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L’épineuse problématique de l’écriture de l’histoire de l’Algérie s’est imposée une nouvelle fois au Salon international du livre d’Alger. Les questions de sa falsification et de son détournement par le pouvoir ont été reposées à l’occasion d’une conférence-débat sur l’œuvre de l’historien et penseur, Mohamed Cherif Sahli, organisée hier au Palais des expositions des Pins maritimes d’Alger. Animée par le trio, Redha Malek, Zahir Ihaddaden, Amar Belkhodja, autour du thème «Comment décoloniser l’histoire ?» en référence à l’ouvrage de Mohamed Cherif Sahli qui vient d’être réédité par les éditions Quipos, le rendez-vous a été, en effet, une occasion pour l’assistance de s’interroger sur «la falsification de l’histoire par le pouvoir officiel», «les atteintes à la dignité de l’Algérien qui n’ont pas cessé après le recouvrement de l’indépendance» ainsi que l’occultation des pans entiers de l’histoire de l’Algérie et de l’Afrique du Nord. Des interrogations légitimes auxquelles les conférenciers ont donné une partie de la réponse. Ils reconnaissent cette réalité et tentent de donner des solutions pour libérer cette histoire millénaire, que certains esprits réduisent à des périodes restreintes. Ils proposent des solutions. «Je crois qu’il faut un haut commissariat à l’écriture de l’histoire», suggère Zahir Ihaddaden, historien et journaliste. Selon lui, l’écriture de l’histoire pose toujours des problèmes. «Pour les dépasser, il faut de l’objectivité et de la responsabilité. Si on arrive à régler les problèmes du passé, on comprendra peut être pourquoi nous ne sommes pas encore en démocratie», souligne-t-il. Sur le même ton, Redha Malek estime que «la falsification de l’histoire entrave le développement de l’Algérie». «Le message de Yougourtha de Mohamed Cherif Sahli n’a pas été traduit en arabe. Moi, je propose qu’il soit introduit dans les manuels scolaires. S’agissant de l’histoire contemporaine, je crois qu’il faut rendre aux esprits leur autonomie et leur capacité critique. Il faut aussi leur rendre leur objectivité», déclare-t-il. Pour lui, «il y a certes une falsification de la petite histoire (qualité du moudjahid, par exemple), mais il ne suffit pas de dénigrer». «Le problème se situe aussi au niveau de l’enseignement. Il faut de vrais professeurs pour l’enseignement dans les universités surtout dans les instituts d’histoire. Il faut avoir de véritables historiens pour faire des manuels d’histoire. Il ne faut pas confié l’histoire à de simples instituteurs», insiste-t-il, en précisant que l’histoire de l’Algérie «ne se limite pas à l’islam ou à l’ère chrétienne». «Il y a un problème de recherche. Il ne suffit pas d’accuser le pouvoir. Il faut déjà utiliser les moyens qui existent pour écrire notre histoire», soutient-il. «Décoloniser les esprits» Revenant sur l’œuvre de Mohamed Cherif Sahli concernant la décolonisation de l’histoire, Redha Malek reconnaît la difficulté de la tâche. «Il y a un problème de l’éducation, de la rationalité. La non-solution crée un malaise. Personne ne peut bloquer l’objectivité quant elle est là. Décoloniser l’histoire, c’est remettre en place tous les pans de l’histoire, notamment celle de antiquité qui a souffert de malveillances. Mais la décolonisation de l’histoire n’est pas facile, il faut aussi décoloniser les esprits et les mentalités», lance-t-il. C’est ce que souhaite, selon lui, Mohamed Cherif Sahli qui a dénoncé les historiens du colonialisme qui ont orienté l’histoire de l’Algérie selon leur idéologie. L’ancien chef de gouvernement appelle, comme le penseur Sahli, à chercher les racines de l’être algérien et ses origines berbères. «Lorsque Sahli parle de la décolonisation de l’histoire, il voulait d’abord dire qu’il faut se débarrasser de l’héritage du colonial qui consiste à dire ‘‘nos ancêtre les Gaulois’’. Ce sont les numides qui sont nos ancêtres. Il faut donc rectifier les erreurs et en finir avec les préjugés», souligne-t-il, en s’attardant sur «les torts incommensurables causés à l’histoire de l’Algérie par les Charles André Julien, Alexis de Tocqueville et des généraux français qui ont écrit sur notre histoire.» Sur le même sujet, Zahir Ihaddaden regrette le fait que la théorie de Mohamed Cherif Sahli est restée lettre morte, 50 ans après la première publication de son ouvrage. «Le Message de Yougourtha est toujours méconnu en Algérie et c’est dommage pour le pays», déplore-t-il. Selon lui, l’historien a entrepris un travail de destruction des thèses des historiens de la colonisation, bâties sur trois déterminismes qui sont «la géographie, la race et la sociologie». «Mohamed Cherif Sahli a rejeté ces déterminismes qui consolident la thèse selon laquelle il ne peut y avoir d’unité du Maghreb», précise-t-il, en affirmant que l’histoire de l’Algérie, malgré le fait que le pays ait connu 7 colonisations, n’est pas faite uniquement de domination. «Nous avons 47 siècles d’histoire qu’il faut chercher. Il faut aussi se référer à l’archéologie pour retrouver notre histoire. Il faut fouiller la terre», soutient-il.