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Le géant canadien de la construction, SNC-Lavalin, est depuis jeudi dernier accusé par la justice de son pays de «fraude» et de «corruption d’agents étrangers». L’extradition de la Suisse vers Montréal de Riadh Ben Aïssa, son ancien vice-président de la division construction, et son inculpation pour «versement de pots-de-vin» ont fait l’effet d’un séisme au sein de ce groupe. A lors que jusque-là, le géant canadien du génie et de la construction, SNC-Lavalin, a été épargné en tant que personne morale, jeudi dernier la nouvelle est tombée comme un couperet sur la tête de ses dirigeants à Montréal. Au terme d’une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur les activités du groupe en Libye, sous le régime d’El Gueddafi, il s’est avéré que l’entreprise a versé quelque 47,7 millions de dollars, en pots-de-vin, à des responsables libyens durant la période 2001-2011, au cours de laquelle le groupe aurait fraudé l’Etat libyen d’une somme de 129,83 millions de dollars, pour l’obtention de quatre gros marchés. Des faits pour lesquels, SNC-Lavalin a été inculpé, jeudi dernier, par le tribunal de Montréal. Corruption au maghreb Le jour même, l’entreprise s’est défendue en affirmant, dans un communiqué, qu’elle plaiderait sa non-culpabilité. Une réaction légitime, lorsque l’on sait qu’une condamnation pour de tels faits aura pour conséquence son élimination des marchés publics au Canada pour une durée de 10 ans, alors qu’elle est, depuis 2013, sur la liste noire de la Banque mondiale, qui lui a valu d’être interdite en Algérie pour une durée de 10 ans également. Ce nouveau rebondissement risque de connaître une cascade de révélations sur d’autres affaires de corruption, notamment en Algérie, puisque la justice canadienne avait ouvert une enquête sur Farid Bedjaoui et ses relations d’affaires avec Riadh Ben Aïssa, ce Tuniso-Canadien, vice-président du groupe, responsable de la division construction, chargé de la région du Maghreb, et qui se trouve au centre du scandale. Arrêté en Suisse, au mois d’avril 2012, il a été jugé et condamné pour des faits de «corruption et de fraude» liés aux activités du groupe en Libye et sa relation avec le régime de Mouammar El Gueddafi, notamment avec un des fils de ce dernier qui aurait, selon l’enquête, bénéficié des montants colossaux versés en pots-de-vin par SNC, Ben Aïssa a finalement été extradé vers le Canada, il y a moins de trois mois. Il fait état de toutes les transactions douteuses effectuées dans le cadre des activités de l’entreprise en Libye, sous le régime d’El Gueddafi, mais également en Tunisie, sous le règne de Ben Ali et en Algérie, avec Chakib Khelil, l’ex-ministre de l’Energie. Par ses aveux, il a aidé les enquêteurs de la GRC à aller au fond du système de corruption mis en place par SNC-Lavalin dans le but d’obtenir de gros contrats. Ses révélations vont enfoncer un autre cadre dirigeant de son département, Sami Bebawi, un Copte égyptien de nationalité canadienne (en fuite depuis près d’une année), et impliquer son responsable subalterne, Stéphane Roy, pour «fraude et corruption», ainsi qu’un avocat, Constantine Kyres, pour «entrave à la justice». Les événements s’accélèrent et Sami Bebawi se décide à se livrer à la GRC, qui l’accuse d’avoir détourné quelque 33 millions de dollars, durant la période 2001-2012, et d’avoir donné de l’argent à Riadh Ben Aïssa, par l’entremise de son avocat, Constantine Kyres, afin qu’il confirme la véracité des propos tenus devant les juges suisses. Tous deux libérés sous caution, et placés sous surveillance électronique, Ben Aïssa et Bebawi, s’échangent les accusations et finissent par impliquer directement l’entreprise. Ainsi, l’inculpation de SNC-Lavalin, en tant que personne morale, pour «corruption et fraude» donne à l’affaire une tournure assez grave, dans la mesure où elle dépasse largement la personne de Riadh Ben Aïssa et risque de basculer vers un scandale international. Des marchés pour 9 milliards de dollars En effet, il est important de rappeler que c’est Riadh Ben Aïssa, qui avait introduit Farid Bedjaoui auprès des plus hauts dirigeants du géant canadien, dans le cadre «d’une mise en relation d’affaires» avec l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil, durant la période 2001-2011. Ces contacts «payants» ont été fructueux, puisque SNC-Lavalin a bénéficié de nombreux marchés d’un montant de près de 9 milliards de dollars en moins de dix ans. En contrepartie, des commissions auraient été versées sur des comptes domiciliés dans les pays du Golfe et en Suisse. Parmi ces marchés, celui de la réalisation de la centrale électrique de Hadjret Ennous, à Tipasa en 2005, pour un montant de 826 millions de dollars, jugé par des experts «trop excessif». Certains cadres de l’énergie avaient affirmé à l’époque que Chakib Khelil «a pesé de tout son poids» pour attribuer cette réalisation à SNC-Lavalin, après que des négociations avec les dirigeants du groupe canadien furent menées par Farid Bedjaoui à Montréal. Dans les mêmes conditions et avec «les bons offices» de Farid Bedjaoui, SNC-Lavalin a aussi obtenu en 2008, sous la formule toujours du gré à gré, le marché relatif aux études et à l’exécution des prestations de suivie, de contrôle et de coordination des travaux de construction de la nouvelle ville de Hassi Messaoud pour un montant de 38,152 milliards de dinars. Il y a une année, la justice avait ouvert une information judiciaire sur l’affaire du marché de Hadjret Ennous, et des perquisitions avaient été effectuées aux bureaux de SNC-Lavalin à Alger, alors que plusieurs cadres de Sonelgaz et du ministère de l’Energie avaient été auditionnés sans qu’aucune suite  soit connue. Le dossier a été, tout simplement, renvoyé aux calendes grecques.