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Il s’était donné cinquante jours pour que le rêve partagé par Gamal Abdel Nasser, Anouar Al-Sadate et Hosni Moubarak soit lancé : Abdel Fattah Al-Sissi prétendait pouvoir donner à l’Égypte une nouvelle capitale administrative. Évoqué depuis plusieurs mois, le projet a été officiellement annoncé au premier jour de la conférence sur le développement économique de l’Égypte en mars 2015 à Charm El-Cheikh. Depuis, il n’est toujours pas lancé et les critiques — y compris du président Sissi lui-même — n’ont fait qu’ajouter à la confusion autour d’un projet aussi extravagant qu’irréaliste.
Le projet de nouvelle capitale égyptienne au point mort - Quand les riches rêvent de vivre à part
De tous les superlatifs qui pourraient être utilisés pour qualifier le projet, «  pharaonique  » est certes le plus attendu, mais aussi le plus approprié. La maquette de la nouvelle capitale, qui n’a toujours pas de nom, dévoile une ville immense, futuriste, très inspirée des villes extravagantes du Golfe, notamment Dubaï. Abdel Fattah Al-Sissi avait insisté pour que le projet débute concrètement dans les cinquante jours suivant la conférence à Charm El-Cheikh le 15 mars dernier. Or non seulement il est au point mort mais il est aussi l’objet de critiques. Le gouvernement justifie l’urgence par l’engorgement du Caire et parie sur un effet de levier pour toute l’économie. Or, les raisons invoquées sont contestables et le résultat plus qu’incertain. Toutes les tentatives de délocalisation des centres urbains se sont soldées par des échecs, et malgré le coût exorbitant de ce nouveau programme — 43 milliards d’euros —, une nouvelle capitale ne favorisera pas le développement du pays et risque au contraire de renforcer encore plus la fracture entre les nantis et les plus pauvres.
Selon l’équipe dirigeante, c’est pourtant une question de survie : le Grand Caire compte 18 millions d’âmes  ; en 2050, il en comptera 40 millions et la mégapole est déjà au bord de l’asphyxie. Construire une nouvelle capitale devrait permettre de désengorger l’agglomération en déplaçant 5 millions de personnes dans un million de nouveaux logements. L’objectif du désengorgement, qui donne à ce projet une envergure nationale, est fallacieux : la population du Grand Caire va en effet continuer à augmenter de plusieurs millions, à moins de se focaliser sur la population aisée souffrant des embouteillages parce que contrainte de se rendre au Caire. Une fois les ministères et les administrations transférés dans la nouvelle capitale, à côté des boutiques, centres médicaux, centres d’affaires et autres établissements scolaires, il deviendra possible d’y vivre sans jamais se rendre dans la capitale. Le projet vise la classe aisée : un groupe minoritaire d’un peu plus d’un million de personnes gagnant plus de 12 000 euros par an1. Mais même parmi ces «  privilégiés  », assez peu seront susceptibles d’acheter un appartement à 1 000 euros le mètre carré2.

Des logements trop chers

Depuis près de 40 ans, les gouvernements ont tenté de créer de nouvelles communautés dans le désert. Alors que sur la même période, la population a doublé, à peine 1 million d’habitants occupent les 22 nouvelles villes3. Ces expériences ont échoué parce que les gouvernements ont confié leur planification et développement au secteur privé, peu intéressé par la construction de logements sociaux moins rentables. Si des logements populaires ont bien été construits, leur nombre reste insuffisant et la pression sur ces logements s’est encore accrue avec l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés syriens.
Au final, ces nouvelles villes comptent des centaines de milliers de logements vacants mais hors de portée de bourse pour la plupart des Égyptiens qui en ont le plus besoin. L’État voulant des villes autonomes n’a pas développé les transports en commun (train, métro). Ainsi, les employés qui travaillent dans la zone industrielle du 6-Octobre (dont le développement est un succès) ne trouvant pas de logements à bas coût sont contraints de faire quotidiennement le trajet à partir des faubourgs du Caire, ce qui surcharge les axes routiers aux heures de pointe. Les concepteurs de la nouvelle capitale ont prévu des transports en commun. Néanmoins, il est encore difficile de savoir si cela sera suffisant et accessible à tous les budgets. La construction de logements sociaux est également prévue sans qu’on sache dans quelle proportion.
Le gouvernement parie sur ce nouveau projet pour relancer la croissance. Là encore, il faut rester prudent. Certes, le projet permettra l’embauche immédiate de très nombreux ouvriers. Avec un autre méga-projet autour du canal de Suez employant déjà des milliers de travailleurs et des investisseurs engagés à construire de nombreux quartiers résidentiels et touristiques pour un montant global de plusieurs milliards d’euros, le risque de pénurie de main d’œuvre locale et d’équipement est réel. Et qu’adviendra-t-il de ces ouvriers une fois les chantiers terminés  ? De plus, tous ces chantiers affecteront inexorablement le prix des matériaux de construction au détriment du reste du secteur de la construction. Les développeurs annoncent la création d’un million d’emplois dans la nouvelle capitale. En réalité, il s’agit plutôt d’emplois transférés que d’emplois créés. Le transfert des administrations et des ambassades entraînera la destruction des petits métiers vivant de leur présence, qui réapparaîtront, peut-être, dans la capitale.
Malgré les réserves, des investisseurs ont fait preuve d’intérêt pour le projet. Avec de grosses campagnes de communication, ils pourraient réussir à vendre des logements idéalement placés : à 60 kilomètres du Caire, la nouvelle capitale s’étirera sur 700 km² entre l’axe le Caire-Suez et l’axe Le Caire–Ain El-Sokhna (cité balnéaire sur la mer Rouge). Mais elle ne peut se peupler de familles aisées qu’au détriment de ces nombreux quartiers résidentiels des autres nouvelles villes, construits par des investisseurs privés et déjà à moitié vides.

Cinq ans pour tout construire

Comme à son habitude, le gouvernement est avare en communication, et à côté de ses objectifs discutables, d’autres pierres d’achoppement incitent peu à l’optimisme quant à l’avenir. Des Égyptiens et analystes regrettent qu’un plan d’une telle importance et d’une telle charge symbolique n’ait pas été discuté et soumis au vote d’un Parlement dissout depuis trois ans. Des décisions cruciales pour le pays sont prises par un cercle restreint de personnes sans qu’aucune forme de contre-pouvoir ne les contestent. Dan Ringelstein, architecte chez SOM, la compagnie américaine en charge de la conception des plans et du design, se réjouit des critiques : il veut discuter avec la population et faire évoluer le projet en conséquence. Un vœu pieux face aux exigences d’un président qui insistait pour que le projet débute concrètement dans les cinquante jours suivant la conférence et qui avait jugé que les dix ans initialement prévus pour la réalisation étaient bien trop longs, affirmant, lors de la conférence économique, que cinq ans suffiraient.
Si le raccourcissement des délais est pour l’heure non budgétisé, le coût initial du projet global s’élève à 43 milliards d’euros. Avant la conférence, dans un journal émirati, le ministre de l’investissement Ashraf Salman affirmait que le financement serait intégralement supporté par le secteur privé. Le 23 mars, le ministre du logement annonçait que la part du gouvernement allait augmenter de 15-20 % à 24 %. Le 8 avril, le président Al-Sissi ajoutait à la confusion en annonçant que la construction de la nouvelle capitale ne serait pas prise en charge par le budget de l’État mais bien par des investisseurs du secteur privé. Ceci dit, le terrain a déjà été gracieusement donné par le gouvernement à City Capital Partners, un fonds d’investissement immobilier dirigé par l’Émirati Mohamed Alabbar, en charge de l’exécution du projet. De plus, l’armée a commencé la construction d’une route reliant le Caire à la future capitale.
Le coût écologique est lui aussi difficile à évaluer. L’Égypte manque d’eau mais compte établir dans sa nouvelle capitale un espace vert deux fois plus grand que Central Park, de nombreux espaces verts et un parc d’attraction quatre fois plus grand que Disneyland. Ringlestein espère utiliser l’eau de pluie dans une zone où il tombe en moyenne une vingtaine de millimètres par an... Même avec des techniques de recyclage performantes des eaux usées, l’impact sur la ressource sera conséquent. Sur le plan énergétique, une fausse photo satellite utilisée à des fins promotionnelles montre une nouvelle ville extrêmement lumineuse (bien plus que le Caire) dans un pays qui subit de fréquentes coupures de courant. Pour sa nouvelle capitale, il semble que l’Égypte ait opté pour les énergies renouvelables puisque 90 km² de sa superficie devraient être occupés par des panneaux solaires. Dans le même temps, le gouvernement a signé, lors de la conférence économique, un protocole d’accord pour la construction de la plus grosse centrale au charbon du monde.

«  Que va-t-il advenir de nous, les Cairotes  ?  »

Dans un article critique, Khaled Fahmy, professeur d’histoire à l’université américaine du Caire s’interroge, inquiet : «  Que va-t-il advenir de nous [les Cairotes]  ? Que va-t-il advenir de la métropole qui abrite près de 20 millions d’habitants  ? Quelle est la place de ces habitants dans les plans du gouvernement pour la nouvelle capitale  ?  » Le choix du gouvernement donne cette désagréable impression d’un aveu d’échec quant à la gestion du Caire. Cependant, l’État ne s’en désintéresse pas totalement. Les murs anti-émeutes qui barraient les rues ont été démontés, la place Tahrir a été nettoyée et restaurée. Depuis fin 2014, les autorités ont commencé à «  nettoyer  » aussi les rues du centre-ville (Tahrir et rues adjacentes) des petits vendeurs qui s’étaient installés sur les trottoirs.
Relocalisés dans un parking désaffecté non achalandé, ils attendent une hypothétique mise à disposition d’un parc transformé en marché. Les petits troquets qui étalent sur les trottoirs leurs chaises en plastique en fonction du nombre de clients sont également harcelés. Tout est entrepris pour aseptiser ce centre-ville qu’affectionnent tant Égyptiens et étrangers. Les pauvres sont relégués ailleurs, et bien que formant l’écrasante majorité, ils deviennent invisibles aux yeux des nantis. Pourtant, les pouvoirs publics annoncent des mesures pour pallier les problèmes de logements de nombreux Égyptiens. Ainsi, en mars 2014, le maréchal Al-Sissi lançait un grand projet pour la construction d’un million de logements sociaux avant 2020  ; leur réalisation était confiée à un investisseur émirati. Dans un article de Madamasr.com, Isabel Esterman évalue à 25 000 euros le prix de ces logements, bien au-delà des moyens de la plupart des Égyptiens. Pourtant, d’après le budget 2014-2015, sur 1,35 milliard d’euros que l’État a prévu d’investir dans de nouveaux logements, seulement 7 millions devraient bénéficier aux plus pauvres4.

Un bunker pour la minorité aisée

Le gouvernement parie sur un méga-projet aux résultats incertains ne concernant qu’une petite minorité aisée du pays. La priorité est bien dans la décongestion du Caire. Cependant, les investissements devraient être dirigés vers la construction de nouvelles lignes de métro et vers les logements sociaux5. Ces deux axes de développement rendraient plus attractifs les nouvelles villes, relanceraient leur croissance et permettraient une meilleure répartition de la population sur le territoire.
«  [La] localisation [de la nouvelle capitale] la protégera des masses pacifiques et les murs qui l’entoureront préviendront une éventuelle agression armée. Les rues, spacieuses, formeront l’arène idéale pour mettre en pratique la répression. Nous n’entendrons pas parler de sit-in devant la résidence du Premier ministre, ni à l’entrée des ministères  », écrivait Ismail Alexandrani dans le journal de Beyrouth Al-Safir du 17 septembre 2014. Tel Louis XIV qui avait déplacé son administration et sa cour à Versailles, le gouvernement égyptien se bunkérise avec ses riches, loin des foyers de la contestation, loin de la misère. Alors que l’Égypte pauvre et l’Égypte riche se côtoient encore au Caire, ce temps pourrait être révolu avec la nouvelle capitale et la rupture entre riches et pauvres serait totale.


Séverine Evanno
A travaillé au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au Caire où elle a vécu de 2007 à 2013. Elle est l’auteure d’un mémoire sur les demandeurs d’asile soudanais au Caire et d’une étude de cas sur le projet de Tochka.

http://orientxxi.info/magazine/le-projet-de-nouvelle-capitale-egyptienne-au-point-mort,0893
 
1En 2012-2013, la part de la population égyptienne gagnant plus de 100 000 livres par an (12 000 euros) représente 1,5 % de la population égyptienne soit 1,3 millions d’individu selon Economic Research Forum.
2Une villa dans un lotissement fermé près du 6-Octobre coûte autour de 250 000 euros. Il faut compter environ 750 euros le mètre carré pour un appartement bien situé.
4«  Une analyse du budget 2014/2015 démontre que le gouvernement se désintéresse du soutien des pauvres et ne les aide pas à exercer leur droit à un logement décent, comme énoncé dans l’article 78 de la Constitution  », explique Yahya Shawkat dans EIPR Housing Policy Papers III : Budget analysis of governement Housing Projects For Fiscal Tear 2014-2015, p.6.
5Le Caire dispose actuellement de deux lignes métro, une troisième ligne en construction depuis 2009 et déjà en partie accessible devrait être pleinement opérationnelle en 2019. D’autres lignes sont prévues, dont une quatrième devant enfin permettre de désenclaver le 6-Octobre. Leur construction aurait dû commencer en 2011 mais a pris un retard considérable.

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