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L’ahwash est pratiqué par les communautés berbères du Haut-Atlas et de l’Anti-Atlas, plus particulièrement par celles parlant le dialecte tachelhit. Il existe dans le Moyen-Atlas, plus au nord-est, une autre forme comparable appelée ahidous, qui s’en distingue aussi bien par ses rythmes et ses chorégraphies que par ses costumes. En tamazigh (la langue berbère), le mot ahwash signifie littéralement « enclos » ; il comporte l’idée d’espace fermé, de cercle. L’ahwash est un événement festif faisant appel à la danse, à la musique, à la poésie, aux costumes et à l’apparat. Toute la communauté villageoise peut en principe participer à l’ahwash ; mais de fait, dans chaque village, certaines personnes, hommes et femmes, se révèlent plus douées, plus « performantes » que d’autres en fonction de leur héritage familial et de leurs qualités personnelles dans les différents domaines concernés.
L’ahwash a lieu chaque année en été, de mi-juillet à septembre, entre la période des moissons et des récoltes et celle des labours. L’occasion principale est celle des mariages, mais toute autre célébration peut être le prétexte d’organiser un ahwash. Il ne semble pas que l’ahwash ait de connotations religieuses ni symboliques. Il est avant tout une manifestation de l’identité, de l’harmonie et du sens esthétique de la société villageoise.
Les chants et les danses de l’ahwash sont pratiqués aussi bien par le groupe des hommes que par celui des femmes, vêtus de leurs costumes de fête : grand burnous blanc, turban et sabre en bandoulière pour les hommes, caftan brodé, large ceinture et diadème traditionnel pour les femmes. En revanche les instruments ne sont joués que par les hommes : il s’agit des tambours sur cadre tart ou allun (bendir en arabe), toujours en grand nombre, et d’un grand tambour tubulaire, appelé bengri (tabl en arabe).
Les paroles des chants peuvent concerner tous les aspects de la vie, aussi bien sociale et économique qu’esthétique ou spirituelle. Elles traduisent en termes poétiques les préoccupations des villageois : éloges, critiques, règlements de compte, expressions de rancune, déclarations amoureuse. Elles proviennent aussi bien de la tradition orale, de la mémoire collective, que d’improvisations spontanées, suscitées par des événements ou des problèmes actuels liés par exemple à la politique, aux médias ou à l’émigration. Chaque génération a donc la possibilité d’enrichir le patrimoine et certains poètes-chanteurs sont réputés bien au-delà de leur cercle villageois.
L’ahwash est bien une pratique collective ; réunissant facilement plus de cinquante participants, il se pratique généralement de nuit. Un soliste lance le chant, bientôt soutenu par le chœur des hommes et les youyous des femmes sur l’accompagnement des tambours. Souvent complexes, les chorégraphies se développent progressivement, marquées par une accélération graduelle du tempo. Elles sont parfois exécutées par deux rangs qui se font face, parfois en ronde, les danseurs entourant alors les tambourinaires.
En principe, chaque village possède son propre style et sa propre troupe, dirigée par un homme qu’on appelle amghar, qui est responsable de l’ensemble (lâmt) et du déroulement musical et chorégraphique de l’ahwash. A la fin d’une séquence, c’est par exemple lui qui va signifier le passage à la suivante en appliquant certains codes connus de tous.
L’ahwash que nous accueillons est celui d’Aït Iktel, petit village perché sur les contreforts du Haut-Atlas, hors de tout circuit touristique. Il est aujourd’hui reconnu comme un des plus beaux et les mieux structurés de la région, notamment du fait qu’il est soutenu par les organisations communautaires locales, ce qui n’est pas le cas partout.
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