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L’association Djazairouna, SOS familles de disparus, des représentants des organisations de défense des droits de l’homme, des victimes du terrorisme sont unanimes à revendiquer, neuf ans après la mise en œuvre de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, la vérité, la justice et la reconnaissance des sacrifices de tous ceux qui ont lutté et qui sont morts pour l’Algérie. Cherifa Kheddad, présidente de l’association Djazairouna, a rejeté les dispositions de la charte pour la paix et la réconciliation nationale et, aujourd’hui, elle estime que le temps lui a donné raison. «Après la mise en place des textes d’application de la charte, des attentats ciblant des édifices nationaux et étrangers ont été perpétrés par certaines personnes qui ont bénéficié d’une amnistie. La charte n’a pas ramené la paix et certains ayant bénéficié des largesses de la réconciliation ont repris le chemin du maquis», déplore Mme Kheddad. Pour Djazairouna, il ne peut y avoir de réconciliation sans la culture de la mémoire et sans le respect des trois principes que sont le devoir de vérité, de justice et de mémoire. «Les victimes du terrorisme ont exigé la vérité et ont demandé la poursuite des responsables de ces violences. Ce que le pouvoir a refusé, alors comment peut-on parler de réconciliation ?», explique-t-elle. Mme Nacéra Dutour, porte-parole des familles de disparus, qualifie la charte de leurre et de déni de justice. Le 29 septembre 2005, rappelle-t-elle, la charte pour la paix et la réconciliation nationale a été soumise à référendum. «La campagne électorale, qui avait exclu toute voix discordante, avait présenté la charte comme étant la seule solution pour résoudre le dossier des disparus. Or, les neuf  années qui ont succédé à l’adoption de la charte ont signifié la consolidation du déni de  vérité et de justice pour toutes les victimes», indique Mme Dutour, qui lance à l’adresse du pouvoir : «Quelle réconciliation avez-vous mis en place ? La réconciliation de qui avec qui ?» Et de défier quiconque peut citer un article de la charte qui est porteur d’une lueur d’espoir pour que l’Algérie devienne un Etat de droit. Pour Mme Dutour, les textes d’application de la charte ont imposé non seulement l’impunité des responsables de la disparition de 8000 Algériens mais menacent de 3 à 5 ans d’emprisonnement «quiconque, par ses déclarations ou écrits ou tout autre acte (…), ternit l’image de son pays au niveau international». Selon les initiateurs de la réconciliation, la charte est venue régler tous les maux des Algériens en attente de la vérité, mais il n’en fut rien et la preuve est donnée par les familles de disparus qui tiennent depuis 2005 des rassemblements réclamant la vérité et la justice. Le comble pour ces familles est que ces textes d’application infligent une véritable torture morale aux parents de disparus. Par ailleurs, maître Benissad, président de la Ligue des droits de l’homme, est catégorique. Pour lui, tant que les causes, qui ont mené l’Algérie au terrorisme, sont omniprésentes, on ne peut pas parler du retour de la paix et de la réconciliation nationale. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. «Tous les ingrédients des années 1990 qui ont mené vers la violence, notamment l’absence de la démocratie, le respect des droits de l’homme, la distribution inéquitable des richesses sont toujours là», dit-il. Pour les victimes du terrorisme, il est inconcevable de construire une réconciliation et faire l’impasse sur la justice, sur la vérité et sur la réparation…