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La littérature et l’histoire sont aux premières loges du 19e Salon international du livre d’Alger (SILA) qui se poursuit jusqu’au 8 novembre. Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014, n’est pas venu au SILA qui se déroule au Palais des expositions des Pins Maritimes jusqu’au 8 novembre. Mais les livres du romancier français se vendent bien au stand Gallimard. Tous les exemplaires de son dernier roman, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, paru début octobre, ont été achetés dès le premier jour du Salon. C’est merveilleux ! Les gens qui nous ont demandé Modiano ne sont pas forcément des universitaires. Ils connaissent tout de lui. Les livres du Turc Orhan Pamuk ont été également demandés par les lecteurs», a précisé Malika Jendoubi, des éditions Gallimard. Le dernier roman d’Amine Zaoui, Al Malika (publié par éditions El Ikhtilaf à Alger et Dhifaf à Beyrouth) se porte bien aussi. Le roman raconte une histoire d’amour entre une Algérienne et un Chinois à Alger. Un tabou ? Amine Zaoui est habitué à «s’attaquer» à tous les sujets «chauds» et qui ne font consensus. Mais en Algérie, consensus est un mot qui perd presque son sens à cause du «surdosage» politique et des mauvaises tournures de la conjoncture. Le Miel de la sieste est un autre roman «jubilatoire» d’Amine Zaoui, paru aux éditions Barzakh. Un roman qui va faire réagir les tenants de la bonne morale puisque le personnage central, Anzar Afaya, a des testicules qui ont la particularité d’être asymétriques et…magiques. Une affaire de taille ? Possible.  Amine Zaoui est donc entre les stands de El Ikhtilaf et Barzakh. Dans le stand des éditions dirigées par Sofiane Hadjadj et Selma Hellal, Kamel Daoud, celui qui est porté sur la short list du Goncourt pour son roman Meursault, contre-enquête, côtoie Chawki Amari, qui vient de publier L’Ane mort. «Chawki Amari nous convie dans ce nouveau roman à une exploration métaphysique de l’Algérie d’aujourd’hui, où l’on s’amuse de l’absurdité des situations tout en constatant l’implacable justesse», écrit l’éditeur.  Samir Kacimi, de son côté, poursuit son petit bonhomme de chemin avec Hoboun fi kharif mael (Amour dans un automne incliné), paru chez El Ikhtilaf et Dhifaf.  «Ce roman tente de répondre à la question de savoir si l’amour est lié à une période définie de la vie ou si cela peut durer toute l’existence. C’est donc un regard presque philosophique sur la notion de l’amour, la vie et la mort. On doit s’adapter à la période que nous vivons, choisir le meilleur angle pour bâtir quelque chose. Il faut toujours être optimiste», a plaidé Samir Kacimi. Plusieurs plaies Dans Ghourfatou al dhikrayat (la Chambre des souvenirs), publié par les éditions El Ikhtilaf également, Bachir Mefti rompt avec tout idée d’optimisme. Aziz Malek, son personnage, vit dans l’amertume, la cassure, la peur, le rêve brisé et l’effondrement des années 1990, années des violences et des contre violences en Algérie. «Je suis de nature pessimiste», confie Bachir Mefti. La jeune Amina Saïd Hazam, elle, croit à la magie de la poésie et à son action «réparatrice». Dans Ablation, premier recueil publié par les éditions Alpha, Amina Hazam, à l’aise tant en arabe qu’en français, raconte presque tout avec les mots qu’il faut. Des mots enrobés de chocolat amer, parfois. «J’ai l’impression que ce recueil s’est écrit tout seul. C’est l’accumulation de plusieurs plaies, plusieurs cicatrices liées à mon histoire personnelle. Il s’agit en fait de plusieurs ablations, dont celle de quitter le pays. En France, j’ai constaté que nous avons subi l’ablation de la langue. L’arabe et tamazight sont orphelines en Algérie, en exile dans leur propre pays», a soutenu Amina Saïd Hazam. D’autres douleurs sont évoquées au stand Esprit Panaf’, situé au pavillon central, où des débats sont organisés chaque jour. L’ouvrage collectif L’Afrique des laïcités, Etat, religion et pouvoirs au sud du Sahara, sous la direction de Gilles Holder et Moussa Sow, paru aux éditions Tombouctou au Mali, a donné lieu à un intéressant débat.  Trente chercheurs africains et européens analysent, dans ce livre de 395 pages la situation actuelle du continent à partir de l’histoire de la constitution des Etats, l’exercice de la «gouvernance» coloniale et la séparation de la religion et de l’Etat. «Nous voulons que la réflexion sur l’Afrique se fasse à partir de l’Afrique», a soutenu Ibrahima Aya, indiquant que le livre est lié aussi à un certain contexte politique au Mali. Au stand Panaf’, les amoureux de la littérature africaine peuvent trouver, et éventuellement acheter, Le Mal de terre du Congolais Henri Djombo (édition Hemar),  Madame l’Afrique du Camerounais Eugène Ebodé et Filles de Mexico du Togolais Sami Tchak, parus aux éditions Apic à Alger. L’œuvre poétique du Camerounais Fernando d’Almeida fera l’objet d’un débat demain. Un poète à lire ! Autant que Yamile Ghebalou, qui vient de publier aux éditions Hibr, à Alger, Les Yeux lumineux, ou Djamel Saadaoui avec ses deux derniers recueils de poésie : Hadhihi Khadiyati (C’est ma cause) et Al Qaça’id alati ihtaraket (les poèmes qui ont brûlé). La Tête dans un sac de cuir, qui est loin d’être un titre romantique, est un récit de Ahmed Ben Allel Mebarek, paru aux éditions du Tell à Blida et exposé au stand des éditions Hibr. Il s’agit de la réédition d’un livre intéressant sur une période de l’histoire contemporaine algérienne. Une histoire à reconstituer par bribes. La rencontre internationale sur le 1er Novembre, qui s’est déroulée samedi, a donné lieu à un riche débat (voir page culturelle). L’universitaire chinois Luo Lin, par exemple, a évoqué le soutien de Pékin à la guerre d’indépendance de l’Algérie. «La Chine a donné l’équivalent de 70 millions de yuans en armement et matériel pour soutenir les Algériens. Et 70 millions de l’époque valent 7 milliards de yuans d’aujourd’hui. Un responsable du GPRA a remercié la Chine pour son aide qui se faisait sans aucune contrepartie politique. Zhou En Lai a fourni beaucoup d’efforts pour aider le combat des Algériens. Zhou En Lai est citoyen d’honneur de la ville d’Alger», a précisé Luo Lin. Zhou En Lai a visité Alger à deux reprises, au lendemain de l’indépendance en décembre 1963 et en février 1964. «La visite en Algérie faisait partie d’une tournée africaine. Cette importante tournée diplomatique a permis de rapprocher la Chine de l’Afrique», a souligné l’universitaire chinois. L’historien britannique James House s’est intéressé à la répression de la manifestation des nationalistes algériens le 17 octobre 1961 à Paris. «Un événement ignoré pendant longtemps en France», a-t-il noté. Mohand Amer Amar, l’un des plus jeunes historiens algériens, est revenu, lui, sur la fameuse crise de l’été 1962, qui «a fait imploser le FLN au Congrès de Tripoli.  Ceux qui  ont négocié les Accords d’Evian ont été mis à la porte. Depuis, nous sommes entrés dans un autre processus».  Parallèlement, un petit débat s’est engagé sur les historiens algériens. «On peut faire un exercice à l’université algérienne : citez-nous un historien algérien de moins de 50 ans», a relevé Slimane Hachi, directeur du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH). Question ouverte, adressée à tout le monde... 60 ans après le déclenchement de la Guerre de Libération nationale.  
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