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Alger s’habille aux couleurs de l’Afrique depuis le début de l’année en cours. Une certaine époque bien lointaine revient à la mémoire des Algériens où le palais d’El Mouradia ne désemplissait pas de délégations africaines ; une époque où l’Afrique trouvait à Alger son point de repère, son port d’attache, sa voix et ses voies. Depuis donc le mois de janvier dernier, les rues de la capitale se fardent, semaine après semaine, d’emblèmes de pays du continent africain. Un défilé de chefs d’Etat, à l’invitation du président algérien, recentre l’intérêt sur nos voisins du sud, ceux avec lesquels nous partageons une africanité de cœur, de racines et d’avenir. Ainsi les présidents du Bénin Thomas Boni Yayi, du Niger Mahamadou Issoufou, du Sénégal Macky Sall et du Tchad Driss Deby ont été, les uns après les autres, les hôtes d’Alger, avec le président malien qui est un habitué de la capitale algérienne depuis que celle-ci abrite les rounds de dialogue intermalien. Au-delà du fait que ce ballet diplomatique permet aux Algériens de voir leur Président et d’avoir une idée sur l’évolution de son état de santé, il revêt en outre une importance certaine car dévoilant un changement de cap de la diplomatie algérienne qu’il serait intéressant de suivre. Pendant longtemps, Alger est restée rivée sur ses voisins du nord, délaissant quelque peu l’intérêt qu’elle portait aux changements survenant sur le continent africain. Les temps étant aux regroupements régionaux et aux unions autour de l’idée de communauté de destins, Alger, même si elle n’a jamais déserté les bancs de l’UA, retrouve aujourd’hui les vertus du dialogue bilatéral avec les chefs d’Etats africains. «Il ne s’agit pas tant d’une orientation que d’une réorientation de la diplomatie algérienne vers l’Afrique. L’Algérie revient à son giron naturel, à sa profondeur stratégique, à la région dans laquelle elle peut être utile pour ses propres intérêts mais aussi pour ceux de son voisinage immédiat», estime l’analyste Louisa Aït Hamadouche. La spécialiste des questions géopolitiques explique que c’est une «réorientation» car l’Algérie, depuis plusieurs années, «s’est détournée du continent, ne montrant sa présence que dans les grands forums protocolaires multilatéraux, le Nepad notamment. Or, l’influence passe plus souvent par le bilatéral, le lobbying et la présence économique que par les réunions au sommet». Une tentative de rattraper le temps perdu L’ancien diplomate et ministre Abdelaziz Rahabi espère, pour sa part, que ces visites de présidents africains soient une réelle «correction apportée à l’orientation générale de la diplomatie algérienne qui a été, pendant 14 ans, exclusivement tournée vers l’Occident et avec un bilan pas tout à fait favorable à l’Algérie». Notre interlocuteur estime que l’Algérie est en train «de recouvrer l’identité de sa diplomatie qui est l’Afrique, son seul prolongement stratégique. Un prolongement qui peut faire que l’Algérie ait un poids et soit un interlocuteur de poids». Pourquoi cet intérêt pour l’Afrique se manifeste-t-il aujourd’hui ? Pour nos interlocuteurs, contactés hier par téléphone, la réponse est dans l’échec de la politique occidentale engagée jusqu’alors, mais aussi dans l’urgence d’apporter des solutions aux bouleversements qui ont lieu sur le continent, notamment dans la région du Sahel. «Les motivations de cette réorientation africaine de la diplomatie sont nombreuses. D’abord, le cap mis ces dernières années sur la réhabilitation de l’image de l’Algérie auprès des capitales occidentales, tend à montrer ses limites, au point que l’Algérie est trop souvent réduite au label de l’antiterrorisme. Ensuite, les démarches visant à consolider les relations avec le Nord – que ce soient Accord d’association ou Dialogue méditerranéen – sont au cœur d’un bilan négatif pour l’un, mitigé pour l’autre. En conséquence, le retour vers l’Afrique est non seulement une conséquence logique, mais une option d’avenir», indique Louisa Aït Hamadouche. Et à Abdelaziz Rahabi de noter que la situation dans le Sahel exige ce nouveau cap. «Nous avons beaucoup reculé et négligé le Sahel. Et l’espace que nous avons négligé est celui où nous avons le plus de problèmes, ce qui veut dire que nous avons fait fausse route depuis 14 ans, du fait de l’orientation imposée par la Présidence d’avoir une politique occidentale. Servir de marché et de gendarme de l’Occident pour la lutte antiterroriste ne cadre pas du tout avec l’identité de notre diplomatie, il suffit de voir une carte géographique pour constater que l’Algérie n’a qu’une seule profondeur stratégique naturelle et c’est l’Afrique», dit-il. Et d’ajouter : «Quand la question du Sahel s’est posée, avec celle de la Libye et de la Tunisie, nous nous sommes rendu compte de notre absence en Afrique… Ce qui se fait maintenant, c’est apporter des corrections aux erreurs de ces 14 dernières années et essayer de rattraper le temps perdu. Nous avons été incapables de capitaliser le sommet de l’UA convoqué par Zeroual, qui s’est tenu en 1999.» Le retard est-il récupérable alors que l’Afrique est replacée dans l’ancien schéma des colonies occidentales ? «Cela va être difficile parce qu’une politique extérieure comporte au moins trois dimensions : diplomatique, économique et de défense nationale. Il faut être performant dans les trois. Nous n’avons, pour l’heure, aucune présence économique en Afrique. Les discours et les visites ne suffisent pas, une diplomatie efficace c’est aussi une présence économique, ce sont des centres culturels, envoyer des médecins, des enseignants… On ne peut pas être un poids régional uniquement sur le plan militaire, c’est utile mais insuffisant», commente M. Rahabi. Sur la même lancée, Louisa Aït Hamadouche considère que pour que ce retour soit «réellement bénéfique», il est impératif qu’«il s’inscrive dans le long terme et qu’il soit porté par un vrai projet, doté de vrais moyens. Il faut aussi que toutes ces visites ne se fassent pas dans un sens unique. La réciprocité est une marque de considération indispensable à une relation mutuellement bénéfique».