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Quelques dizaines de manifestants, des groupes sur des réseaux sociaux..., la mobilisation contre l’exploitation du gaz de schiste est discrète mais bel et bien existante, contrairement aux messages véhiculés par les autorités. El Watan Week-End a rencontré ceux qui tentent de sensibiliser la société sur les dangers d’une telle exploitation. Sabrina Rahmani. Médecin, Alger Certains produits utilisés sont cancérigènes : -Comment avez-vous entendu parler du gaz de schiste ? J’ai assisté à une conférence organisée par des militants il y a deux ans et au cours de laquelle intervenaient plusieurs universitaires. Je suis médecin et j’ai été très sensible aux impacts sur la santé de ce genre d’exploitation. J’ai alors fait des recherches plus poussées sur les impacts sanitaires de la technique de fracturation hydraulique, utilisée pour extraire ces gaz du sol. -Pourquoi êtes vous opposée à son exploitation? L’exploitation du gaz de schiste est nocive pour la santé publique. Les produits utilisés dans le fluide de fracturation sont toxiques, certains sont cancérigènes et d’autres neurotoxiques. Certaines substances sont considérées comme des perturbateurs endocriniens. Les boues remonteront en surface des éléments toxiques comme des métaux lourds, des produits hautement radioactifs, ou des bactéries anaérobies qui au contact de l’air produisent un gaz asphyxiant. -Pourquoi avez-vous décidé de militer? J’ai été frappée par les impacts sur la santé. Mais l’exploitation du gaz de schiste est aussi une question économique. En tant que citoyenne, je souhaite que notre pays fasse un autre choix que celui de la dépendance énergétique, que de la dépendance à la rente. Je ne comprends pas pourquoi un débat national ne peut pas avoir lieu sur cette question. On consomme, on croit être riche, alors que ne nous le sommes pas. Enfin, de quel droit est-ce que les populations du sud du pays seraient exclues de la prise de décision par rapport à une question qui va toucher leur lieu de vie. -Comment vous mobilisez-vous ? J’assiste à des conférences ; je participe à des débats. J’ai écrit un appel à moratoire et à l’organisation d’un débat national sur l’avenir économique et énergétique du pays que je viens d’adresser au Premier ministre, au ministre de l’Energie, au président de l’APN et aux députés responsables de plusieurs commissions parlementaires concernées. Dans cette lettre, je demande également la création d’une commission indépendante sur le gaz de schiste. -Est-ce que la mobilisation est efficace ? Il y a une ferme opposition à ce projet de la part de la société civile, comme celle d’experts algériens. Je suis surprise par la réceptivité du public lorsque je fais de la sensibilisation. C’est un sujet qui fédère. Jusqu’à aujourd’hui, malgré la mobilisation, nous n’avons pas été entendu. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas se faire entendre.                                                                      ************************ Mohamed Gasmi. Soudeur, Adrar : L’eau est le futur de nos enfants -Comment avez-vous entendu parler du gaz de schiste ? Nous en entendions parler depuis 2011. A Adrar, il y a beaucoup d’associations. Les étudiants se sont saisis de la question. Aujourd’hui, les jeunes connaissent bien le problème. Maintenant que le Premier ministre a annoncé que l’exploitation était officielle, il faut absolument se mobiliser. -Pourquoi êtes vous opposé à son exploitation ? Cette exploitation est très dangereuse, elle va utiliser les nappes phréatiques. L’eau, c’est le futur de nos enfants, de nos jeunes. Pourquoi ne pas utiliser l’énergie solaire qui ne provoque aucun danger pour l’environnement ? -Pourquoi avez-vous décidé de militer? C’est une question de citoyenneté. Il y a peu de monde dans le Sud, le pouvoir n’est pas inquiété et imagine que nous n’allons pas protester. Les autorités n’ont pas discuté avec nous avant de prendre une décision. C’est comme s’ils nous disaient : «Vous, vous n’êtes pas un problème» !  Lorsque nous manifestons, on nous envoie la police. Nous voulons arrêter ce projet avant qu’il ne soit entamé. Après, ce sera trop tard. -Comment vous mobilisez-vous ? Nous avons commencé par imprimer de longs tracts sur des feuilles A4, mais ça ne fonctionnait pas. Alors, nous avons imprimé de tout petits tracts sur lesquels il était inscrit : «Non au gaz de schiste», «Non à la pollution». Nous comptons sur la curiosité des gens pour qu’ils se renseignent et essaient de comprendre. La plupart des gens que nous croisons à Adrar sont sensibles à cette question. Nous organisons aussi des petites réunions dans différents quartiers. Dans notre région, les longues distances sont un handicap pour faire de la sensibilisation, alors nous avons décidé de coller des autocollants sur les bus, les voitures  et de distribuer des tracts à la gare routière. Nous ne sommes que 25 à Adrar et nous utilisons nos propres économies, mais grâce aux réseaux sociaux, nous parvenons à sensibiliser beaucoup de monde. -Est-ce que la mobilisation est efficace ? Je milite depuis 2011 sur les questions de l’eau, du chômage… Les gens me connaissent et me font confiance. Lorsque j’évoque les problématiques environnementales liées au gaz de schiste, on m’écoute. Malheureusement, les autorités ne semblent comprendre que la violence. Nous allons pourtant continuer à défendre notre environnement et notre droit à une vie dans la dignité de façon pacifique.                                                                             ******************** Nadhir Boukhetta. Enseignant, Ouargla : Aucun débat n’a été ouvert -Comment avez-vous entendu parler du gaz de schiste ? Des gens m’ont contacté via facebook pour dénoncer les objectifs du gouvernement concernant l’exploitation du gaz de schiste au Sud. -Pourquoi êtes vous opposé à son exploitation? Nous estimons que c’est une vision erronée du développement, c’est toujours la rente qui prime même sur le court terme. Nous sommes un pays pétrolier certes, qui a beaucoup de ressources mais sans économie, d’autres pays n’ont pas de pétrole mais ont une économie et c’est ce que nous voulons. Certains disent que nous sommes manipulés par les Occidentaux, mais ils gagneraient à ce que l’Algérie exploite le gaz de schiste alors que eux l’ont complètement banni sous la pression de leurs citoyens. -Pourquoi avez-vous décidé de militer? Aujourd’hui, nous sommes devant le fait accompli, aucun débat n’a été ouvert, personne ne nous a demandé notre avis. Nous avons des alternatives énergétiques et nous savons maintenant qu’il n’est pas vrai que l’exploitation du gaz de schiste est moins coûteuse que le solaire par exemple. 50 sociétés américaines spécialisées dans l’exploitation de cette énergie non conventionnelle viennent d’annoncer leur faillite. Nous avons vu des vidéos impressionnantes d’eau polluée enflammée à cause de ce gaz. Et nous sommes conscients que notre Sahara compte une des plus grandes réserves d’eau du monde, sinon la plus grande. Le devenir du Sahara nous importe, nous sommes les habitants de cette région et nous sommes en droit de demander des comptes aux décideurs. Nous sommes des citoyens, c’est à nous de nous mobiliser. -Comment vous mobilisez-vous ? Nous avons organisé une première réunion puis j’ai donc proposé une marche ce samedi et créé le collectif Houmat Al Watan. Nous ne pouvons pas demander d’autorisation, mais nous avons les représentants de 15 associations dans nos rangs. Nous avons préparé des dépliants pour accroître la sensibilisation aux dangers. D’abord, nous voulons ouvrir le débat sur le gaz de schiste et renforcer le contact avec les forces vives à travers les wilayas concernées. Pour préparer la manifestation de demain, nous avons placardé des autocollants sur bon nombre de voitures dans la ville. -Est-ce que la mobilisation est efficace ? Adrar, Djelfa, Annaba sont les trois premières wilayas qui ont adhéré à notre collectif. Nous comptons organiser une rencontre scientifique dans une des villes du Sud et y convier le ministre de l’Energie pour dénoncer ces explorations. Ahmed Korichi, le député de Ouargla, s’est déclaré opposé au projet. Il a envoyé des lettres de dénonciation au gouvernement. C’est d’ailleurs lui qui a proposé d’organiser une rencontre scientifique.
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