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Tunisie : UGTT - Ennahdha, les conditions de l'apaisement Rached Ghannouchi, chef d'Ennahdha, et Houcine Abassi, secrétaire général de l'UGTT. © AFP/Montage J.A.

Les rapports entre l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et le parti islamiste au pouvoir, Ennahdha, se sont tellement dégradés en un an que le pays est menacé de paralysie par une grève générale, le 13 décembre. Mais face au risque d'une nouvelle aggravation des tensions dans un pays en crise, les lignes bougent.

La solution au bras de fer entre la centrale syndicale UGTT et Ennahdha - avec un renoncement à la grêve générale du 13 décembre - ne peut passer que par la préservation de la dignité de chaque partie. Ce qui n’est pas gagné tant, depuis l’arrivée des islamistes au pouvoir en Tunisie, il y a un an, et l’élection du nouveau bureau exécutif de la centrale patronale, en décembre 2011, ils se sont livrés à une bataille de chiffonniers. Attaques en règle, dépôts d’ordures, saccages ou incendies de locaux se sont multipliés au fur et à mesure que l’UGTT affirmait son rôle politique et devenait la pierre angulaire de la société civile.

Force d’opposition, de proposition et de régulation, la centrale ouvrière déborde du champ de son action syndicale, mais il en a été ainsi depuis sa création en 1956. Avec le changement de régime et son rôle fédérateur durant la révolution, l’UGTT a bénéficié d’un regain de popularité et s’est positionnée contre un gouvernement qui peine à concrétiser son programme. Depuis le 23 octobre, date commémorative des élections de 2011, à laquelle l’Assemblée nationale constituante (ANC) aurait dû parachever la Loi fondamentale, la tension a été crescendo.

Initiative politique

Sous la direction de Houcine Abassi, l’insolente UGTT a pris l’initiative de proposer un agenda clair permettant d’aboutir à des élections ; elle avait récolté le consensus de la société civile, dont le patronat, ainsi que de tous les partis politiques à l’exception d’Ennahdha et du Congrès pour la République (CPR, du président Marzouki). Depuis, les menaces se précisent contre elle, d’autant que la centrale ouvrière a suscité le soulèvement de Siliana et a été ferme sur les négociations salariales.

Trop puissante, trop influente, trop présente… L’UGTT gêne les islamistes qu’elle freine aussi dans la réalisation de leur projet sociétal.

Trop puissante, trop influente, trop présente… L’UGTT gêne les islamistes qu’elle freine aussi dans la réalisation de leur projet sociétal. La violente agression de militants syndicalistes, le 4 décembre, au siège de Tunis, par la « ligue de protection de la révolution » - un groupuscule radical, proche de la formation islamiste, qui avait également provoqué la mort d’un militant du parti « Nidaa Tounes », à Tataouine, en octobre dernier -, a fait déborder le vase.

Les assaillants qui réclamaient pas moins que « l’épuration » de l’UGTT, avaient choisi une date symbolique pour leur attaque : celle de la commémoration du 60e anniversaire de la mort de Farhat Hached, fondateur et leader charismatique du syndicat, mais aussi celle de la clôture des négociations sociales du secteur public. L’UGTT réagit, coupe court avec Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, qui avait approuvé les actions de la ligue.

Instabilité

« Il n’est qu’un chef de parti et nous n’avons rien à faire avec les partis », assènent des dirigeants syndicalistes qui n’acceptent de médiation qu’avec le gouvernement et votent pour une grève générale. Leurs revendications sont simples : dissoudre la ligue de protection de la révolution qui fait preuve de violence, accélérer le processus de transition et contrôler l’inflation qui grève le budget des ménages.

Pourtant, autour du projet de grève, le pays se divise ; chacun s’exprime au nom du peuple ; le ton monte et certains s’alarment de la nécessité d’éviter que le pays ne bascule dans la violence. La pression de l’opinion mais également l’incertitude sur la réussite de la grève générale conduit les dirigeants syndicaux, par l’entremise de Mustapha Ben Jaafar, président de l’ANC et d’Ahmed Ben Salah, ancien secrétaire général du syndicat, à des négociations avec des représentants du gouvernement. Un accord conditionné par la suspension de la ligue a été trouvé le 11 décembre mais la commission administrative de l’UGTT, doit encore le ratifier. L’annulation de la grève ne sera pas un échec pour la centrale au vu de l’instabilité du pays mais elle montrerait surtout le maintien de sa confiance dans le gouvernement. Une condition nécessaire à la sortie de crise.

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Par Frida Dahmani, à Tunis

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