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Dans le florilège des activités commémoratives célébrant le 60e anniversaire de la Révolution, le Forum des chefs d’entreprises (FCE) a tenu à apposer sa patte sur l’événement en esquissant un bilan économique et social des politiques publiques engagées depuis 1962. La FCE a opté, à cet effet, pour un cadre convivial en organisant une «conférence dînatoire» mardi soir, à l’hôtel El Aurassi. A la tribune, trois intervenants se succèderont pour animer cette rencontre, en l’occurrence Omar Ramdane, président d’honneur du FCE et ancien officier de l’ALN (Wilaya IV) et les économistes Abdelhak Lamiri et Mohamed-Cherif Belmihoub. Brahim Benabdeslem, directeur de MDI-Alger Business School, officiera, quant à lui, en modérateur des débats.M. Benabdeslem ne manquera pas de rappeler, dans son mot d’introduction, que le FCE avait célébré le 50e anniversaire de l’indépendance à sa manière en produisant un document de 50 propositions «pour sortir l’économie algérienne de la dépendance aux hydrocarbures». De par son statut d’acteur et de témoin de la Guerre de Libération nationale, Omar Ramdane se chargera de l’aspect historique de cette conférence. Il axera ainsi son intervention sur la genèse de la lutte armée depuis la création de l’OS, en 1947, jusqu’à celle du FLN en passant par la crise du MTLD, le conflit entre les messalistes et les centralistes et l’émergence du CRUA comme troisième voie.Omar Ramdane insiste sur le fait que «la Révolutionn’a pas été linéaire mais a connu des hauts et des bas, des périodes fastes et d’autres plus difficiles». Il souligne, au passage, que la date du 1er Novembre ne sera jamais ébruitée. «Elle ne sera divulguée que la veille et même des chefs de zone n’avaient pas été mis au courant», dit-il. L’orateur dresse ensuite un inventaire détaillé des premières opérations du FLN. «Dans ma ville, Miliana, il y avait une librairie qui affichait les pages des journaux et on y comptait les points où il y avait eu des attaques. Il y a eu en tout 35 endroits où il y a eu des sabotages, des attentats et cela a eu un écho considérable», se souvient l’ancien officier de l’ALN. Pour Omar Ramdane, la Révolution était «l’œuvre  du peuple tout entier, avec toutes ses composantes. Elle n’avait pas de chef parce qu’on avait souffert du zaïmisme (de Messali, ndlr). Il y avait une direction collégiale», Omar Ramdane reconnaît toutefois le rôle de ces hommes d’exception qu’étaient les Boudiaf, Didouche Mourad, Larbi Ben M’hidi, Zighout Youcef ou encore Mostefa Ben Boulaïd. Sans compter Abane Ramdane qui, dès sa libération en mars 1955, s’échina à réorganiser la lutte. «A Alger, le vide laissé a fait qu’il est devenu la tête politique de la Révolution. Il avait de l’audace, une vision. Il avait un sale caractère, mais il était exigeant. C’est lui qui a amené toutes les autres forces à intégrer le FLN». En réponse à ceux qui ont voulu salir la mémoire de Abane, il dira : «C’était un homme d’exception. Les gens qui sortent de l’ordinaire attirent les médiocres comme les paratonnerres attirent la foudre.» Le professeur Mohamed Cherif Belmihoub, directeur de l’Ecole nationale supérieure de management (ENSM), s’attachera pour sa part à analyser la notion de justice sociale et les acquis de l’indépendance à l’aune des idéaux prônés par les compagnons de Ben M’hidi. La déclaration du 1er Novembre proclamait bien l’instauration d’un Etat «démocratique et social». Pour le conférencier, «il était tout à fait normal que les aspirations des Algériens, après 1962, portent sur la justice sociale, et l’Etat algérien devait se faire le vecteur de cet idéal». Et de s’interroger sur le sens et l’efficacité des politiques publiques et des modèles d’organisation institutionnelle suivis depuis 1962, à commencer par le modèle autogestionnaire. «Aujourd’hui, l’Etat continue à maintenir la justice sociale soit par les dépenses publiques, soit par les transferts sociaux», a indiqué l’orateur. «Aucun pays ne s’est développé avec des cerveaux sous-développés» Il précise dans la foulée que «12% du PIB vont dans les transferts sociaux, 25% en incluant les transferts indirects». «Nous avons un service public inédit dans le monde, je parle de sa taille, pas de sa qualité. Le taux d’électrification, de raccordement au gaz de ville est exceptionnel. Cela a atteint des niveaux que même des pays de l’OCDE n’ont pas atteint.» Le professeur Belmihoub estime que «cela peut devenir intenable». Il constate : «Nous sommes dans une pauvreté monétaire», en pointant le décalage sidérant, pour des couches entières de la population, entre les salaires et le pouvoir d’achat. Il observe par ailleurs que «la dépense publique a des vertus, mais elle peut aussi créer une situation d’assistanat». Le conférencier décèle une forme de «perversion» dans le fait que cette dépense publique, adossée à la rente pétrolière, «préfère importer plutôt que produire». Complétant cet état des lieux, le professeur Abdelhak Lamiri dresse un diagnostic de l’économie algérienne au niveau «macro» en disséquant l’évolution des niveaux de performance de notre économie comparée à celle d’autres pays. Il note que le PIB de l’Algérie en 1964 était de 4 milliards de dollars et qu’en 2013, il était de 141 milliards de dollars hors hydrocarbures. En suivant la cadence d’un certain nombre de pays du même niveau que l’Algérie, il relève que leur PIB tournerait actuellement autour de 97 milliards de dollars en moyenne. «De ce point de vue-là, c’est pas mal», commente-t-il. Mais devant les pays «dragons» comme il les appelle, ou émergents, la performance algérienne ne tient pas la comparaison. Le conférencier cite le cas de la Corée du Sud : «Elle avait 3,8 milliards de dollars en 1964, en 2013, elle était à 1250 milliards de dollars avec 8% de croissance», argue-t-il. Plusieurs facteurs structurels expliquent, selon lui, ce retard : faiblesse managériale, qualifications humaines insuffisantes, organisation économique peu efficace, absence d’une instance de planification comme l’était le ministère du Plan, à quoi s’ajoute un environnement des affaires peu engageant. Et pour changer la donne, Abdelhak Lamiri préconise d’investir davantage dans la ressource humaine au lieu de tout injecter dans les infrastructures. Il recommande au passage de s’inspirer de l’Inde qui a fait l’inverse en investissant à 95% dans la «soft industry», l’ingénierie, et dans la recherche-développement. Il est impératif donc d’opérer une révolution managériale «car aucun pays ne s’est développé avec des cerveaux sous-développés».