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Les journalistes de l’Unique brisent le silence et veulent déverrouiller une ENTV totalement sclérosée. En saisissant la journée du 28 octobre, anniversaire du recouvrement de la souveraineté nationale sur la Télévision algérienne, la section syndicale des journalistes de la Télévision algérienne s’élève contre la chaîne anachronique. «A l’heure où l’Algérie s’apprête à s’engager dans l’expérience de l’ouverture, nous nous interrogeons sur l’avenir de l’ENTV qui vit une situation difficile», se demande le syndicat dans un communiqué au vitriol rendu public hier. Les journalistes décrivent une télévision «recroquevillée sur elle-même alors que le champ médiatique audiovisuel connaît une ouverture sur la société». Ils dénoncent également «le flou et la duplicité dans le traitement des grandes questions posées sur la scène nationale, ce qui est contraire aux exigences du service public». C’est un appel explicite à l’ouverture de la télévision nationale à toutes les sensibilités politiques et sociales. Les journalistes, muselés, n’en peuvent plus de la chape de plomb qui paralyse une télévision dont l’écran est aux couleurs nord-coréennes. Ils réprouvent «la mainmise d’un appareil bureaucratique sur la travail d’information de terrain qui est son rôle» et «l’absence d’une vision sérieuse en mesure de définir les grands objectifs pour l’avenir de la Télévision algérienne et la marginalisation des compétences au profit d’une infime minorité qui accapare les rares projets existants». Les journalistes de la section syndicale, visiblement exaspérés par une situation intenable, évoquent également «l’absence de cadres juridique et législatif réglementant la gestion des cinq chaînes qui constituent l’ENTV alourdit l’entreprise-mère depuis des années et renforce la centralisation de la décision et de la gestion». Face à cette description sombre, la télévision nationale, qui fait office d’instrument de propagande entre les mains du pouvoir politique, les journalistes se disent interpellés par «leur conscience professionnelle» et rappellent le destin funeste réservé à la presse écrite publique. Pour sauver ce qui reste de l’ENTV et lui éviter le même sort, le syndicat des journalistes appelle «toutes le bonnes volontés pour faire réussir l’expérience audiovisuelle publique et privée en mettant en place un encadrement juridique clair et des mécanismes transparents pour organiser la profession selon des standards internationaux comme ceux appliqués au Japon, en Grande-Bretagne et en Suisse». Les journalistes disent vouloir rendre à la télévision sa mission de service public en affirmant que «le rôle de la presse publique est central et doit être au service de l’intérêt général du pays». En filigrane, ils ne veulent pas d’une télévision au seul service du pouvoir politique, qui squatte l’écran de l’inique Unique. Il est vrai que depuis sa création, la Télévision algérienne a été le bras médiatique des pouvoirs successifs. Hormis la parenthèse démocratique du début des années 1990, le boulevard des Martyrs a été inaccessible aux voix critiques. Certains journalistes contraints à l’exil font les beaux jours des chaînes étrangères ; d’autres sont mis sur le carreau et confinés au silence, laissant place à une médiocrité qui fait fuir les téléspectateurs. Ainsi, les journalistes révèlent le clair et l’obscur d’une télévision totalement déconnectée. Leur cri de colère réduit à néant le discours aussi suffisant que trompeur du ministre de la Communication, Hamid Grine.