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Va-t-on vers une restriction du recours au khol’ pour venir à bout des chiffres en hausse ? Pourquoi le Président n’a-t-il pas évoqué la répudiation ? Autant de questions qui se posent. Une révision du code de la famille, le mouvement militant pour les droits de la femme l’attendait depuis longtemps, –à défaut d’une suppression pour une égalité parfaite entre hommes et femmes –. Annoncée, hier, par le président de la République dans un discours lu en son nom par la ministre de la Solidarité nationale, Mounia Meslem, lors de la célébration de la Journée de la femme, cette révision suscite toutefois des réserves. Les réaménagements «ordonnés» se feront-ils en faveur de la femme algérienne ou plutôt le contraire ? L’ambiguïté est totale. Dans un discours convenu, le Président a d’abord plaidé pour une plus forte émancipation de la femme algérienne, «pivot autour duquel se font et se défont les relations et se déroulent les fonctions essentielles de la famille en matière d’éducation et de transmission des valeurs et des spécificités de la culture nationale»… Avant de reconnaître que «le code de la famille n’est pas exempt de lacunes». Le Président annonce une révision du code de la famille en vue de baisser les chiffres du divorce, «dans toutes ses formes et notamment à l’initiative de l’épouse (el khol’)». «J’ordonne au gouvernement de charger un comité ah hoc de la révision et du réaménagement des articles du code de la famille relatifs au divorce, en vue d’y introduire les clarifications et précisions nécessaires, afin de combler les insuffisances et garantir la protection des droits des deux conjoints et des enfants, ainsi que la préservation de la stabilité de la famille algérienne garante de l’immunité pérenne de notre société contre les déséquilibres et les fléaux», est-il dit dans ce discours lu en son nom. Va-t-on vers une restriction du recours au khol’ (le droit à la femme de demander le divorce contre une somme à verser à l’époux) pour venir à bout des chiffres en hausse ? Pourquoi le Président n’a-t-il pas évoqué la répudiation ? Autant de questions qui se posent. Plus de 100 000 femmes répudiées en cinq ans «Quand on parle de stabilité de la famille algérienne, ça ne me rassure jamais. Ça implique l’effacement de l’individu», réagit d’emblée Cherifa Khedar, porte-parole de l’Observatoire des violences faites aux femmes (Ovif). «Le discours du Président n’est pas clair. S’il s’agit de revenir en arrière, ce serait grave. Il faut aller vers l’égalité homme/femme aux yeux de la loi, parce que tant que les discriminations à l’égard de la femme continueront, l’Algérie ira mal» ajoute-t-elle. Même inquiétude au sein du réseau Wassila (défense des droits de la femme et des enfants). «Sa déclaration est vague, elle ressemble à une remise en question du droit au khol’, ce serait scandaleux !», pense Dalila Djerbal, sociologue, membre du réseau Wassila. Et d’ajouter : «Je ne comprends pas pourquoi on s’intéresse au khol’ plutôt qu’à la répudiation. Cette décision est peu rassurante, même très inquiétante. Il y a bien plus urgent à revoir dans le code de la famille. La meilleure chose à faire d’ailleurs est de le supprimer et d’appliquer une parfaite égalité entre hommes et femmes aux yeux de la loi.» Il ne fait pas de doutes, pour la militante, que si les chiffres du divorce explosent, «c’est du fait de la répudiation». Le président de la Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l’homme, Farouk Ksentini, pense pour sa part que tous «les articles favorisant le divorce arbitraire doivent être révisés». «La puissance maritale dont jouit l’homme dans l’actuel code de la famille, qui lui permet de demander le divorce même sans motif valable, pourrait générer une attitude abusive et ne laisser d’autre choix au magistrat que d’approuver le divorce», a-t-il ajouté hier lors d’un passage sur les ondes de la Radio. Pour Nadia Dridi, présidente de l’Association nationale de promotion de la femme et de la jeunesse, l’augmentation du nombre de divorces a de quoi inquiéter. «Il faut faire en sorte qu’il y ait moins de divorces. Mais ça tient autant pour la femme que pour l’homme. Je ne pense pas qu’on revienne sur le droit au khol’ pour la femme.» Si le doute subsiste quant aux intentions précises du Président pour réduire le nombre de divorces, les chiffres, eux, sont clairs : de 2007 à 2011, le divorce a connu une hausse de 61%, passant de 34 123 à 55 490 cas enregistrés. Seules 5000 femmes ont recours au khol’ en moyenne par an. La répudiation, elle, vient en première position des demandes de divorce. 106 614 femmes ont été répudiées en cinq ans.  
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