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des pièces de Palymre vendu en SUISSE, enquête en cours ?
Biens culturels

Chaque jour, plusieurs milliers d’objets non répertoriés sont excavés de sites antiques syriens et irakiens. Bien qu’ils quittent leur pays d’origine dans des circonstances troubles, certains parviennent à se hisser en toute légalité sur les étals des marchands d’art suisses. A Genève, le dernier cas douteux signalé concerne un buste de Palmyre (Syrie) d’une mère avec son enfant, vendu par la galerie Phoenix Ancient Art.

«Le descriptif de cette pièce est très insuffisant, compte tenu des pillages et destructions à grande échelle en cours depuis quatre  ans en Syrie», explique Edouard Planche, spécialiste du programme UNESCO relatif à la lutte contre le trafic illicite de biens culturels. «Interpol, la DGAM de Syrie, la police suisse et le FBI ont été alertés. Une enquête est en cours pour connaître la provenance de cet objet.»

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Contacté, Ali Aboutaam, qui dirige la galerie Phoenix Ancient Art avec son frère Hicham, déclare posséder tous les certificats nécessaires pour cette pièce. Fournissant à Bilan une copie de certains documents, il affirme que le buste «est parfaitement en règle avec les lois en vigueur qui régissent notre commerce» et que le but de cette dénonciation vise  «tout simplement à diffamer et nuire à (son) activité».

Pour rappel, les deux frères Aboutaam ont déjà eu des démêlés juridiques. En 2003, Ali Aboutaam a été arrêté et condamné in absentia à quinze ans de prison pour avoir exporté illégalement 280 objets culturels. Les charges qui pesaient contre lui ont cependant été abandonnées faute de preuves. L’année suivante, Hicham Aboutaam s’est attiré les foudres de la justice américaine en important illégalement aux Etats-Unis un précieux griffon d’argent vieux de 2700  ans.

En 2012, c’est un sarcophage romain datant du IIème siècle après Jésus-Christ, importé au nom de la galerie Phoenix et stocké sous une couverture aux Ports Francs de Genève, qui a créé la polémique.   

Une manne de 6 à 8 milliards par an

 
 

En Suisse, de nombreuses pièces issues de fouilles illicites refont régulièrement surface dans les galeries. «Certains collectionneurs, marchands d’art ou conservateurs de musée oublient la dimension déontologique de leur travail», explique Arthur Brand, un chasseur d’œuvres d’art volées qui collabore de longue date avec les polices européennes. «Ils sont prêts à payer des sommes conséquentes pour obtenir ces trésors antiques et ne vérifient pas leur provenance avec la diligence requise.» De faux certificats de provenance des œuvres sont parfois fabriqués par les trafiquants.

Des pratiques qui auraient plusieurs conséquences dévastatrices. Outre l’atteinte irréparable à la culture et à la mémoire des civilisations spoliées, ces pillages sont également dommageables d’un point de vue archéologique. En effet, l’immense majorité des artefacts trouvés étant le fruit de fouilles non scientifiques effectuées par des petites mains – généralement des bergers ou des paysans parmi les plus pauvres de la planète – des informations historiques d’importance sont perdues à jamais. «Sorties de leur contexte, les pièces ne permettent plus de dater les bâtiments ou de connaître leur fonction précise», explique Arthur Brand.

De plus, la mise à sac des sites archéologiques syriens et irakiens, tels que la ville romaine d’Apamée en Syrie, transformée en gruyère, profite directement aux djihadistes. Ces derniers financent leurs campagnes guerrières grâce à la vente de ces pièces. Les sommes en jeu sont conséquentes: selon les chiffres de la CIA, le trafic illicite d’antiquités rapporterait entre 6 et 8 milliards de dollars par an. Et la source n’est pas près de se tarir! En effet, la terre de ces régions du Moyen-Orient, ancien berceau de la Mésopotamie, regorge de trésors.

«Le pillage des vestiges archéologiques n’a jamais été aussi préoccupant, s’alarme Edouard Planche. Les enjeux ne sont plus seulement de l’ordre patrimonial mais touchent également à ceux de la sécurité internationale.»

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