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Le Festival d’Essouira célèbre depuis 15 ans la musique et la
culture des gnaoua. L’occasion de faire un tour d’horizon de la nouvelle édition et du chemin parcouru depuis 1997 avec Neila Tazi, directrice de
l’évènement.
Un mot résonne, «engagement».

Libé: Le Festival Gnaoua fête son 15ème anniversaire, qu’est-ce qui est prévu pour les amoureux de la musique ?

Neila Tazi : Cette année, on a voulu donné une couleur très africaine au festival. Il y a toujours eu trois axes : les musiques du monde, le jazz, de grands noms mais aussi l’avant-garde du jazz, et une dimension africaine. Au Maroc, nous avons tendance à oublier que nous sommes Africains, bien que les politiques culturelles y travaillent. Depuis 15 ans, nous avons voulu marquer notre appartenance à ce continent. Révéler les racines africaines de cette musique. En ouverture, il y aura une fusion entre les gnaoua et une formation qui s’appelle Djembe New Style : 12 musiciens qui représentent plusieurs pays d’Afrique. Une belle programmation en termes de sonorités, de percussions. Nous avons également une grande dame malienne, Oumou Sangaré qui jouit d’une grande reconnaissance internationale. Elle est ambassadrice des Nations unies et défend les droits des femmes à travers le monde. Au programme également, Carlou D, un artiste sénégalais recommandé par Youssou N’Dour, et que l’on va faire découvrir aux Marocains.

Un avant-goût de la programmation ?

Côté jazz, on aura Sylvain Luc. Probablement l’un des plus grands noms de la guitare en Europe. Et Querencia, groupe new-yorkais, latin-jazz qui proposera une fusion avec les gnaoua. Ce n’est pas un festival de tête d’affiche. Depuis 15 ans, on promet à notre public de la bonne musique. Et il n’est pas déçu, que ce soit au niveau des fusions ou des résidences d’artistes. Un des moments forts sera le spectacle donné au Borj Bab Marrakech par les Issaoua de Meknès et les Pakistanais Farred Ayaz et Abu Muhammad.  Dans l’innovation toujours, une autre résidence sera le fruit d’une collaboration entre le maâlem Hassan Boussou, l’électro et le rap. C’est un partenariat avec le Festival marseillais « Marsatac ». Essaouira marque le début d’une tournée dans les Instituts français du Maroc puis en Europe.
Une nouveauté cette année, un forum pour débattre de la place de la musique dans les sociétés. Quelques mots…
Nous avons toujours voulu créer ce forum sans avoir les moyens de le faire. Le Conseil national des droits de l’Homme nous a aidés à le mettre sur pied. Le moment est propice. Il est nécessaire d’ouvrir un débat sur la place de la culture dans les projets de société, dans les politiques culturelles et sur la liberté d’expression et de créer. Une thématique émerge : l’engagement des artistes dans la vie politique. A ce titre, nous avons invité Youssou N’Dour, qui à l’époque venait de lancer sa campagne politique. Il connaît le festival et les valeurs que nous défendons.

15 ans c’est aussi un coup d’œil dans le rétroviseur, quel regard portez-vous sur le parcours du festival ?

Quand le festival é été créé, il a révélé un manque terrible de manifestations musicales et artistiques au Maroc. Dès la première édition, 20.000 personnes se sont déplacées. Mais nous n’avons jamais eu vocation à devenir si important. On veut se recentrer sur ce que nous étions au départ, à savoir un petit festival, plus intimiste. C’est une manifestation qui revendique un esprit libre. Elle a été difficile à mettre en place et a beaucoup souffert. En 1997, quand  on a annoncé un festival de gnaoua à Essaouira, les gens croyaient à une plaisanterie. Aujourd’hui, l’évènement est reconnu, pris au sérieux. L’impact économique sur le Maroc est considérable en particulier à Essaouira.

Ce festival va au-delà d’une simple manifestation musicale, c’est une histoire humaine….

Sa force est d’avoir prouvé qu’on peut être  marginalisé et embrasser un destin totalement inattendu. Aujourd’hui, le pays revendique cette musique.  C’est une fierté et un symbole pour tout le Maroc. Une culture qui appartient à notre patrimoine. Les gnaoua sont une confrérie populaire, et c’est ce qui plaît. La reconnaissance sociale des gnaoua, c’est une histoire de condition humaine. C’est pourquoi on souhaite inscrire la culture gnaouie au patrimoine mondial de l’Unesco afin qu’elle soit protégée et mise en valeur.
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