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Un tournant. Un front mondial contre le terrorisme aurait-il pris naissance hier à Paris ? La forte présence de dirigeants étrangers le suggère à tout le moins. Les ministres de l’Intérieur de onze pays européens et le ministre américain de la Justice, Eric Holder, ont déjà donné le ton de ce que sera le renforcement des mesures de sécurité. Après le choc du 7, le sursaut mondial du 11 janvier pourrait sonner une date fondatrice, celle de l’émergence d’une coalition internationale inédite pour contrer un terrorisme qui ne cesse de se globaliser, avec des capacités de nuisance énormes et en mesure de frapper partout. Les onze ministres européens de l’Intérieur réfléchissent déjà au durcissement des mesures de circulation des ressortissants européens, alors que le ministre américain de la Justice, Eric Holder, a annoncé la tenue, le mois prochain à Washington, d’un sommet international pour «réfléchir aux moyens de lutter contre l’extrémisme». Il est nécessaire de souligner que les réactions politiques après le «11 septembre français» sont pour le moment moins guerrières que celle du 11 septembre 2001. Au-delà du moment historique, il appartient à toute la communauté internationale réunie à Paris de faire, dans la sérénité nécessaire, cause commune non seulement contre le terrorisme, mais aussi et surtout pour arracher les racines du mal de l’hydre djihadiste qui sème le chaos. La marche républicaine de Paris ne devrait pas être un permis de déclarer des guerres inutiles et absurdes, même si la lutte contre les groupes terroristes doit être implacable. Le monde entier garde à l’esprit comment l’Administration Bush a fabriqué de fausses preuves pour «justifier» une guerre contre l’Irak. Les néo-conservateurs américains ont conduit une guerre qui a brisé un pays, laissant place à la multiplication de foyers de terrorisme. La guerre du «bien contre le mal» chère à George Bush ne cesse de produire du mal partout et pour toute l’humanité. L’agression contre l’Irak a été une désastreuse réponse. Une solution définitive pour la palestine Au-delà des mesures administratives et policières durcissant le contrôle de la circulation des personnes, le carnage commis sur le sol parisien va probablement redéfinir les relations internationales et revoir en profondeur la stratégie globale de lutte contre le terrorisme. Des pays en proie à de graves crises de violence, comme la Libye, la Syrie, l’Irak, doivent rapidement trouver une solution au double plan politique et sécuritaire. La communauté internationale est plus que jamais interpellée pour se mettre d’accord et élaborer des sorties de crise justes et durables. En mettant le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, au premier rang des chefs d’Etat, François Hollande semble envoyer un message à ses partenaires pour prendre à bras-le-corps la crise malienne. La persistance de l’instabilité politique dans ces pays ne peut que servir de terreau à toutes les formes de terrorisme. Le conflit au Proche-Orient doit également trouver son chemin vers une solution définitive. Il n’est plus possible de continuer à priver les Palestiniens de leur droit à un Etat. La présence de Mahmoud Abbas et de Benyamin Netanyahu à Paris rappelle cette nécessité historique. L’Etat hébreu, avec sa politique agressive et expansionniste, ne renforce pas le camp de la paix. Bien au contraire. Les groupes djihadistes, qui confisquent la religion pour en faire un étendard pour terroriser toute la planète, se servent également de la question palestinienne pour «légitimer» leur barbarie. Les centaines de milliers de manifestants de Paris n’ignorent sans doute pas que des pays dont les représentants étaient présents à la «marche républicaine» servent de base arrière idéologique et logistique au terrorisme. Des pays comme l’Arabie Saoudite et le Qatar ne se cachent presque pas d’avoir armé et financé des groupes terroristes. Des pays pourvoyeurs de la matrice idéologique qui justifie l’extrémisme. L’islamisme, dans sa version salafiste la plus obscurantiste et la plus menaçante, trouve ses racines dans ce wahhabisme exporté à coups de milliards de dollars non seulement dans le monde arabe et en Afrique, mais aussi en Europe. Ce sont des pays où les populations subissent un terrorisme officiel. Les dictateurs africains présents à Paris sont mal placés pour prendre la tête d’une marche pour la liberté d’expression. Par leurs systèmes despotiques, ils produisent d’autres formes de terrorisme. Si la violence obscurantiste appelle une réaction implacable, elle nécessite par dessus tout une réponse globale et multiforme : rupture radicale avec une idéologie fondamentaliste dogmatique, soutien des démocraties et cesser la complaisance avec les dictatures et, enfin, repenser un ordre international inégalitaire.