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L'Irak et la Syrie n'ont jamais fait cause commune. Sous aucun régime, que ce soit. Même le parti Baas, régnant alors sur les deux versants de la frontière, n'a pas réussi à les unir sous la bannière du nationalisme arabe. Et pour cause ces deux pays sont les héritiers d'une mosaïque disparate des Civilisations antinomiques. D'un côté, en effet, la Babylonie antique, les tribus arabes Qaysites et les Abbassides comme Califes tandis que de l'autre l'Assyrie antique, les tribus arabes Yéménites et pour Califes les Omayyades. Dès lors la précipitation d'El Baghdadi dans la proclamation de son Califat n'est qu'une parade désespérée pour passer outre les tranchées fortifiées de l'Histoire. C'est que, tels les ruisseaux asséchés, les sillons de l'Histoire n'attendent qu'à être irrigués, pour qu'ils prennent vie de sitôt. L'Irak en Babylonie et la Syrie en Assyrie, en somme.
Syrie-Irak : la genèse d'une éternelle altérité.
Certes, selon Héraclite, «Polemos est le père de toutes choses », n’empêche que c'est l'Irak qui en est la mère. De l’Agriculture à l’Écriture en passant par l’État, l'Empire la Constitution, la Religion, l'Irak est en effet du haut de ses 6000 ans d'histoire origine de presque tout.

Amusants alors sont tous ceux qui, nombreux de nos jours, font dater l'histoire de l’État irakien par les accords Sykes-Picot, de 1916. Quid alors de Sumer, Assyrie, Babylone et Abbassides qui, seulement à eux, couvrent plus de 5500 ans d'histoire du Pays.

Quid aussi de ce grand siècle d'histoire de l’État irakien moderne post-ottoman. Autant dire que les dits accords ont certes fixé les frontières mais nullement crée des États, loin s'en faut. Confusion pourtant fatale qui semble induire tout le monde en erreur. Y compris les acteurs sur le terrain d’aujourd’hui. En fait, l'Irak et la Syrie n'ont jamais fait cause commune. Sous aucun régime, que ce soit. Et bien qu'il régnait sur les deux versants de la frontière, même le très flamboyant parti Baas n'a pas réussi lui non plus à les unir sous une seule bannière, celle justement du nationalisme arabe. C'est dire!

Et pour cause ces deux pays sont les héritiers directes d'une mosaïque disparate des Civilisations antinomiques. D'un côté, en effet, la Babylonie antique, les tribus arabes Qaysites (Arabes du Nord) et les Abbassides comme Califes en Irak tandis que du côté syrien on a l'Assyrie antique, les tribus arabes Yéménites (Arabes du Sud) et pour Califes les Omayyades.

Or, en plus de l’inévitable tension géostratégie qu’imposaient les rivalités hégémoniques entre ces empires, les plus grands de leur temps, la guéguerre tribale entre les tribus Qaysites et Yéménites [1] qui a jalonné toutes l'histoire musulmane n'est pas en reste, tellement elle fut source de bon nombre de calamités encore vivables, à commencer par la perte de l'Espagne [2] et la Palestine ou les guerres civiles d’aujourd’hui en Syrie et en Irak, de même que la guerre entre les pays du Golf et le Yémen. Sans oublier que toutes ces différences entre l'Irak et la Syrie se trouvèrent aggravées, voisinages obligent, par une forte coloration perso-altaïque pour le premier et gréco-romaine du second.
Autant dire en somme que les sillons creusés par l'histoire multi-millénaire se contrefichent pas mal des accords des uns ou des contestations des autres.

Que fait-il alors que l'Organisation de l’État Islamique aspire aujourd’hui à défier l'histoire et s'atteler à cette tâche impossible ? Pour répondre à cette question, il faudra retourner quelques décennies en arrière. Juste après la fin de la guerre d'Afghanistan quand les «Arabes Afghans » en perspective de leur djihad futur se sont scindés en deux grandes formations assez proches pour s’entre-tuer mais différent tout de même d'un point assez décisif pour fusionner. Ces deux formations sont Al-Qaida de Ben Laden et « Unité et Djihad»de Zarqaoui. Et dont le seul point de divergence porte sur l’identité de l'ennemi futur, cible de leur action jihadiste. Pour Ben Laden, il devra-être l'ennemi lointain, l’Amérique et ses alliés. Pour Zarqaoui et compères, c'est plutôt l'ennemi proche, les régimes arabes et musulmans.
Cependant par le truchement de la géométrie euclidienne le choix se fixera dès 2003 sur l’Amérique. Car par son invasion de l'Irak, elle s'est trouvée malgré elle l'ennemi proche de Zarqaoui, et toujours l'ennemi lointain de Ben Laden. Et ce point de convergence de taille fut l’embryon de ce qui sera plus trad l’État islamique en Irak. Qui, après le départ des Américains, leur substituera logiquement les régimes irakiens et syriens.
En fait la précipitation d'El Baghdadi dans la proclamation de son Califat islamique n'est qu'une parade tant désespérée qu'ingénieuse afin de passer outre toutes les tranchées fortifiées par l'histoire entre l'Irak et la Syrie depuis le début jusqu'à nos jours.
Et ce, espère-t-il, par le biais d'une notion aussi globale qu'absolue alternat à la fois le temporel et le spirituel bien qu'en son temps elle s'est cassée les dents sur le mur infranchissable séparant ces deux grands géants historiques et civilisationnels.

C'est que, tels les ruisseaux asséchés, les sillons de l'histoire n'attendent qu'à être irrigués de nouveau, pour qu'ils prennent vie de sitôt. L'Irak en Babylonie et la Syrie en Assyrie, en somme.



[1]https://medievales.revues.org/6203
[2]http://www.philisto.fr/cours-112-al-andalus-de-la-conquete-au-califat-711-1031.html

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