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France : installation d’un Etat policier (partie 1).
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Procédure d’exception sans état d’urgence.
Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de

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Ils sont plusieurs milliers installés dans les villes du nord du pays. Migrants, venus des pays subsahariens, ils tentent de se faire une place. Mais sans carte de séjour, les acquis obtenus par les associations sont très fragiles. «C’est bon ! J’y suis allée ce matin !» Cheveux courts, grands anneaux dorés aux oreilles, la jeune femme apostrophe son ami qui passe en voiture sur une grande rue du centre-ville d’Oran. Ce jour-là, elle a inscrit son enfant à l’école publique. L’homme dans la voiture, Roland, sourit. Ce migrant camerounais vit en Algérie depuis 10 années et l’accès aux droits est sa bataille quotidienne. «C’est possible, mais il faut lutter contre les peurs, les idées reçues du côté des migrants, du côté des autorités et du côté des associations elles-mêmes, mais c’est possible !» Sans carte de séjour, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vivent en Algérie. L’environnement géopolitique régional a poussé ces migrants à rester plus longtemps sur le territoire. Une enquête associative a évalué la durée moyenne de séjour en Algérie à 3 ans. «L’Algérie n’est pas un pays plus raciste que le Maroc ou la Libye. Les gens sortaient plus vite d’Algérie à cause du cliché du Maroc, pays proche de l’Espagne, de la France, de l’Europe. Mais au Maroc, la sociabilité n’est pas la même, la vie n’est pas aussi facile et puis, ici, le travail de base est plus facile à trouver. Quand tu es manœuvre sur un chantier et que tu es payé 400 DA la journée, en Algérie, tu arrives à te payer de quoi manger et mettre 200 DA de côté en plus. Ce n’est pas le cas au Maroc et le logement y est plus cher», explique Roland*. Sans droits théoriques, les migrants obtiennent, jour après jour, de petites améliorations dans leur quotidien. A Alger, les autorités ont autorisé cet été la scolarisation de plusieurs enfants à la demande des associations. A la rentrée, certaines familles avaient déjà quitté le pays, mais «c’est un bon signal», souligne un acteur associatif. Jusqu’à aujourd’hui, certains parents réussissent à inscrire leurs enfants dans les écoles privées. Lili, 7 ans, a sa blouse rose et son cartable. La petite fille a d’excellents résultats en français et est très douée en arts plastiques selon la directrice de son école. «Bon, pour l’arabe, elle est loin derrière ses camarades. J’ai convoqué ses parents. Sa mère s’est mise à pleurer dans mon bureau», explique-t-elle. Lili a du mal à déchiffrer une phrase, malgré les cours particuliers qu’elle suit. Deux fois par semaine, puis une seule fois. Son enseignante affirme que la petite a fait de gros progrès et demande à ce «qu’elle travaille plus». «L’institutrice voudrait qu’elle soit aussi forte que les autres, mais ce n’est pas possible. Dans la maison, on parle français», lance sa mère. La petite Lili vit au milieu des adultes, dans une pièce qui sert de chambre à ses parents et son petit frère, mais aussi de lieu où les habitants du reste du bâtiment se retrouvent. Garages Si les séjours des migrants sont de plus en plus longs, les notaires exigent une carte de séjour en cours de validité pour signer un contrat. Résultat, les nouveaux arrivants s’appuient sur les réseaux de relations des anciens pour trouver où «poser sa tête», mais les conditions sont très précaires. Dans une banlieue d’Alger par exemple, un Camerounais qui vit en Algérie depuis 15 ans, loue un bâtiment inachevé à un propriétaire algérien, et gère les sous-locations des pièces au sein du bâtiment au fur et à mesure des départs et des arrivées. Il y a une arrivée d’eau pour la trentaine d’habitants. A Oran, Alice, 27 ans, vit dans le garage d’une maison. Le propriétaire lui loue 10 000 DA. Pas de fenêtre, un sol humide et un robinet au-dessus des toilettes pour l’eau courante. Danièle, elle, loue une pièce chez un particulier dans un bidonville d’un quartier périphérique. Sa «bailleuse» a construit 4 murs de parpaings et posé une plaque de tôle dessus. Danièle a eu la place d’installer un lit de deux places, un téléviseur et une étagère. Il y a un coin cuisine, et un robinet au-dessus des toilettes qui fait office de douche. Une porte permet à la «bailleuse» d’entrer dans la pièce à tout moment. Coût de la location : 10 000 DA par mois. Maggie, jeune maman aux cheveux courts, doit cuisiner et se doucher dans la cour devant la pièce qu’elle loue. Pour obtenir de l’eau, la «bailleuse» a fait un trou dans le mur mitoyen et lui passe une tuyau d’arrosage chaque jour, le temps que la jeune femme remplisse ses bassines. La jeune femme, un peu absente, sourit : «Ici, les propriétaires sont bien élevés, ils ne sont pas méchants, ils me laissent tranquille». Si elle fait la précision, c’est parce qu’à Alger comme à Oran, de nombreux migrants témoignent de harcèlement de la part des propriétaires de leurs logements. «Je faisais à manger à des compatriotes pour gagner un peu d’argent, et du coup j’achetais et je vendais des bières. Le bailleur rentrait chez moi, se servait des bières dans le frigo. Si la porte était fermée, il défonçait la porte», raconte Anaïs, qui a déménagé depuis. A Alger, un jour de Ramadhan, le propriétaire de l’immeuble inachevé entre à l’improviste, fait le tour des chambres, insulte plusieurs habitants et face à deux jeunes qui refusent de rentrer dans leur chambre, il donne un coup de pied dans leurs tabourets pour les faire tomber. Personne ne bronche. «ça va passer, il va finir par partir. On ne peut rien y faire», lâche un habitant. L’impuissance revient souvent dans les conversations. «Le mieux c’est d’encaisser et d’essayer de s’adapter à la culture», estime Danièle, car l’essentiel selon elle est d’avoir un toit sur la tête et de quoi manger. «Pour m’en sortir, je suis coiffeuse à domicile. Je tresse mes compatriotes camerounaises. Mon conjoint se débrouille dans la maçonnerie et la peinture. ça nous permet de ne pas nous retrouver dans la rue. Si je pouvais travailler, je pourrais subvenir à mes besoins : payer ma maison, mes médicaments, m’habiller, participer à la scolarité de mon enfant au Cameroun… Là, on vivote», poursuit-elle. Ce jour-là, la jeune femme assise sur le tabouret, un paquet de rajouts capillaires dans les mains, c’est Fidèle, 27 ans. «Le véritable problème c’est le travail. J’ai fait un mois dans une usine de fabrication de yaourt et le monsieur m’a demandé d’arrêter parce qu’il voulait des papiers, une carte de séjour. Il était vraiment désolé de mettre fin à ma mission, il n’avait pas le choix. J’ai travaillé aussi dans un cybercafé pendant un mois. Même chose, il fallait des papiers pour continuer». Conséquence de la précarité économique de ces femmes, la nécessité de se mettre en couple pour celles qui ont fait la route seules : «Pour ne pas se laisser aller à la prostitution, tu es obligée de rester avec un homme. Généralement, lorsqu’on arrive en Algérie, nous sommes accueillies par une famille d’accueil. Et parmi eux, il y a plusieurs personnes. Des femmes et des hommes mélangés. C’est dans ce groupe de personnes que j’ai rencontré mon copain, un garçon conscient, pas comme les autres qui passent leur temps à boire de la bière et à jouer aux cartes.» Mais Julie, arrivée il y a trois ans, a un regard plus dur : «Quand on arrive, les anciennes qu’on trouve ici nous mettent de mauvaises idées en tête. Elles veulent nous exploiter, nous mettre dans le milieu de la prostitution, et nous dire qu’il faut absolument se mettre en couple avec un homme pour s’en sortir. On te dit que les femmes ne peuvent pas travailler.» Frappées Un matin de décembre, Fabrice, père de deux enfants, a été agressé. Il s’est jeté de la voiture de ses agresseurs pour leur échapper. Plaie ouverte sur le crâne, il est amené aux urgences. «La première question qu’on m’a posée, c’est : Monsieur, où sont vos papiers ?» raconte-t-il. Une jeune femme aux longues tresses, jean et tee-shirt violet, qui vit dans la capitale depuis deux ans, raconte avoir été attaquée par ses voisins. Alors qu’elle descendait d’un taxi, on lui a lancé un parpaing. Puis un homme l’a frappée avec une bouteille en verre, lui a craché dessus, et rentré chez lui pour prendre un couteau et est ressorti pour la poignarder dans la cuisse : «On n’a pas porté plainte. Je n’ai pas de papiers. Mon mari n’est pas en règle. Si on va voir la police, on aura nous-mêmes des problèmes.» Emmenée à l’hôpital, elle n’a pas pu acheter tous les médicaments nécessaires pour se soigner. L’infection a abîmé son genou. Elle boite toujours. Les principales victimes des violences sont les femmes. «Les femmes, on dirait des torchons, des serpillières. Nous sommes menacées, maltraitées par des Algériens. Nos frères nous maltraitent aussi. Nous courons des risques», raconte une jeune femme en longue robe colorée. Frappée par un passant en allant au marché, elle refuse désormais de sortir de chez elle : «Je ne peux pas vous dire que la police nous protège. Des fois, la police ne nous reçoit même pas.» Assise à côté d’elle, une de ses amies, le crâne enveloppé dans un foulard, explique ne pas pouvoir aller porter plainte : «A chaque fois que quelqu’un entre au commissariat, il se fait arrêter. Il y a deux jours, le père de mon enfant a failli me tuer. Qu’est-ce qui va m’encourager à porter plainte ? J’ai peur. Si on m’arrête, si on me garde en prison, qui s’occupera de mon bébé ?» Progrès Autre sujet d’inquiétude, les centres de santé. «Lors de mon accouchement, le personnel de l’hôpital se regroupait autour de mon lit et se moquait de moi, raconte une migrante libérienne. Il a fallu qu’un médecin intervienne et s’occupe de moi pendant tout l’accouchement pour que cela s’arrête.» Au-delà de l’accueil parfois violent ou insultant, les migrants craignent d’être interpellés. Au début du mois de septembre à Oran, après avoir accouché, une jeune femme a été retenue, menottée à son lit pendant 24h avant d’être relâchée, alors que ça n’était pas arrivé depuis 2 ans. Car les choses évoluent petit à petit. Dans quelques centres de santé, les associations ont ouvert une discussion avec les soignants pour répondre à leurs inquiétudes. Même chose dans certains quartiers d’Oran, avec la gendarmerie qui, en cas d’agression sexuelle, accepte désormais de prendre les plaintes. Dans la banlieue ouest d’Alger comme à Oran, des cliniques et centres de santé accueillent les migrants sans problème. Quelques hommes et femmes qui vivent en Algérie depuis plusieurs années font office de lien entre les communautés et les associations, et, jour après jour, ils répètent les mêmes conseils. Longues boucles d’oreilles colorées, Josiane vit en Algérie depuis 6 ans. Grand sourire, yeux brillants, elle passe sa journée à répondre à son téléphone portable. Un rendez-vous médical pour l’un, du lait pour bébé pour l’autre, elle tente d’aider comme elle peut ceux qui, comme elle, vivent ici sans moyens ni droits garantis. Elle anime aussi un groupe de parole pour femmes migrantes : «Un endroit où tu peux dire, sans qu’on te juge, que tu as failli te prendre une baffe aujourd’hui et que tu te sens mal». Plusieurs fois par mois ces femmes se regroupent dans un local associatif. Plusieurs d’entre elles ont un petit boulot : coiffure, cuisine, accueil, ménage. «C’est important d’avoir comme modèle des femmes qui sont un peu autonomes. ça permet à beaucoup de migrantes de dire non à certaines choses, d’avoir plus confiance en elles», explique Josiane. L’un de ses projets en cours, c’est la création d’un lieu d’accueil pour femmes et enfants. Au rez-de-chaussée d’un immeuble, derrière une porte, une petite pièce de 4m2, puis une porte vitrée qui donne sur un grand jardin. Là, deux préfabriqués abritent des chaises, des bibliothèques et des sanitaires. «On a eu une première partie de financement pour ces deux chalets. Là, il n’y a plus d’argent. On a les chalets, mais pas l’argent pour acheter le matériel et payer les salaires», regrette-t-elle. Autonomie Pourtant, tout est prêt. La clinique mitoyenne a accepté le projet avec enthousiasme, les voisins aussi. Une association pour enfants handicapés est installée de l’autre côté du mur et pourrait faire l’objet de partenariats et l’apport pour les migrantes serait inestimable. «Le cœur de la vulnérabilité, c’est l’oisiveté. Les expériences des uns peuvent apporter des perspectives aux autres. Ce lieu pourrait permettre à des femmes d’accéder à des formations, de devenir autonomes, de devenir des leaders. Elles pourraient faire le choix de continuer l’aventure ou de rentrer chez elles», explique Roland, le migrant militant, qui a mis sept mois à rédiger ce projet, en s’inspirant des expériences marocaines et tunisiennes. Sans avancées concrètes, Josiane et Roland commencent à se décourager. «On a envie que les choses changent. Elles peuvent changer, mais il n’y a pas d’acteur assez fort pour assumer et prendre les dossiers en charge. Je ne vois pas quelle autorité algérienne viendrait fermer un lieu pareil, pourtant les acteurs associatifs sont craintifs. Tout ça nous épuise», regrette Roland. Un mercredi de septembre, le jeune homme a commencé à trier ses affaires. Il a jeté beaucoup de documents, gardé quelques dossiers, vendu tous ses meubles et cédé son appartement à une amie, «pour qu’elle soit plus tranquille». Il a dit l’air de rien à quelques amis : «Si tu n’arrives pas à m’avoir, c’est que je suis parti». Personne n’a posé de question. Fatigué de voir ses projets bloqués, Roland a cessé de se battre. Il a quitté l’Algérie cette semaine pour rentrer dans son pays. Au Cameroun, il veut créer une association pour aider les femmes. Il force un sourire : «Les choses ont dû beaucoup changer là-bas.»  

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