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Le pouvoir semble vivre dans une cacophonie indescriptible. Le peu de culture d’Etat qui subsistait encore après la prise du pouvoir par Bouteflika a été réduit à néant. Tout est fait dans l’improvisation, la précipitation et le mépris de l’autre afin d’imposer un scénario qui risque de mettre le pays à feu et à sang. Qu’est-ce qui explique cet état de fait ?Quand Amar Saadani annonce des changements profonds dans les hautes sphères de l’Etat dans les jours à venir, en réalité il annonce la fin éminente d’une étape du pouvoir actuel et la mise en œuvre d’un plan qui va être imposé au peuple. Il veut en réalité, aussi, vendre le maintien du clan qui gouverne le pays à travers la formule toute trouvée de «l’Etat civil». Qu’est-ce que «l’Etat civil» pour Saadani ? Abane et Ben M’hidi ont certes annoncé la primauté du civil sur le militaire, tout en consolidant la cohésion et la complémentarité du militaire et du politique pour la libération de l’Algérie. Le binôme Abane-Ben M’hidi avait réussi à structurer la révolution et l’a dotée de ces organes légiférant et exécutif. Mais leur œuvre n’a pas vécu trop longtemps suite à la mainmise des trois B sur l’ensemble des structures du pouvoir. Le militaire, alors, avait primé sur le civil et tout le pouvoir sera mis entre les mains des militaires après la crise de l’été 1962. «L’Etat civil» rêvé par Abane et Ben M’hidi n’est certainement pas celui de Saadani, qui est lui-même un produit de l’Etat sécuritaire. Cet «Etat civil» ne sera possible que dans un contexte d’Etat de droit qui consacre la légitimité populaire.Pour Saadani, qui est un homme averti, bien informé et exécutant une feuille de route déjà mise en œuvre, l’«Etat civil» n’est pas la séparation des pouvoirs, bien au contraire ; la révision de la Constitution, en 2008, a concentré tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. L’«Etat civil» n’est pas la consécration du contrôle de l’Exécutif à travers des mécanismes démocratiquement élus, tel qu’il est de tradition dans les pays où la société civile est la garante de la pérennité de la démocratie, l’élection de 2014 a bien montré un mépris pour tout un peuple en donnant 80% à un Président malade et totalement effacé.Les parrains de Saadani cherchent en réalité à affaiblir l’autorité capable de s’opposer à une certaine candidature à la présidentielle qui serait fatale au pays. Il est clair qu’une partie de l’armée est visée à travers cette formule aussi ambiguë que la personne qui en est l’auteur. Actuellement, le seul acquis qui a réussi à maintenir le pays debout, malgré tous les coups et insuffisances, est l’institution militaire, son unité, son professionnalisme, sa discipline et son patriotisme.C’est à cet acquis que cette meute d’affairistes s’attaque de front. L’ANP et tous les services de sécurité ne doivent pas être des outils au service du pouvoir ni d’un clan, ils appartiennent à la nation et ils sont au service de la nation, toute la nation. Créer la zizanie et diviser l’indivisible, même au sein des partis au pouvoir, ne leur suffit pas, ils s’attaquent aux derniers verrous qui maintiennent la République debout afin d’installer durablement le pouvoir de l’argent sale.Comment croire à une volonté de consacrer un Etat dans n’importe quelle forme, autre que celle d’un Etat non militaire ou sécuritaire, quand ce pouvoir refuse de dialoguer avec l’opposition et lui refuse même les autorisations pour mener son activité ? Pis encore, une simple conférence animée par un ancien chef de gouvernement à Tlemcen a été interdite sans aucun motif apparent. Même le discours pacificateur et rassembleur d’un ancien chef de gouvernement s’apparente à de la subversion pour l’actuel pouvoir. Ce qui apparaît nettement clair, aujourd’hui, est la volonté affirmée pour la prise du pouvoir, tout le pouvoir, par la puissance de l’argent. Les derniers leviers qui agissent contre cette fatalité commencent à sauter. Ceux qui croient que Saadani est un simple fou du roi doivent revoir leurs grilles de lecture.Cet homme parle au nom du pouvoir réel et ce pouvoir agit. Il est au centre de la décision politique. Il veut aujourd’hui tout le pouvoir, c’est-à-dire transformer la République algérienne en république bananière basée sur deux leviers, à savoir la rente pétrolière et son bras sécuritaire. En somme, c’est la définition réelle de l’«Etat civil» prôné par Saadani et ses mentors. En plus du pouvoir de l’argent, ce clan compte actionner son armée formée par ses clients au sein de l’administration qui a squatté les espaces qui reviennent aux institutions élues, en gérant seul le pays, en dehors de tout contrôle populaire, judiciaire ou autre, en distribuant la rente pour colmater les demandes sociales et en renforçant le pouvoir de l’argent à travers les marchés publics. Le cas de la gestion de la crise de Ghardaïa illustre on ne peut mieux cette vision des choses. En effet, la défaillance des responsables est criarde dans cette affaire. Les élus locaux sont absents, ils n’arrivent pas à se frayer un chemin parmi cette faune politique qui fait la navette entre Alger et Ghardaïa. Les élus des deux Chambres du Parlement brillent aussi par leur absence et leur silence. Pouvaient-ils parler, eux qui souffrent de légitimité ?! A travers cette crise, le pouvoir a encore prouvé qu’il ne gère qu’à travers le sécuritaire et l’argent de la rente, c’est-à-dire les deux leviers. Le pouvoir semble ne pas se poser de question sur le coût de la gestion sécuritaire des crises – dont celle de Ghardaïa – au cours de laquelle des milliers d’hommes sont mobilisés avec leurs moyens, engins et outils de répression à longueur d’année. Cet état de fait n’est pas la faute des gendarmes et policiers qui peinent à maintenir l’ordre dans cette région meurtrie, mais bien due à la décision politique qui demeure centralisée et entre les mains d’hommes incapables qui ont mené le pays à une faillite généralisée.Ainsi, c’est un nouveau type d’Etat qui est en train de se former. Un Etat rentier et sécuritaire consacrant une République bananière appelée par Saadani «Etat civil». Devant cette impasse, à la fois politique, économique, sociale et morale, le pouvoir en place s’acharne à anéantir ce qui reste des fondements de l’Etat républicain pour permettre aux prédateurs d’accaparer ce qui reste de la rente, à travers un pouvoir dominé par l’argent sale, en imposant à la société une nouvelle forme de transmission du pouvoir à la syrienne. Pour l’opposition, le temps est malheureusement aux luttes de leadership et aux plans d’alternance qui nourrissent des mythes et donnent de faux espoirs au peuple. Certes, l’opposition a prouvé son évolution et son sens de la responsabilité en se réunissant d’abord et en mûrissant des plans de sortie de crise pour épargner à notre peuple d’autres drames. Mais dès l’entame de son action, une partie de l’opposition a été évacuée par des calculs de leadership de certaines composantes de cette initiative. La main tendue au pouvoir n’a pas eu de suite. Il est temps que l’opposition revoie sa grille de lecture en s’inscrivant dans l’après-Bouteflika et surtout en posant les premiers jalons d’un congrès de toute l’opposition, pour la refondation nationale et pour la construction d’institutions civiles et républicaines qui passe par la légitimité des urnes. Pour remettre le véritable débat sur les rails et surtout créer un rapport de force salvateur pour le pays, l’opposition est appelée à inscrire certaines urgences dans son calendrier immédiat. L’après-Bouteflika a sonné et le pouvoir de l’argent est en phase d’action pour ne pas être surpris par une vacance prématurée du pouvoir. Il est du devoir de l’opposition d’agir dans l’urgence pour refuser la fatalité de la transmission familiale du pouvoir, où la fatalité du pouvoir considéré comme un legs, afin d’épargner à notre peuple, meurtri par plus de 10 ans de sang et d’instabilité, la tragédie libyenne, l’impasse égyptienne ou le drame syrien. La refondation de l’Etat-nation passe inéluctablement par le refus de cette fatalité et la revendication d’une commission indépendante d’organisation des élections pour aller conquérir le pouvoir à travers les urnes. L’opposition doit, dès aujourd’hui, s’entendre sur le contenu et les outils de cette transition élue. Cette transition élue doit être concertée avec toutes les composantes de cette opposition, autour d’un programme orienté sur la refondation de l’Etat-nation tel que rêvé par les initiateurs du 1er Novembre 1954.