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Il sont au moins 1200 personnes à souffrir aujourd’hui d’erreurs médicales. L’Organisation nationale des victimes d’erreurs médicales (ONVEM) hausse le ton et sort dans la rue. Avec trois rassemblements depuis juin dernier et d’autres en vue, elle exige une prise en charge spéciale pour les victimes avec une loi spécifique de protection. -Combien de personnes sont, aujourd’hui, victimes d’erreurs médicales et quels genres de handicaps sont surtout recensés ? J’ai, actuellement, 1200 cas recensés. Je continue encore à recevoir des appels et des dossiers de plusieurs victimes dans le pays. Des femmes ayant perdu leur utérus, des enfants amputés de bras ou de jambe, des femmes ayant subi des ablations de sein alors qu’elles n’avaient pas de cancer, des circoncisions mal faites et des paralysés à vie… Il y a de tout dans les dossiers traités. Les victimes ne connaissant pas bien leurs droits demandent une prise en charge. Depuis 2005, le secteur de la santé n’a cessé d’enregistrer des scandales répétitifs à cause d’erreurs médicales, mais le ministère n’a jamais rien décidé. A Constantine, il y a eu 18 enfants victimes d’une circoncision mal opérée, suivie en 2007 de 31 malades ayant perdu la vue à l’hôpital de Beni Messous, puis en 2010 et en 2011 d’autres scandales d’erreurs médicales collectives encore à Constantine et Khenchela, et enfin en janvier 2013 dans une clinique privée à Blida. Face à ces crimes médicaux, le ministre de la Santé n’a jamais assumé ses responsabilités en démissionnant ou en prenant des décisions en faveur des victimes. Où est notre avenir avec tout ce que nous avons comme maladies à cause de l’incompétence et de la négligence de certains médecins. Il faut savoir aussi que ces victimes ne souffrent pas seulement de leur handicap, mais aussi de tout ce que cela peut causer comme entrave en société. La majorité des femmes ayant perdu leur utérus ont fini par divorcer, les autres victimes amputées de membre ont perdu leur poste de travail… Personne ne pense à eux aujourd’hui et les médecins continuent à exercer leur travail en toute impunité. Ces enfants d’El Khroub mal opérés lors de la circoncision, qui sont aujourd’hui des adolescents, souffrent et sont complexés par leur handicap. Personne ne pense à eux aujourd’hui et aucune prise en charge ne leur a été offerte, et aucune enquête n’a été diligentée. A la naissance de notre organisation, plusieurs victimes se sont manifestées et gardent encore espoir de voir l’Etat s’occuper d’elles. Je suis en train de collecter d’autres preuves et informations sur les victimes de vaccinations qui ont eu lieu à Mascara. L’idée m’est venue en 2007 après une rencontre avec des malades ayant perdu la vue à Beni Messous. Vous imaginez que depuis le temps, nous n’avons réussi à concrétiser notre projet qu’en 2014. Ce n’est qu’en mars 2014 que nous avons réussi à déposer le dossier d’agrément et le ministère de l’Intérieur refuse toujours de nous délivrer le récépissé. Ce sont encore des manœuvres pour nous bloquer. -Avez-vous déposé des plaintes ? Toutes les plaintes déposées au niveau du ministère n’ont jamais eu de suite. Nous avons l’impression que le ministère de la Santé n’existe pas. Qui gère ce secteur ? Moi-même j’ai eu la chance de rencontrer les anciens ministres Ammar Tou et Saïd Barakat, ainsi qu’Ould Abbès qui m’ont pourtant tous promis de prendre en considération nos doléances, mais en vain. Mais le drame, c’est que les médecins objet de plainte sont couverts par le ministère. Il y a des professeurs et des chefs de service qui ont une protection spéciale de la part du ministère. Ils ont même une protection de la justice ! -Comment vos affaires sont-elles traitées au niveau de la justice ? Plus grave encore, lorsque nous déposons plainte contre un établissement hospitalier, le ministère ou la justice sélectionnent un expert du même établissement. C’est illégal et injuste. Il arrive aussi que cet expert arrive à nous donner raison, mais malheureusement il minimise les dégâts. Il y a toujours eu du trafic et de la falsification dans son expertise. A plusieurs reprises, le juge nous a menacés de fermer le dossier. Nous avons toujours eu des pressions et des menaces de la part de la justice. Nous sommes devenus des victimes de la justice. Il est insensé qu’après 10 ans de combat la justice ne peut pas trancher. -Quelles sont vos doléances ? Notre principale doléance est qu’on prenne en charge les cas urgents ayant besoin de prise en charge immédiate. Après erreur et hospitalisation qui ont mal tourné, l’établissement hospitalier chasse le malade et se débrouille pour faire disparaître son dossier. Puis, aucun autre hôpital n’accepte ces cas dits sensibles. Sans dossier médical ni preuve qu’il s’agit bien d’une erreur médicale, le personnel de l’hôpital nous invite alors à saisir la justice. Comment devons-nous procéder à cette démarche ? Nous voulons créer également une commission mixte avec des juristes, avocats, médecins, la société civile qui se constitue en partie civile en cas de plainte. Cette commission aura la charge de suivre toute affaire dès le départ, de l’établissement hospitalier jusqu’au palais de justice en arrivant même à une prise en charge psychologique. Nous sommes l’unique pays qui ne reconnaît pas l’erreur médicale. Il n’y a pas de lois qui évoquent ces erreurs. C’est insensé, d’autant plus que le ministre de la Justice a affirmé récemment, lors d’une journée portes ouvertes, qu’il y a 20 000 plaintes déposées par les victimes. Statistiquement, il y a seulement 40% des victimes qui ont recours à la justice. Je vous laisse alors imaginer combien elles sont réellement ! Nous demandons alors l’instauration d’une loi spécifique qui protègera cette catégorie de malades. Nous n’allons pas renoncer à nos demandes. 90% des affaires sont transférées à la Cour suprême. Nous sommes arrivés au stade où nous nous plaignons des juges et des procureurs qui, à chaque affaire, classent le dossier et prononcent le non-lieu et l’inexistence d’erreur médicale. -Quelles démarches comptez-vous entreprendre désormais, maintenant que vous êtes sûr qu’il n’y a pas de réponse de la part du ministère de la Santé ? Nous interpellons le président Bouteflika et le Premier ministre d’intervenir en notre faveur. Nous sollicitons aussi les partis politiques. Nous sommes certains de leur réponse assourdissante. Nous réfléchirons à d’autres formes de protestation et pourquoi pas une grève de la faim. Le silence des autorités nous pousse à devenir radicaux. C’est la responsabilité de tout le monde. Les cas que nous avons évoqués ne sont pas seulement du passé, mais quotidiennement nous enregistrons des victimes et les médecins restent encore protégés. C’est un feuilleton de crimes médicaux sans fin. Je viens juste de recevoir un appel de parents d’un enfant victime d’une circoncision mal opérée à Chlef. Il a reçu 10 000 Da comme dommages et intérêts ! La situation se complique de plus en plus. Il faut que l’Etat sache que ces victimes ne doivent pas seulement être soignées et que l’erreur soit réparée - dans le cas où le handicap est réparable - mais qu’elles doivent aussi vivre et nourrir leurs enfants. Elles ont besoin d’aide financière, logistique, médicale, juridique et surtout psychologique. Nous ne devons pas être abandonnés.  
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