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Lyon. De notre correspondant   Il avait été une des plumes militantes qui ont aidé les Algériens durant la guerre de Libération nationale. Yves Moreau vient de décéder à l’âge de 97 ans. Le journaliste, résistant et militant, avait fait toute sa carrière au journal du Parti communiste français L’Humanité dont il fut chef de la rubrique internationale. Yves Moreau avait notamment macéré sa plume durant la guerre d’Algérie alors que son journal, surtout après 1956 et jusqu’en 1962, fut à de nombreuses reprises censuré. Il faut du reste préciser que le reporter avait publié ses premières notes de voyage en Algérie dans L’Humanité en juillet 1954, avant l’embrasement, sous le titre SOS Afrique du Nord. C’est ce que révélait en 2011 le livre L’Humanité censurée 1954-1962, un quotidien dans la guerre d’Algérie, sous la direction de Rosa Moussaoui et Alain Ruscio (éditions Cherche Midi, Paris). Dans un numéro spécial Algérie paru en 2012, Yves Moreau le précisait dans un entretien : «Nous étions très présents avant la guerre.» Après, durant la guerre, il parlait de la censure : «La caractéristique de cette période, c’est que l’Humanité a été saisi des dizaines de fois. Ça se passait comme ça : on sortait l’Huma, et puis on rentrait chez soi, on se couchait, et on recevait un coup de fil pour nous dire que l’Huma était saisi. Ça a duré jusqu’à une période où les autorités ont toléré un certain nombre d’expressions. Par exemple, nous ne pouvions toujours pas écrire : ‘‘Il faut reconnaître le droit de l’Algérie à l’indépendance.’’ Mais à partir d’un certain moment, elles ont accepté l’expression : ‘‘Il faut reconnaître les droits nationaux des Algériens.’’ C’était le signe pour nous qu’on allait vers les Accords d’Evian, et que la guerre allait finir.» Sur son blog, le directeur de L’Humanité, Patrick Le Hyaric, a rendu hommage au journaliste disparu : «Immense figure de la résistance française et de notre journal L’Humanité. Sa vie est faite d’engagement et de militantisme pour l’émancipation humaine. Son esprit de résistance se forge dès les années 1930, avec son adhésion au mouvement des jeunes communistes et son aide aux communistes allemands, ce qui lui vaudra d’être arrêté par la Gestapo et expulsé vers la France. En 1939, on le retrouve résistant au nazisme, avant de se faire à nouveau arrêter. Il s’évadera et entrera dans la clandestinité, puis il intègrera l’état-major de la zone sud chez les francs-tireurs et partisans. A la sortie de la guerre, il signe son premier article dans L’Humanité en août 1945, à la rubrique internationale, dont il deviendra le chef jusqu’en 1982. Yves était un journaliste et un chef de service rigoureux. Il nous laisse une multitude d’articles et d’éditoriaux sur le monde entier. Les relire, c’est se replonger dans 30 années de combats de notre journal et du Parti communiste : guerre d’indépendance et de décolonisation, notamment l’Algérie où il sera expulsé pour activité journaliste, en passant par la lutte contre l’apartheid avec de magnifiques articles sur Soweto.» Le premier secrétaire du Parti communiste, Pierre Laurent, rend hommage à «une figure de résistance et d’humanité». «Toute sa vie, Yves aura été un combattant. En 1933, il adhère aux Jeunesses communistes. Il a alors seulement 16 ans. Membre de la direction de l’Union des étudiants communistes jusqu’en 1939, il organise dès le début de la guerre la résistance des étudiants de la zone sud avant de se faire arrêter à Lyon en 1941. Il s’évade et entre dans la clandestinité. Il prend alors en charge, jusqu’à la libération, le renseignement des Mouvements unifiés de la résistance (MUR) et intègre l’état-major de la zone sud des francs-tireurs partisans. De ce passé, de ces faits de courage, il ne parlait jamais, à l’image de tous ces résistants pétris d’humilité. Peu après la fin de la guerre, il entre au journal L’Humanité. Il ne le quittera plus.» Le directeur et toute l’équipe du quotidien El Watan présentent leurs condoléances à la famille du défunt et à ses confrères de L’Humanité.