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Tlemcen : six mois après, l’explosion fait encore des victimes Le bilan de l’explosion de Tlemcen -8 morts- le 20 mai, s’alourdit. Saïd Takhlicht, étudiant de 20 ans, est finalement décédé il y a une semaine. Sa famille n’a reçu aucune aide officielle. Elle demande à l’Etat de prendre ses responsabilités. Takerboust (Bouira) de notre envoyée «Pour vous retrouver, demandez la maison du deuil !» Dans le petit village de Takerboust, à soixante kilomètres de Bouira, tout le monde sait désormais où vit la famille Takhlicht. La peinture orange vif qui recouvre les murs de la maison est trompeuse. L’ambiance est lourde. Le benjamin, Saïd, est décédé il y a une semaine. Le jeune homme de 20 ans, étudiant à Tlemcen, avait été gravement blessé lors de l’explosion de gaz du restaurant universitaire. Traumatisme crânien, poumon perforé et +moelle épinière sectionnée. Abderrahmane, son grand frère, énumère les blessures. C’est lui que les étudiants ont appelé pour prévenir la famille Takhlicht de l’accident. L’université n’a jamais contacté les parents. Abderrahmane et son cousin sont allés au chevet de Saïd, pendant quarante jours, au service de réanimation de l’hôpital de Tlemcen. Puis les autorités algériennes ont décidé de transférer le jeune homme dans un hôpital français. «Nous n’avons eu aucune information sur l’état de mon frère pendant un mois. L’hôpital communiquait avec les autorités algériennes, pas avec nous», raconte Abderrahmane. Après un mois, Saïd est transféré à nouveau à l’hôpital Mustapha Pacha à Alger. Son grand frère, qui étudie le marketing à l’université de Béjaïa, a mis ses études entre parenthèses. Il fait des allers-retours entre Takerboust et la capitale tous les jours, et ce, jusqu’au décès de son frère. Il décide même de prévenir le wali de Bouira de l’état de santé de son frère. Mis à part une visite officielle à l’hôpital et un peu d’aide pour l’enterrement, la wilaya ne fera rien de plus. Quant aux autorités nationales... «L’Etat abandonne toujours les victimes», soupire-t-il. Aomar Takhlicht, le père de Saïd, est abattu : «Mon fils était brillant. La dernière fois que je l’ai vu, il partait en souriant, son sac sur le dos, pour aller étudier à Tlemcen. La fois suivante, il est revenu dans un cercueil.» Responsabilités Dans la petite pièce au tapis vert et jaune, la famille s’est réunie. La grand-mère étouffe des sanglots. Des larmes coulent sur les joues de la mère de Saïd. Aomar Takhlicht ne comprend pas comment l’explosion a pu se produire : «L’Etat sait bien dans quel état sont les universités. Il doit demander aux responsables de faire leur travail. Il faut forcer les services d’entretien à faire leur travail.» La famille Takhlicht a toujours eu peu de revenus, mais tous les enfants ont fait des études et les deux frères aînés travaillent désormais au service de l’Etat, l’un dans la marine, l’autre dans la police. Aomar Takhlicht sort un petit carnet de la poche de sa veste. A l’intérieur, il note ses dépenses. «J’ai dépensé entre 3000 et 5000 DA par jour pour Saïd pendant six mois. Le Croissant-Rouge nous a donné un chèque de 50 000 DA, mais c’est infime», se désole-t-il. C’est à l’Etat de prendre en charge les victimes et leurs familles, selon lui. C’est aussi à l’Etat de s’assurer que ce genre de négligence n’arrive plus. «Ils doivent protéger la vie des enfants», répète-t-il en baissant la tête. Dans ses mains, un cahier à spirales blanc. Celui de Saïd. Quand il était encore conscient, il y écrivait pour communiquer avec ses proches. Le jeune homme voulait quitter l’hôpital et revoir ses parents. Abderrahmane regarde le sol et ajoute : «Avant sa mort, il m’a dit : ne pardonne jamais aux responsable de l’explosion.»...