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Pour A. Rahabi, la Libye est «abandonnée à son sort par ceux-là mêmes qui ont chassé El Gueddafi et ne mesurent la gravité de la situation qu’au nombre de réfugiés qui viennent des côtes libyennes». La Libye peine à retrouver sa stabilité, pire, elle sombre dangereusement dans le chaos avec l’émergence de groupes de Daech. Le gouvernement libyen a demandé une réunion extraordinaire de la Ligue arabe et appelle à mener des frappes contre les positions terroristes. Quelle appréciation faites-vous ? Se pose d’abord la question de la représentation internationale de la Libye qui n’a pas été réglée faute d’accord dans le processus du dialogue interlibyen. Ensuite, nous assistons à un abandon de la Libye à son sort par ceux-là mêmes qui ont chassé El Gueddafi et qui ne mesurent la gravité de la situation qu’au nombre de réfugiés qui viennent des côtes libyennes. Enfin, la Ligue arabe ne dispose pas encore d’un mécanisme d’intervention militaire dont l’état-major opérationnel dépendrait de ses propres structures. L’expérience yéménite, sur laquelle l’Algérie a porté des réserves justifiées, renseigne sur la question de savoir s’il faut confier les opérations à la Ligue arabe elle-même ou à un chef de file et surtout dans quel cas intervenir. L’Egypte a vite réagi en appuyant l’appel. Le Caire va-t-il tenter de reprendre la main sur le dossier libyen ? L’Egypte n’a pas caché son engagement en faveur du gouvernement de Benghazi et a même mené des opérations militaires aériennes en février dernier. Elle estime que la partie orientale de la Libye représente sa continuité et une profondeur stratégique et que l’arrivée au pouvoir de groupes intégristes armés serait une menace directe pour son régime. La question libyenne en Egypte est une question de politique intérieure, elle l’est de plus en plus en Tunisie et représente une menace pour l’Algérie en raison de l’arsenal militaire libyen, dont une bonne partie est tout aussi sophistiquée qu’incontrôlée. Se dirige-t-on vers une intervention militaire sous le couvert des Nations unies ? Je ne le pense pas, car le sentiment dominant chez les Occidentaux — donc au sein du Conseil de sécurité — est de privilégier une solution politique interne négociée qui pourrait recevoir la garantie des membres du Conseil. Il reste que l’irruption de nouveaux acteurs, sur la scène libyenne, des pays du Golfe complique davantage la situation, parce qu’ils sont passés de la sous-traitance pour les USA à une diplomatie destinée surtout à faire contrepoids à l’influence de l’Iran. L’accélération des événements dans ce pays pourrait-elle rendre caduc le dialogue interlibyen abrité par l’Algérie, entre autres ? Alger n’est qu’une étape du dialogue interlibyen. Nous ne pouvions pas prétendre à plus en raison de notre position en faveur d’El Gueddafi qui nous valu des inimitiés chez les autres groupes et nous disqualifie pour jouer au médiateur crédible et écouté de tous. Ce sont plutôt nos atouts géopolitiques, comme une frontière commune de près de 1000 kilomètres, les capacités opérationnelles de notre armée et notre expérience dans la lutte contre le terrorisme qui nous confèrent un poids et nous rendent incontournables dans la mise en application d’un possible accord de retour à la paix accepté par tous les belligérants. Quelle devrait être la position de l’Algérie, qui est fortement impliquée dans la recherche d’une solution pour ce pays voisin ? Je ne sais pas s’il est encore possible de se faire des amis parmi ceux qui comptent en Libye, notamment Fajr Libya (Aube libyenne), nous devons coller à la réalité du terrain, ne pas compter uniquement sur nos amitiés traditionnelles et revoir les grilles de lecture éculées sur les influence supposées ou réelles des tribus. Cela ne marche déjà plus en Algérie, il est illusoire d’en faire un transfert chez le voisin qui vit des mutations sociales et politiques profondes, dans lesquelles nous devons dès maintenant nous inscrire. Il reste à préserver nos intérêts chez un voisin qui, une fois stabilisé, aura un poids stratégique non négligeable : un pays riche et grand, à reconstruire, un point de jonction entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient et un allié naturel dans la stabilisation du Sahel. L’apparition en Libye de «sections» locales de l’organisation Etat islamique (Daech) aura-t-elle des conséquences stratégiques sur la région de l’Afrique du Nord ? Je ne pense pas que des groupes armés, si puissants soient-ils, peuvent déstabiliser un Etat sans le concours d’autres Etats, même s’il reste qu’il est difficile de déterminer pour quel pays opèrent ces groupes. Le cas du Mujao, qui a opéré à quatre ou cinq reprises en frappant à chaque fois les intérêts de l’Algérie, est représentatif de ces groupes qui se démultiplient et sont souvent l’expression violente des luttes d’influence des Etats, mais pas uniquement les plus puissants.