Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
Vous effectuez, à partir d’aujourd’hui, une visite en Algérie, peut-on connaître l’objectif de ce déplacement ? Il s’agit d’abord, pour moi, de développer les très bonnes relations algéro-allemandes à tous les niveaux. L’Algérie est un partenaire important pour la stabilité et la sécurité dans une région volatile. La lutte contre le terrorisme, mais aussi le rôle de l’Algérie dans le dialogue national au Mali et la sécurisation commune des frontières avec la Tunisie en témoignent. Je souhaite que la Méditerranée devienne un espace de rencontre et de dialogue. Je suis convaincu que les échanges culturels sont aujourd’hui plus importants que jamais, afin de mieux nous connaître et nous comprendre. C’est pourquoi je veux aussi insuffler davantage d’élan à notre coopération culturelle et éducative. Les relations algéro-allemandes, si elles sont «excellentes» au plan politique, il reste qu’au niveau de la coopération économique, elles sont en deçà du potentiel que recèlent les deux pays. Ces dernières années, nos relations économiques ont connu une très bonne évolution. Plus de 200 entreprises allemandes sont représentées en Algérie. Mais il est vrai que nous sommes encore loin d’avoir exploité tout notre potentiel. C’est aussi la raison pour laquelle je viens à Alger accompagné d’une grande délégation d’entrepreneurs. J’ai bon espoir qu’il en résultera de nombreuses impulsions pour le commerce et les échanges et bien entendu pour d’autres investissements allemands en Algérie. En dehors de l’accord militaire signé en 2011 qui s’étale sur dix ans et d’une valeur de dix milliards de dollars, pourquoi d’autres projets n’ont pas abouti, à l’image de Desertec ? L’initiative industrielle Desertec a accompli un travail d’avant-garde et aidé à entamer le processus, crucial et désormais irréversible, de développement des énergies renouvelables en Afrique du Nord. Son potentiel est important et reste donc, pour nous, un thème central. Il existe des initiatives de projets communs dans d’autres domaines, par exemple dans les hautes technologies. Récemment, le centre aérospatial allemand (DLR) et le ministère algérien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ont conclu un accord-cadre sur la coopération en matière de technique aérospatiale, d’infrastructures de transport et d’énergies renouvelables. La balle est dans notre camp, à nous de continuer ensemble. L’Allemagne est connue pour être un pays porté sur les énergies renouvelables. A l’heure où les hydrocarbures se raréfient et les prix du baril connaissent une baisse vertigineuse, l’Algérie s’engage pour l’exploitation du gaz non conventionnel (le schiste), alors que le pays dispose d’un potentiel d’énergie alternative. L’Allemagne peut-elle apporter son expertise pour développer les énergies renouvelables ? Nous avons d’ores et déjà une coopération très étroite entre l’Allemagne et l’Algérie sur tous les thèmes énergétiques, et surtout dans le développement des énergies renouvelables. Nous voulons formaliser notre partenariat énergétique.Nombreuses sont les petites et moyennes entreprises innovantes intéressées par des investissements en Algérie. De ce point de vue, il serait utile qu’il y ait d’autres mesures de libéralisation sur le marché algérien. La fondation Friedrich Ebert présente en Algérie depuis des années n’a pas pu obtenir d’accréditation, ses activités sont suspendues par les autorités. Allez-vous aborder ce dossier avec le gouvernement algérien en vue d’une solution ? Le travail de la Friedrich-Ebert-Stiftung est une question qui nous tient à cœur. De notre expérience, une société civile forte et engagée est à long terme le meilleur garant d’une stabilité politique, sociale et économique durable. Les fondations politiques allemandes sont des institutions exceptionnelles qui se sont forgé un savoir-faire dans le monde entier et peuvent apporter beaucoup dans ce domaine. Votre voyage en Algérie intervient dans un contexte marqué par des tensions à la suite du carnage commis contre des journalistes français de Charlie Hebdo. Le terrorisme est–il devenu une menace réelle en Europe ? En Europe aussi le terrorisme n’est malheureusement pas un phénomène nouveau. Nous avons dû en faire régulièrement l’expérience au cours des décennies passées. Aujourd’hui, un nouvel extrémisme islamiste a pris pied en Europe. Je suis heureux que des millions et des millions de personnes aient proclamé en Europe et dans le monde entier : «Que nous soyons musulmans, chrétiens, juifs ou athées, nous ne nous laisserons pas diviser, ni par les terroristes ni par les islamophobes.» La marche des chefs d’Etat à Paris à laquelle votre pays a pris part est perçue comme un acte de naissance d’un front mondial contre le terrorisme. Comment devrait être la riposte à ce fléau, sachant que l’expérience de l’Afghanistan et l’intervention américaine en Irak ont eu des conséquences désastreuses  ? Il nous faut bien entendu assurer la sécurité de nos concitoyens et, pour cela, nous avons besoin de services de sécurité opérationnels et efficaces. Il est très important de tenir des standards élevés en matière d’Etat de droit. Mais notre réponse se doit aussi d’être politique : nos sociétés, nos communes, nos écoles, nos associations doivent se battre pour chaque jeune susceptible de céder à l’influence des extrémistes, elles doivent promouvoir l’intégration, empêcher l’exclusion. C’est un processus laborieux et long. Mais il n’existe pas de solution simple.C’est une démarche de longue haleine qui demande d’avoir confiance en nos valeurs. A ce moment-là, nous n’aurons aucune raison de craindre un affrontement. Pourquoi, selon vous, les puissances occidentales n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord et à élaborer des solutions fiables pour les crises qui secouent des pays comme la Libye, la Syrie et le Mali qui peuvent être sources d’instabilité ? Etant donné le nombre de crises et de foyers de conflits, je peux comprendre la nostalgie, exprimée par certains, d’explications et de solutions simplistes. Mais je ne la partage pas. Car les causes des différents conflits sont complexes et multiples et les moyens de contribuer à leur règlement de l’extérieur sont souvent limités.  Au bout de quatre ans d’une guerre civile sanglante en Syrie, qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions de personnes déplacées, cela fait longtemps que tout le monde devrait en être convaincu : il ne peut y avoir la paix, il n’y aura la paix que grâce à une solution politique. Malheureusement, toutes les tentatives ont échoué jusque-là. Le représentant spécial de l’ONU, M. de Mistura, s’efforce de faire reculer la violence au moins dans certains endroits par le biais de cessez-le-feu locaux. A Moscou et au Caire, des démarches sont entreprises pour ouvrir de nouveaux pourparlers de paix. Nous soutenons ces efforts. On ne peut pas continuer comme ça.