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Pour l’universitaire, «les acteurs de la transition en Tunisie ont retenu les leçons des erreurs commises lors de l’ouverture démocratique en Algérie». «Aujourd’hui, c’est à l’Algérie d’apprendre de l’expérience tunisienne», préconise-t-elle. -Quel commentaire vous inspire ce nouveau cap que vient de franchir la Tunisie dans le processus démocratique ? Une élection qui se déroule dans des conditions de transparence, de compétitivité et d’équité comme celle-ci est, quel que soit son résultat, une élection remarquable. Le processus de démocratisation de la Tunisie se construit comme un édifice, pierre par pierre. L’Assemblée constituante, la Constitution, un régime parlementaire et, maintenant, des élections législatives sont des étapes cruciales. La Tunisie est en train de donner une leçon au Maghreb, au Monde arabe et à tous ceux qui croient à l’incompatibilité de cette région avec la démocratie. Bien entendu, le processus de consolidation sera encore long. Il faudra éradiquer le système de rente artificielle mis en place par le clan Ben Ali ; relancer l’appareil économique qui souffre autant des mouvements sociaux que du ralentissement économique en Europe ; investir dans le développement des régions intérieures et frontalières… L’un des plus grands défis à venir sera aussi d’éviter de tomber dans un discours politique sécuritaire qui permet tous les amalgames et excuse tous les dépassements. -Contrairement aux autres pays qui ont connu des insurrections, la Tunisie fait exception en réussissant sa révolution. A quoi cela est-il dû, selon vous ? L’effondrement du régime Ben Ali n’a pas causé celui de l’Etat. Les institutions, même gangrenées par la corruption et le népotisme, ont résisté et garanti la pérennité de ce qui fait un Etat viable. Deuxièmement, l’autoritarisme policier du régime précédent avait quand même toléré des espaces où les acteurs sociaux, syndicaux, intellectuels ont activé. Ce sont eux qui ont conduit à la chute de Ben Ali et ils constituent aujourd’hui une partie des acteurs politiques et partisans. Troisièmement, l’existence d’une opposition «historique» qui n’a jamais accepté de compromis avec le régime contribue à créer un cadre référentiel important qui permet de ne pas démarrer de zéro. Enfin, l’insurrection dont vous parlez est restée pacifique en raison de l’absence de dynamique de radicalisation. Et si la répression est restée limitée, c’est parce que les détenteurs de l’usage de la violence légitime (l’institution militaire en l’occurrence) ont refusé une politisation suicidaire. -Quel impact aura ce mouvement démocratique sur la Maghreb, dont la construction est bloquée ? A court terme, certainement aucun. Un impact est possible si l’ensemble des régimes en place évoluent vers des processus de démocratisation. Car il n’y a aucun exemple, dans l’histoire des blocs régionaux, de cas d’intégration régionale entre des régimes non démocratiques. -L’Algérie, voisin immédiat de la Tunisie, n’arrive pas à briser l’enfermement dans lequel l’a maintenu le système politique mis en place depuis l’indépendance. Quelles sont les leçons que l’Algérie doit tirer de l’expérience tunisienne ? Les acteurs de la transition en Tunisie ont retenu les leçons des erreurs commises lors de l’ouverture démocratique en Algérie. Ils les ont évitées et ont donc franchi un cap que l’Algérie n’a toujours pas atteint. Aujourd’hui, c’est à l’Algérie d’apprendre de l’expérience tunisienne. Celle-ci est extrêmement intéressante. Elle contribue à dédiaboliser la notion de changement, à concrétiser un modèle de transition et à réhabiliter le statut du politique. Elle montre que la Constituante peut effectivement représenter une option de sortie de crise. Elle prouve que le consensus se construit par le débat, la négociation et les compromis et qu’il ne se décrète pas par une autorité hiérarchiquement supérieure. Elle montre que la polarisation idéologique n’empêche pas les arbitrages pacifiques des différends. En un mot, elle montre que la démocratisation est possible au Maghreb.
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