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Les menaces jusque-là formulées en petits comités aux annonceurs publicitaires sont devenues, hier, officielles, avec les propos tenus par Hamid Grine, ex-journaliste et ex-chargé des relations presse chez Djezzy, devenu ministre de la Communication. «Les publicitaires sont tenus de respecter la déontologie professionnelle et de confier leurs annonces à la presse écrite et ou à d’autres médias», à condition qu’ils soient «respectueux des journalistes, travaillant avec sérieux et professionnalisme». En marge de la session de formation organisée au profit des professionnels de la presse, il a développé : «Il est inconcevable, des points de vue professionnel, déontologique et juridique, qu’un publicitaire, conscient des vertus de la presse, confie ses annonces à des médias non respectueux de la déontologie professionnelle et qui recourent à la diffamation en tant que mode de travail.» Ironie du sort, ce discours sur «l’éthique et la déontologie», présenté comme «un plaidoyer pour une presse libre et responsable», est intervenu alors que RSF publiait un communiqué sur «les pressions directes et indirectes exercées à l’encontre de certains médias algériens, notamment la presse indépendante, depuis la réélection pour un 4e mandat de Abdelaziz Bouteflika. Les autorités ne reculent devant rien pour intimider les médias osant critiquer la mascarade électorale que fut le dernier scrutin présidentiel». En affirmant : «Nous sommes pour la liberté d’expression», le ministre de la Communication oublie les propos de Amara Benyounès qui, pendant la campagne, promettait à tous ceux qui s’étaient opposés à un 4e mandat, de «s’occuper d’eux après le 17 avril». Il oublie que deux journalistes d’El Watan Week-end, qui enquêtaient sur des fraudes présumées à Khenchela ont été pourchassés, insultés, menacés de mort et traités comme des coupables dans un commissariat, où ils sont restés détenus pendant plus de dix heures. Il oublie Djamel Ghanem, caricaturiste à La Voix de l’Oranie, poursuivi pour «outrage au président de la République» suite à un dessin qui n’avait jamais été publié. Il oublie la perquisition à la chaîne Al Atlas TV en mars dernier, selon les avocats, «en violation des dispositions du code des procédures pénales relatives aux perquisitions». Il oublie les appels à la violence contre plusieurs journalistes de médias d’opposition publiés sur une page facebook commandée par les proches du Président. Il oublie surtout que l’ANEP décide de l’attribution de la publicité des entreprises publiques et de l’administration aux médias qui lui sont favorables. Algérie News et Djazaïr News en font les frais. La liste est longue et dans ce contexte, des questions se posent sur l’entrisme dont la profession fait l’objet : est-ce au pouvoir de décider de ce qui est déontologique ou est-ce à la corporation d’en délimiter les contours ? Est-ce au pouvoir de décider de ce qui relève de la diffamation ou est-ce à la justice de trancher ? Est-ce au pouvoir de définir ce qu’est un journaliste ou au secteur de contrôler ses circuits de formation ? Après la fermeture d’El Fadjr, jusqu’où ira le régime ? Le «projet d’assainissement» dont parle l’APS – le même terme est utilisé pour la réhabilitation de l’oued El Harrach – s’apparente en réalité à une mission d’assèchement des titres qui gênent. El Watan, opportunément inquiété par l’administration fiscale et dont les annonceurs sont depuis quelques jours victimes d’intimidations, est pleinement visé.