qui gangrène l’économie du pays, etc. Mais lorsqu’il s’agit des droits des femmes, ils se dressent pour appeler à l’application de la charia. Dans ce code de la famille, il y a des paradoxes incroyables. L’article 66 prive la fille qui divorce de la garde de son enfant, si elle ne se remarie pas avec un parent proche de son ex-époux. Cet article condamne des milliers de femmes au célibat, de peur qu’elles perdent leurs enfants. L’autre situation aberrante est le divorce par trois fois. Dans ce cas, si le mari veut reprendre sa femme, celle-ci doit prendre pour époux un autre homme et divorcer, avant qu’elle ne puisse se remarier avec lui. J’ai vu, en tant que magistrate, des hommes trouver des argumentaires fallacieux pour expliquer qu’il n’y a pas eu un divorce par trois fois, juste pour reprendre leurs épouses. Ces questions ne doivent pas être traitées sous l’angle idéologique. En tant que femme chef de parti, ou en tant que juge, avez-vous été confrontée à des comportements misogynes ? Le peuple se fiche du fait que le magistrat soit une femme ou un homme. Ce qu’il cherche c’est un juge honnête, juste et compétent. C’est chez l’élite politique que l’on est confrontée au machisme et à la misogynie. Même au sein de l’opposition, la femme est vue comme une intruse. J’ai souvent remarqué ce regard réducteur chez une certaine élite. Je ne généralise pas, puisque moi-même j’ai été élue par une majorité d’hommes pour présider l’Ucp. D’après vous, si ces mentalités ne changent pas, pouvons-nous parler d’égalité entre les sexes en Algérie ? Il faudra que la femme comprenne que si elle a décidé de s’instruire, elle doit aussi décider d’investir l’espace public et qu’elle se considère citoyenne à part entière et non pas au deuxième degré. Il faut qu’elle soit convaincue que le poste qu’elle occupe n’est pas un cadeau. C’est le résultat de sa compétence. Cela me révolte d’entendre à chaque fois les politiciens évoquer les compétences des femmes candidates aux postes supérieurs alors qu’on ne les entend jamais s’interroger sur les capacités des hommes, dont beaucoup ont commis des désastres, ruiné l’économie et dilapidé les deniers publics, sans qu’ils ne soient comptables de leurs actes. En tant qu’ancienne magistrate, quel regard portez-vous sur la justice ? La justice a fait d’énormes efforts sur le plan organisationnel, l’état civil, la nationalité, etc. Néanmoins, il reste beaucoup à faire pour assurer l’indépendance du juge, qui est là pour dire le droit. Dans le cadre des consultations pour la révision constitutionnelle, nous avions proposé de renforcer la protection du juge en mettant à la tête du Conseil supérieur de la magistrature un magistrat, élu par ses pairs. Malheureusement, cela n’a pas été retenu. Quel est votre avis sur les nombreux procès liés à la corruption qui ont eu lieu ces derniers temps ? D’abord, il y a beaucoup à dire sur la manière dont ces dossiers ont été traités, lors de l’enquête préliminaire et l’instruction. Je regrette l’absence de débats contradictoires avec les experts lors de ces procès, mais aussi la médiatisation négative de ces affaires. Ce qui est reproché dans ces procès, c’est ce sentiment de deux poids deux mesures. Comment un ministre qui chante l’Etat de droit, peut-il refuser de répondre à la justice même en tant que témoin ? C’est un déni de justice caractérisé. Le juge d’instruction a un rôle prépondérant dans ce genre d’affaire. Le code de procédure pénal lui donne tous les moyens pour arriver à la vérité. Est-ce par manque d’expérience ou de compétence ? Parfois les deux, parfois l’une ou l’autre raison. Les parquetiers reçoivent des instructions de la chancellerie, mais pas les juges qui doivent être indépendants. Je connais des magistrats qui ont eu le courage de dire certaines choses et ils ont été sanctionnés. C’est une vérité, même si ce n’est pas la règle. Mais être juge est aussi un choix qu’il faut assumer. Si la majorité des magistrats décident d’être indépendants, personne ne pourra être contre eux.     

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Sécurité et vigilance renforcées à Bouira

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Les mesures de sécurité ont été renforcées depuis jeudi dernier aux alentours de plusieurs structures de police et autres bâtiments de services de sécurité de la wilaya de Bouira, a-t-on constaté. Le renforcement du dispositif sécuritaire, déjà mis en place, fait suite à la tentative déjouée ciblant dans la soirée de mercredi dernier un commissariat de police dans la localité de Maâtkas, dans la wilaya de Tizi Ouzou, nous a précisé une source policière, craignant ainsi des attaques similaires au niveau de la wilaya de Bouira. Les services de sécurité redoutaient le scénario dramatique vécu durant l’année 2008, où, pour rappel, des attentats-suicide avaient ciblé des structures de sécurité à travers les wilayas de Boumerdès, Bouira et Tizi Ouzou. Dans la wilaya de Bouira, plusieurs points de contrôle ont été mis en place, qui ont été multipliés à des endroits jusque-là non soumis à ce genre d’opération, comme l’accès donnant à la forêt Errich où des patrouilles de la Gendarmerie nationale ont été installées. Des patrouilles de services de sécurité ont été également déployées autour des lieux sensibles. Ce relèvement du niveau d’alerte constaté même par les populations n’est pas temporaire, a souligné la même source dès lors que la menace terroriste plane toujours sur la région, en particulier au chef-lieu de wilaya qui était dans un passé récent le théâtre d’attaques terroristes. Au courant du mois de juillet dernier, deux éléments de la brigade mobile de la police judiciaire (BMPJ) avaient été blessés dans une attaque terroriste ciblant une patrouille de police survenue entre le pôle universitaire et le siège du groupe d’intervention rapide de la Gendarmerie nationale (GIR). L’année 2012 avait été également marquée par une attaque terroriste qui avait ciblé le groupe d’intervention de la gendarmerie. Interrogé récemment par El Watan, à l’occasion de la présentation du bilan des activités des unités de la police sur  les mesures prises visant la sécurisation notamment du chef-lieu de wilaya, le chef de sûreté, Boubekeur Mekhalfi, a estimé que le recours à l’implantation d’autres barrages fixe de la police, souhaités par les populations, encombrera de plus en plus le plan de circulation automobile, tout en rassurant les populations que le degré de vigilance de ses services déployés en force est élevé.

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Louisa Hanoune déjoue le putsch

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Surprise générale. La conférence nationale du Parti des travailleurs, ouverte hier au Village des artistes à Zéralda (Alger), a été transformée en congrès extraordinaire du parti, conformément à ses statuts. Objet de déstabilisation, voire de tentative de  «putsch» depuis que sa patronne mène une offensive sans répit contre «l’oligarchie qui fait main basse sur le l’Etat», le Parti des travailleurs (PT) a pris de court ses adversaires «venus de l’extérieur et qui  mènent une attaque criminelle contre le parti», selon les propos de Louisa Hanoune. Devant plus de 400 délégués représentant 46 wilayas – excepté de M’sila et Laghouat – et en présence d’un huissier de justice, le bureau de la conférence nationale a soumis la proposition de transformer la rencontre en un congrès extraordinaire qui a été adoptée à l’unanimité. Un soutien sans faille apporté à Louisa Hanoune qui, par ailleurs, est plébiscitée présidente du congrès dont les travaux se poursuivront aujourd’hui et demain. Un soulagement pour les militants du parti qui redoutaient «un coup d’Etat contre la direction du parti, contre son indépendance et son identité». Mais surtout une victoire politico-organique de l’actuelle direction du PT qui était sous la menace d’un «redressement», où le ministère de l’Intérieur a joué un rôle pour le moins trouble. Du haut de la tribune, la cheftaine du Parti des travailleurs, subissant depuis des mois à un lynchage politico-médiatique en règle, rassure ses partisans. «Nous sommes un authentique parti socialiste qui appartient au mouvement ouvrier et notre rencontre d’aujourd’hui illustre cet attachement à cette identité», lance-t-elle sous un tonnerre d’applaudissements et le ravissement de la moudjahida Zohra Drif-Bitat, et l’ancienne ministre de la Culture, Khalida Toumi, présentes pour apporter leur soutien au PT. Mais avant cette bataille organique, Louisa Hanoune a fait d’abord un tour d’horizon international pas du tout rassurant avec ses implications redoutables au plan national. Brossant un tableau sombre de la situation internationale faite de «crise du capitalisme, d’interventions militaires étrangères, d’attaques contre les acquis des travailleurs et de guerre contre le terrorisme», Louisa Hanoune met en garde contre des conséquences périlleuses sur la situation interne du pays. Plus que l’environnement international, le contexte national «est très critique, le plus critique depuis l’indépendance. Nous connaissons un changement profond, un tournant dangereux marqué par la dislocation des institutions de l’Etat qui s’accompagne d’une orientation économique au profit d’une minorité», vilipende celle qui pourfende la politique du gouvernement de Bouteflika. «Halte au musellement» Apportant son soutien à la position officielle de l’Algérie opposée à toute intervention étrangère dans des pays souverains et surtout au refus d’intervention de l’armée nationale en dehors des frontières, la secrétaire générale du PT prévient contre «le tout-sécuritaire». «Nous refusons l’instrumentalisation des menaces pour étouffer les voix ou imposer des politiques antidémocratiques et antipopulaires. L’immunisation de la nation exige le renforcement des ressorts et la satisfaction des revendication sociales». Mettre en échec les menaces auxquelles fait face l’Algérie passe nécessairement, selon Louisa Hanoune, par «l’instauration d’une démocratie véritable» qui somme les autorités politiques de «cesser le harcèlement contre l’action politique, syndicale et associative». La démocratie politique va de pair avec la démocratie sociale. Forte du soutien de sa base militante, Louisa Hanoune reprend sa charge violente contre la politique économique incarnée par «une loi de finances dangereuse». Dans son viseur, le ministre des Finances qu’elle accuse de mener une politique «conforme aux orientations du Fonds monétaire international». «Nous lui disons que l’Algérie ne sera pas la Mecque des investisseurs étrangers», prévient-elle. Elle estime que l’effondrement des cours du baril du pétrole «a dénudé la nature des institutions héritées du système du parti unique et cela constitue un danger pour le pays. Nous assistons à des dérives inacceptables qui visent à préserver les intérêts d’une minorité aux dépens d’une répartition juste et équitable des richesses nationales». Farouchement opposée à l’endettement extérieur, la secrétaire générale du PT préconise d’autres solutions pour sortir de la crise. «L’Algérie entre dans une phase de récession, le recours à l’endettement extérieur est un danger, nous avons vu comment la Grèce a capitulé. Il existe d’autres solutions, il faut se libérer de l’accord d’association avec l’Union européenne qui ne sert pas les intérêts de l’Algérie et en lieu et place d’une amnistie fiscale honteuse, il faut des mesures répressives pour récupérer les capitaux détournés.» C’est dans ce sens qu’elle exprime son opposition  à ce que la tripartite prévue en juin prochain «se substitue à la souveraineté populaire», car «le désengagement de l’Etat conduit à la rupture du lien social», affirme-t-elle. Dans l’œil du cyclone du pouvoir en raison de ses assauts mordants contre les «dérives oligarchiques», notamment depuis qu’elle a sollicité une audience auprès de Abdelaziz Bouteflika avec 18 autres personnalités, Louisa Hanoune et son parti subissent un harcèlement permanent. Mais elle se dit déterminée à y faire face. Lors de son intervention d’hier, elle a repris les fondamentaux : «La solution réside dans une démocratisation effective du système de pouvoir, nous mettons en garde contre les agressions répétées contre le pluralisme politique, la défense de la démocratie politique relève de la défense de l’Etat comme cadre national.» Le changement pour lequel milite le PT passe par «l’élection d’une Assemblée constituante. Deux options sont possibles, une Constituante ou un processus par le haut. Pour cela, il faut un leader éclairé qui ne s’oppose pas au peuple mais qui s’appuie sur lui et  ait confiance en ses capacités. Dans notre pays, ces deux choix ne se sont pas réalisés et la révision de la Constitution n’a pas été à la hauteur des défis et des aspirations», regrette Louisa Hanoune qui sort gagnante d’une bataille de survie de son parti.  

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