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Si l’on comprend que l’assassinat d’un touriste français en Kabylie, enlevé puis décapité, ait provoqué en France stupeur et indignation, il est regrettable que, l’émotion une fois apaisée, personne parmi les politiques, les journalistes, les sociologues ou les anthropologues n’ait rappelé qu’aucune société n’a le monopole de la violence, qu’aucun peuple n’est plus (ou moins) civilisé qu’un autre et que tous ont été ou sont capables de la plus extrême «sauvagerie». Durant les guerres de religion, catholiques et protestants se sont abondamment entretués ; des tribunaux ecclésiastiques ont condamné à être brûlées vives les premières féministes, qu’ils traitaient de «sorcières possédées par Satan» ; des condamnés, attachés par les jambes à deux chevaux qui partaient dans des directions différentes, mouraient écartelés ; des «hérétiques», le corps troué par le bourreau, hurlaient sous l’huile bouillante qu’il versait sur ces plaies…  Faut-il rappeler que les «civilisés» ont traité comme des bêtes, pendant trois siècles, des millions d’esclaves africains, qu’en Algérie les soldats de Bugeaud ont enfumé dans des grottes les villageois qu’ils y enfermaient, que pendant la Guerre de Libération, les troupes françaises d’occupation ont torturé des milliers d’Algériens et que les colonisateurs ne sont pas les mieux placés pour donner aux autres une leçon d’humanité ? Faut-il évoquer, enfin, les violences que subissent dans les pays «civilisés» les immigrés ou les femmes, immigrées ou non, dont 75 000 sont violées chaque année en France, soit un viol toutes les sept minutes ? Certes, aucun commentaire n’a expressément accusé les musulmans d’être par nature des brutes ou des «sauvages». Mais l’emploi exclusif, répété et à sens unique de ces termes, accolés à «islamistes radicaux» quand il s’agit tout simplement de mafieux sanguinaires, ne peut que renforcer les préjugés antimusulmans de la majorité des Français : 74% d’entre eux déclaraient l’an dernier qu’ils ne les «appréciaient» pas. L’école qui n’apprend quasiment rien de la civilisation arabe, les médias dont presque tous les reportages n’exposent que les violences qui déchirent le Monde arabe – radio, télévision ne disent jamais d’un chrétien qu’il est «radical» ou «modéré», mais sous-entendent en signalant que tel musulman est «modéré» que l’islam, lui, est «radical», autrement dit intolérant, brutal et si besoin assassin –, les propos de nombreux politiciens (cf. le discours de Sarkozy sur l’Afrique qui n’aurait «pas d’histoire»), tous ces facteurs expliquent en partie, mais n’excusent pas, l’imbécillité de la plupart des jugements européens sur les musulmans. Descartes était décidément trop optimiste : ce n’est pas la raison, mais la bêtise qui est «la chose du monde la mieux partagée» – une bêtise mâtinée de haine et de suffisance. Triste constat quand on s’imagine «civilisé» !