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Le chef du service diplomatique de l’UE, le Français M. Vimont, donne le point de vue de Bruxelles sur les crises malienne et libyenne et soutien la nécessité d’agir vite et efficacement pour éviter des risques de déstabilisation. -Vous êtes à Alger à la veille de la reprise des négociations intermaliennes sous l’égide de l’Algérie. Quelle évaluation fait l’Union européenne de l’évolution de la crise malienne depuis l’intervention militaire ? Au moment de l’intervention militaire française, en février 2013, l’Union européenne est arrivée assez vite derrière, avec une mission militaire dont l’objectif est d’y rester pour la formation de l’armée malienne. Nous avons très rapidement été actifs dans d’autres domaines comme la relance du développement économique du Mali, qui s’est traduit par l’organisation de la réunion des donateurs à Bruxelles pour mobiliser la communauté internationale afin de venir en aide à ce pays. Nous sommes présents à Bamako avec une délégation qui joue un rôle politique et diplomatique important, pour essayer de recréer le dialogue national, préserver l’unité du pays et régler le problème du Nord. Nous avons été partie prenante dans les négociations diplomatiques menées à Ouagadougou et ailleurs. Et quand l’initiative algérienne de médiation est arrivée, nous l’avons soutenue dès le départ. -Mais nous observons que la situation peine à se stabiliser et que le dialogue traîne en longueur, avec un risque d’enlisement… C’est difficile après des années d’antagonisme. Ce n’est pas du jour au lendemain que l’on pourra régler cette crise. Notre rôle est d’aider à trouver des solutions. Il est essentiel que les pays de la région, dont l’Algérie et d’autres partenaires – l’Union européenne – puissent venir les aider, leur faire des propositions et, comme tout bon médiateur, mettre sur la table des idées. Faciliter le rapprochement entre les différentes parties, leur apporter toute notre expérience, notamment sur la question d’organisation de l’Etat. Faut-il aller vers le fédéralisme ou bien vers une forme de décentralisation ? C’est tout l’objet de la réunion d’Alger. Les Algériens mettent aujourd’hui un papier sur la table, nous l’étudions ensemble et essayons de nous mettre d’accord sur les grandes lignes et, demain, nous le proposerons aux Maliens. Mais bien évidement, il appartient aux Maliens de les reprendre à leur compte, car c’est un pays souverain et qui décide à la fin. -Existe-t-il des divergences d’approche entre Alger et Bruxelles ? Sur un certains nombre de paramètres précis, chacun peut avoir des opinions, même entre Européens eux-mêmes. Nous n’avons pas toujours la même approche, mais c’est cela justement qui est utile dans ces discussions. Avec de la bonne volonté, nous nous mettons autour d’une table pour trouver des idées nouvelles qui peuvent faire la différence puis les présenter ensuite à nos partenaires maliens. Nous essayons d’accélérer un peu les choses pour éviter les risques de déstabilisation qui sont toujours là. La force d’interposition des Nations unies a enregistré des victimes, si l’on ne fait rien, il y a un risque de pertes supplémentaires. Il faut avancer. L’objectif est de ne pas perdre de temps, il faut avancer. -Un autre pays est en proie à une crise encore plus grave : la Libye, enferrée dans une guerre civile aux multiples acteurs internes et externes. Que préconise Bruxelles pour l’aider à sortir de ce bourbier qui risque d’enflammer toute la région ? Nous sommes sur une ligne très proche de celles de l’Algérie et des Nations unies avec son envoyé spécial, Bernardino Leon, qui travaille à une médiation. L’idée est d’avancer étape par étape, sur la base d’un certain nombre de principes que tout le monde pourrait accepter. D’abord, les institutions légitimes démocratiquement élues doivent être reconnues par tous. Une Chambre des représentants a été élue aux dernières élections législatives, il faut qu’elle puisse fonctionner et travailler dans des conditions adéquates. Mais pour cela, il faut que ses dirigeants fassent preuve d’ouverture, qu’ils soient inclusifs et que tous fassent preuve de bonne volonté pour travailleur ensemble. -Mais le poids des institutions politiques est extrêmement faible face aux milices armées qui imposent leur logique… La seconde étape justement consiste à aller vers les milices et leur expliquer que la seule solution est politique et non pas militaire. Cela va sans doute prendre du temps, mais nous devons les convaincre qu’il faut accepter un certain nombre de principes et, à ce moment-là, nous pourrons nous mettre autour d’une table et élaborer ensemble une sortie de crise. Je vais être honnête avec vous, nous n’en sommes pas encore là. Les combats se poursuivent, c’est violent. Il faut avoir les nerfs solides et continuer de parler à tout le monde pour faire évoluer les positions.C’est le rôle des diplomates. Nous devons tenir compte de ce que font les pays voisins, qui ont une bien meilleure analyse de la situation pour des raisons évidentes. Nous devons être à leur écoute et travailler ensemble. Devant les risques que la crise peut entraîner, non seulement en Libye, au Sahel, en Tunisie, il est important que nous travaillions tous ensemble. La vraie question, pour les pays européens, est de trouver la clé du problème. C’est difficile et cela demande du temps. -Le risque d’éclatement du pays est-il réel ? Non. On voit bien que depuis le début de cette crise, des sensibilités s’expriment, celles de Benghazi, de Tripoli et d’autres encore. Les événements tels qu’ils se déroulent sur le terrain, avec les progrès sur le terrain des milices de Misrata, montrent que ces sensibilités demeurent, mais qu’une séparation géographique ne se traduit pas sur le terrain pour le moment. Donc je crois qu’il est important de maintenir l’unité de la Libye. -De nombreux experts accusent ouvertement des pays comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis de jouer les trouble-fêtes dans ce pays. Est-ce l’avis de l’UE ? Dans toutes ces crises, vous avez des groupes qui apparaissent et bénéficient de soutiens qu’ils obtiennent des pays de la région. C’est une réalité, elle est là.Pour les Européens et tous ceux qui essayent de faire des médiations, c’est une réalité dont nous devons tenir compte et tenter de convaincre d’autres acteurs de participer à cet effort pour aller vers un dialogue national. Nous ne portons pas de jugement, nous constatons la réalité. -Le mandat de Catherine Ashton arrive à son terme à la fin du mois. Quelle évaluation faites-vous des relations bilatérales entre Bruxelles et Alger ? Elles sont bonnes. Après les accords d’association, nous sommes sur les négociations d’un plan d‘action. Il y a beaucoup de domaines de coopération sur lesquels nous travaillons ensemble. Nous sommes deux principaux partenaires dans le domaine commercial, nous avons un grand marché en Europe qui intéresse beaucoup l’Algérie et nous sommes très intéressés de développer notre présence sur le marché algérien.Par ailleurs, sur toutes les actions diplomatiques que nous avons évoquées, durant les cinq années Ashton, l’Algérie a été un partenaire avec lequel nous avons beaucoup travaillé. On peut aller encore plus loin. On a parfois besoin de faire plus d’efforts pour mettre en œuvre l’Accord d’association de manière concrète. Pour la nouvelle haute représentante, ce sera certainement l’un des objectifs.
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