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Procédure d’exception sans état d’urgence.
Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de

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Spécialiste des réseaux djihadistes et de leur financement, Richard Labévière, rédacteur en chef du magazine en ligne Proche&Moyen-Orient.ch, explique que les attentats de Bruxelles sont une réponse des réseaux dormants salafo-djihadistes implantés en Belgique, à l’arrestation de Salah Abdeslam et de ses complices. Dans cet entretien, il apporte un éclairage édifiant sur ces réseaux, leur financement, la réaction des services de sécurité à leur égard, tout en exprimant sa crainte «de voir les pays européens tomber dans le piège tendu par les porteurs de l’idéologie de la terreur, celui de susciter la peur, sinon la haine de l’autre». Quelle lecture faites-vous des attentats en Belgique ? C’est clairement la réponse du berger à la bergère. Les réseaux salafo-djihadistes dormants — qui sont implantés en Belgique depuis vingt ans — se sont réveillés, car ils ne pouvaient pas ne pas réagir à l’arrestation de Salah Abdeslam et de ses complices. Ces réseaux criminels sont constitués de petits délinquants et trafiquants qui ont des réflexes de «bandes» : ils se vengent ! Contrairement à ce qui a été répété par une majorité de médias, à savoir que Salah Abdeslam était parfaitement inconnu des fichiers judiciaires et de la documentation des services spéciaux belges et français, ce jeune homme avait déjà fait l’objet de huit condamnations pour vols et autres escroqueries, dont l’une est passablement révélatrice. Engagé comme ambulancier par la commune de Molenbeeck, Abdeslam ne trouvera rien de mieux à faire que de détrousser l’un des cadavres qu’il venait de charger dans son ambulance… Edifiant ! Les services savaient également qu’il fréquentait régulièrement certaines des dix-huit mosquées salafistes de Molenbeeck, toutes – peu ou prou – financées par l’Arabie Saoudite. On a un vrai problème avec la communauté musulmane de Belgique et notamment avec la diaspora marocaine… Quoi qu’il en soit la question se pose de manière récurrente : pourquoi, compte tenu de ses nombreuses condamnations, Salah Abdeslam était-il encore en liberté ? Il y a un mois exactement, les policiers belges l’avaient repéré et s’apprêtaient à l’arrêter. Ils ont dû attendre quatre heures pour que le procureur – en pause-déjeuner – donne son feu vert à une telle intervention, le temps pour la famille de simuler un déménagement et de l’exfiltrer en le dissimulant dans une armoire au nez et à la barbe des policiers furieux ! C’est quand même curieux de constater qu’après avoir «neutralisé» le cerveau des opérations de Paris, les terroristes passent à des attaques sur le sol belge. Est-ce vraiment le cerveau qui a été pris ou s’agit-il de quelqu’un qui a protégé le vrai commanditaire ? Non, Salah Abdeslam n’est vraiment pas un cerveau, mais certainement le «logisticien» des attentats à Paris en novembre 2015, parce qu’il est un peu plus malin et entreprenant que ses complices. A ce stade de l’enquête, on ne décèle pas de «cerveau» ou de «donneur d’ordres» central, encore moins de commanditaires syriens ou irakiens. Evidemment, ces petits délinquants, des laissés-pour-compte d’une prospérité occidentale — elle-même en crise —, sont des admirateurs de Daech, mais l’Etat islamique (EI) n’a pas besoin de donner des ordres précis parce que ce terrorisme européen marche tout seul, comme un procès sans sujet… Dans les années 1970, l’ultra-gauche européenne (Brigades rouges, Baader-Meïnhof ou Action Directe) n’avait pas besoin de recevoir des ordres de l’URSS pour s’en prendre aux symboles du capitalisme ! Ces attentats pointent davantage des dysfonctionnements des sociétés européennes elles-mêmes, des dysfonctionnements que les pouvoirs publics ont été incapables d’analyser correctement et encore plus incapables d’apporter les réponses adéquates. Peut-on parler de défaillance des services de renseignement aussi bien belges que français ? Non, clairement non ! Les services belges ont peu de moyens, mais sont très bons quand on les laisse travailler. Depuis plus de vingt ans, les bourgmestres et le Parquet fédéral belge ont opté pour une politique de l’autruche et du déni du réel. Lorsque la DGSE, les services extérieurs français, interpellaient les autorités belges, le Premier ministre Charles Michel s’offusquait en affirmant que tout allait bien en Belgique et qu’il n’y avait rien à voir... Quant aux Services français, on peut aussi gloser à l’infini sur une fusion inachevée entre la DST et les renseignements généraux, mais là-aussi les insuffisances sont à rechercher du côté du pouvoir exécutif et de la classe politique. En effet, faut-il encore confier à ces services des missions précises et leur donner les moyens de les accomplir. Les Services français demandent depuis plus de vingt ans une «loi-cadre» afin d’encadrer leurs missions et leurs personnels. Cette loi ambitieuse n’a jamais vu le jour, laissant place à des replâtrages très insuffisants, inspirés par une rhétorique de guerre extérieure, alors que les problèmes les plus importants sont domestiques, chez nous, sous notre nez ! Les politiques refilent toujours la patate chaude aux Services — qui ne peuvent pas répondre publiquement, ce qui est bien normal —, mais les vraies responsabilités, sinon les manquements relèvent bien du pouvoir politique. Pensez-vous que ces attentats soient la conséquence du laxisme des autorités aussi bien belges que françaises face à la montée de l’intégrisme sur leur sol, les mouvements djihadistes bénéficiant de la liberté de circuler et de voyager vers des pays en crise pour alimenter les conflits armés ? C’est la bonne question ! Souvenez-vous des journalistes parisiens des années 1990 qui se demandaient «Qui-tue-qui ?» chez vous, en Algérie, alors que vous étiez confrontés à une vague déferlante djihadiste extrêmement meurtrière. Avant Noël encore, des responsables politiques français de premier plan affirmaient ne pas disposer de suffisamment de preuves pour fermer des mosquées salafistes dont on sait depuis des années qu’elles sont clairement financées par l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe. Aux Pays-Bas, en Belgique et surtout en Suisse, d’anciens égorgeurs des GIA se sont reconvertis dans des ONG qui prétendent aujourd’hui défendre les droits de l’homme et qui intentent des actions judiciaires contre des responsables militaires qui ont mené la lutte antiterroriste en première ligne. On marche sur la tête ! Ne parlons pas des multiples vitrines de propagande des Frères musulmans installés dans ces mêmes pays… Frères musulmans que certaines élites européennes continuent à qualifier d’«islamistes modérés», alors qu’ils demeurent les principaux vecteurs de haine et d’incitation à la violence au sein des sociétés occidentales. Méconnaissance, naïveté et lâcheté s’ajoutent à un grand aveuglement mercantile, puisque les marchés passés avec l’Arabie Saoudite, le Qatar et d’autres pays du Golfe pèsent lourd, très lourd sur la balance commerciale de plusieurs de ces pays européens. Si l’on veut être sérieux, un discours de vérité et de fermeté doit être tenu à ces partenaires commerciaux : on ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre, le sourire de la crémière et la sécurité en plus… Devrait-on s’attendre à d’autres attentats, sachant que les dernières opérations démontrent l’existence d’une capacité militaire, d’une logistique et d’une organisation assez fortes ? Je ne parlerai pas de «capacité militaire», mais des moyens de nuisance habituels des organisations criminelles classiques — grand banditisme, trafiquants, mafias, etc. — qui relèvent d’abord de la police, de la justice et des services de renseignement plus que des militaires. Répétons-le, ces réseaux sont «rhizomatiques» et ne correspondent pas à une organisation internationale pyramidale et globale qui devrait être combattue par des armées conventionnelles. Quant à l’avenir, il faut, bien sûr, s’attendre à d’autres attentats. Nous allons vivre durablement avec cette menace endogène et diffuse qui pourra prendre des formes inédites, notamment sur mer, dans des ferries ou des bateaux de croisière, contre des réserves d’eau, des infrastructures publiques et de grandes banques de données numériques. Comment voyez-vous la situation après ces attentats ? Ma grande crainte est que ces derniers attentats ne confortent une fuite en avant militaire globale, la répétition de la «guerre globale contre la terreur» de George W. Bush dont on connaît les résultats désastreux. Définitivement, cette réponse militaire ne pourra pas apporter les bonnes réponses. Quant aux libertés civiles et politiques, les pays européens risquent de faire pire que le Patriot Act américain en diabolisant les musulmans et en écoutant tous les citoyens dans tous leurs actes de vie quotidienne. C’est exactement ce que veulent les terroristes. Ma crainte est de voir les pays européens tomber dans ce piège tendu par les porteurs de l’idéologie salafo-djihadiste : susciter la peur, sinon la haine de l’autre, pulsions qui aggraveront les fractures sociétales et les déglingues économiques, sociales et politiques auxquelles nos sociétés — européenne et africaine — sont confrontées.

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L’alerte antiterroriste a aussitôt été relevée à son niveau maximal dans le pays. Ces attaques interviennent quatre jours après la capture de Salah Abdeslam, l’un des auteurs présumés des attentats de Paris qui avaient fait 130 morts le 13 novembre 2015. Evoquant très vite une possible piste «terroriste», le parquet fédéral belge a parlé de trois explosions qui ont touché, pour deux d’entre elles, l’aéroport de Bruxelles-Zaventem et, pour la troisième, la station de métro de Maelbeek, dans le quartier des institutions européennes. Les soupçons du parquet fédéral belge se sont avérés fondés, puisque quelques heures après le drame, l’organisation terroriste autoproclamée Etat islamique (EI) a revendiqué ces attentats. «Des combattants de l’Etat islamique ont perpétré une série d’attentats, avec des ceintures d’explosifs et des bombes, mardi (hier ndlr), visant un aéroport et une station de métro du centre de la capitale belge Bruxelles», a écrit l’organisation terroriste dans un communiqué répercuté par l’agence Aamaq qui lui est affiliée. Métro éventré et sièges déchiquetés Les premières explosions ont été entendues à l’aéroport international de Bruxelles, vers 7h GMT. Le procureur de Bruxelles, Frédéric Van Leeuw,  estime que l’une des deux premières explosions a été «probablement provoquée par un kamikaze». Selon les pompiers, les deux premières explosions ont fait 14 morts et 96 blessés. D’après le gouverneur de la province du Brabant Flamand, Lodewijk De Witte, «trois bombes avaient été introduites» dans l’aéroport, mais l’une d’elles «n’a pas explosé». Une demi-heure plus tard, une autre explosion, très forte, a été entendue à la station de métro Maelbeek. Elle a provoqué «probablement une vingtaine de décès» et 106 blessés, selon le maire de Bruxelles, Yvan Mayeur. Une photo diffusée par la chaîne publique RTBF montrait une rame de métro éventrée, des sièges déchiquetés, et des parois calcinées, à la station frappée en pleine heure de pointe. Le porte-parole des pompiers bruxellois a indiqué que «la déflagration a été telle qu’elle a provoqué l’écroulement de trois murs d’un parking souterrain attenant à la station de métro». «Il y a beaucoup de nationalités» parmi les blessés», a déclaré le maire de la ville, ajoutant que l’identification des victimes allait «prendre du temps» en raison de la situation «chaotique».     Panique et scènes de chaos  Devant la panique qui s’en est suivie, le centre de crise du ministère de l’Intérieur belge a demandé vers 10h30 à la population bruxelloise de cesser de circuler. En outre, tous les transports publics ont été fermés. De son côté, la Commission européenne a appelé ses employés à rester chez eux ou dans leurs bureaux. La crainte de nouveaux attentats a amené de nombreux pays européens à renforcer leur sécurité. Des mesures de vigilance ont été, par exemple, relevées aux aéroports de Paris, Londres (Gatwick), Francfort, Moscou ainsi que dans les aéroports néerlandais et à la frontière sud des Pays-Bas. Londres a «déconseillé», par ailleurs, à ses ressortissants de se rendre à Bruxelles «sauf raison impérative», a annoncé Downing Street hier. Une première en Europe. Les 28 pays de l’UE et les dirigeants des institutions européennes, dans un rare communiqué commun, ont dénoncé cette attaque contre, disent-ils, «notre société ouverte et démocratique». Le Premier ministre belge, Charles Michel, a indiqué pour sa part que son pays «redoutait un attentat et c’est arrivé» qualifiant ces attentats d’«aveugles,   violents et lâches». Il a en outre évoqué «un moment noir pour ce pays». Le gouvernement belge a décrété un deuil national de trois jours. Sur le terrain, l’enquête diligentée par les services de sécurité belges semble avancer à grands pas. La police belge a retrouvé une ceinture d’explosifs intacte et un fusil d’assaut kalachnikov près du corps d’un assaillant à l’aéroport. Une image des «suspects» des attentats de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem, captée par une caméra de vidéosurveillance, a par ailleurs été diffusée par les autorités belges. Celle-ci montre trois hommes poussant des chariots à bagages. Deux ont fait sauter leurs charges explosives, créant le chaos dans l’aéroport Zaventem. Le troisième suspect aurait réussi à s’enfuir. Une opération de recherche  de grande ampleur était d’ailleurs en cours hier soir dans un quartier schaerbeekois. Plusieurs véhicules de police, des voitures béliers, des ambulances et des pompiers y étaient déployés. L’homme avec un chapeau et un manteau blanc capté par la vidéo diffusée par la police aurait trouvé refuge dans le quartier. Comment décrypter maintenant ces attentats en série ? Hasni Abidi, spécialiste du Monde arabe et directeur du Centre d’études et de recherche sur le Monde arabe et méditerranéen (Cermam 1) à Genève, a estimé dans un message  publié sur son mur facebook que «les attentats de ‎Bruxelles répondent à une arrestation d’un terroriste et portent un message : l’EI est désormais une réalité européenne».

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