Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 
La pomme de terre est en surproduction dans la vallée du Souf, alors que son prix peut atteindre les 90 DA dans le nord du pays. Incompréhensible. Ce légume, considéré comme féculent, pourrait pourtant constituer un bon rempart pour faire face aux défis de la sécurité alimentaire. L’Algérie pourrait devenir un exportateur de choix au niveau régional, voire plus. La pomme de terre d’El Oued a la peau fine et la couleur jaune. La chair est savoureuse et fondante, la forme oblongue. Forme parfaite et régulière. La Spunta, qui s’adapte à tous les climats, est la reine des patates de sable ! Elle constitue 60% des variétés de pomme de terre cultivées dans la vallée du Souf. Originaire des Andes sud-américaines, la Spunta est la pomme de terre la plus cultivée au monde. La Bartina et la Kondor, variétés de pommes de terre à la peau rouge et à la chair jaune pâle, sont les autres variétés présentes dans cette région du Sud-Est algérien. A 650 km d’Alger, El Oued, devenu pôle agricole par excellence, assure 25% de la production nationale de la pomme de terre, le reste étant assuré par neuf autres wilayas. Cela peut ressembler à un miracle pour une région semi-aride ! La superficie consacrée à ce légume «populaire» est de 35 000 ha pour les deux saisons, «travaillée» par au moins 6000 agriculteurs. «Pour l’arrière-saison (l’hiver), 24 000 ha sont déjà prêts pour être cultivés. Nous nous attendons à une production de 7 millions de quintaux. 4 millions ont déjà été commercialisés. Cela demande un dispositif efficace pour écouler ces quantités rapidement. Les agriculteurs souffrent de la chute des prix. Actuellement, le prix d’un kilo de pomme de terre en gros est cédé à 15 DA, alors que le prix de revient est de 25 DA. Donc, le fellah perd 10 DA pour chaque kilo vendu. Aussi, faut-il trouver des solutions», explique Maâchi Laâla, directeur des services agricoles d’El Oued. La surproduction pose donc un problème dans un pays en quête de politique agricole nationale cohérente. D’où la nécessité d’installer des mécanismes souples d’exportation pour évacuer le surplus et faire entrer la devise. Pas aussi simple ! La bureaucratie douanière a fait que le poste de Taleb Larbi, situé aux frontières avec la Tunisie à 60 km d’El Oued, n’est ouvert qu’aux voyageurs ! Mohamed Bouchama, le wali d’El Oued, a demandé au directeur régional des Douanes d’obtenir une autorisation spéciale de la direction générale pour ouvrir le poste pendant deux mois. Frontière Des travaux d’élargissement sont menés actuellement au niveau de ce poste frontalier. Il devrait théoriquement être ouvert aux activités commerciales. «Pour des raisons pratiques, il est préférable de transporter la pomme de terre par camion vers la Tunisie où il existe déjà une forte demande. Transporter la marchandise vers le port de Annaba serait coûteux», relève un exploitant agricole. En Tunisie, des exportateurs achètent la pomme de terre algérienne pour la revendre sur les marchés européens et moyen-orientaux. La SGP Proda Skikda s’est engagée à reprendre une partie de la marchandise pour un stockage en prévision de la saison sèche. A la fin du printemps, la demande sur la pomme de terre va augmenter en raison du mois de Ramadhan. Le ministère de l’Agriculture a décidé au début du mois de février de soutenir les agriculteurs d’El Oued pour l’exportation de 5000 t de pommes de terre vers les Emirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie   Saoudite, la Tunisie, l’Espagne, la Russie, la France et l’Italie. Selon Maâchi Laâla, cette opération d’exportation ouvrira de nouvelles perspectives pour l’agriculture dans la toute la région. Cependant, l’exportation de la pomme de la terre ne doit pas relever d’une opération ponctuelle. «Nous devons être rassurés dans notre travail, savoir où nous allons», disent des fellahs soufis. Une inquiétude légitime. L’Etat, qui dit que l’agriculture doit devenir «une priorité nationale», est désormais tenu de trouver des solutions durables pour la commercialisation de la Spunta du Souf. «Malheureusement, l’industrie de transformation n’est pas encore développée dans la région. Si nous avions ce type d’industrie, nous n’aurions pas connu tous ces problèmes et les fellahs auraient travaillé la terre à l’aise», estime le directeur des services agricoles. Il rappelle que dans le nord-est du pays, l’existence d’unités de transformation a permis l’absorption de toute la production de la tomate. Il est évident que l’Algérie a besoin en urgence d’une nouvelle cartographie nationale de l’industrie agroalimentaire. Une cartographie qui prendrait en compte les nouvelles donnes relatives à la production agricole de plus en plus importante et à la nécessité d’élaborer des plans d’exportation à moyen terme. Soutien Mais comment expliquer l’intérêt récent pour la pomme de terre dans la vallée du Souf ? «Les fellahs se sont mis à la culture de la pomme de terre en raison de la réussite de ceux qui avaient montré la voie. Les profits étaient assez importants, surtout que ce légume est très demandé par les Algériens. Il faut aussi noter que le rendement dépasse 300 q par hectare…», note Maâchi Laâla. La disponibilité des ressources en eau dans la région est un facteur encourageant. Les mesures d’accompagnement prises par les pouvoirs publics ont également eu de l’effet sur les agriculteurs de la région. L’Etat a attribué à titre gratuit plus de 100 000 ha de foncier agricole avec un dispositif de régularisation. L’Etat aide aussi les fellahs pour le désenclavement des exploitations agricoles en traçant des routes (le parcours agricole dépasse les 100 km). Des programmes d’orientation et de formation pour les agriculteurs ont été élaborés ces dernières années. Un soutien financier et technique a été apporté aux fellahs qui souhaitaient creuser des puits ou mettre en place le système d’arrosage de goûte-à-goûte. «On nous aide parfois pour l’achat des engrais et une partie de la consommation de l’électricité est soutenue par l’Etat», précise un agriculteur. Des jardins sur les dunes Pour des considérations techniques, économiques et stratégiques, la direction des services agricoles a proposé d’instaurer une rotation pomme de terre/blé dur. Le blé sera planté après l’arrachage de la pomme de terre entre décembre et janvier. «Nous aurons alors deux cultures par an. Le blé est une culture stratégique. Son écoulement est garanti. Le blé dur est plus rentable avec 4500 DA le quintal, contre 3500 DA pour le blé tendre. Sur le plan technique, la pomme de terre est une culture nettoyante. Elle absorbe les éléments. Les chaumes laissés après la culture de blé améliorent la structure physique du sol sablonneux. Avec le temps, une matière organique naturelle va s’accumuler grâce à cette rotation de culture. Nous aurions fait d’une pierre deux coups», souligne Maâchi Laâla. Il évoque «la volonté de fer» des fellahs soufis qui ont transformé «les dunes en jardins verdoyants» ! «Des fellahs qui ont affronté la nature et le climat pour réussir leurs récoltes», appuie-t-il. «Il n’y a pas que la pomme de terre. Nous dépassons de loin nos prévisions en tomate. La production est d’un million de quintaux au point que le kilo de la tomate est cédé à 8 DA en gros. Le prix est à 15 DA», ajoute-t-il. L’agriculture du Souf est en manque de main-d’œuvre mais pas avec la même acuité que dans les autres régions du pays. La mécanisation reste toujours faible, mais un projet est en cours d’étude pour améliorer l’arrachage et la plantation, pour réduire les coûts et palier le manque de main-d’œuvre.    

Source