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Coquette. Frêle. Pleine de bagou. Mais surtout forte. «Je suis une guerrière, une battante», dit Chahinez, en passant la main dans ses cheveux.    Et il lui en aura fallu de la force pour vivre «presque» normalement et pour survivre à tout ce qu’elle a perdu en quelques secondes. Elle avait tout juste 16 ans, était lycéenne et avait la vie devant elle. Mais l’inconscience d’un homme en aura décidé autrement. En cette fin de journée de l’année 1992, Chahinez et sa mère prennent un taxi. «Le chauffeur a eu une crise d’épilepsie pendant qu’il était au volant. Cela se passe de commentaires, d’explications. Nous avons même appris par la suite qu’il n’en était pas à sa première, puisqu’il a eu cinq accidents, desquels il s’est toujours sorti indemne»,s’indigne la jeune femme. Cette dernière ne pourra reconstituer le drame dans le détail que des mois après. Et pour cause. «Lorsque les pompiers sont arrivés sur les lieux, ils nous ont pris pour mortes, et ont décidé d’attendre un laissez-passer, couvre-feu oblige. Nous étions toutes les deux dans le coma, ma mère à cause d’une hémorragie interne, moi à cause d’une hémorragie cérébrale. Si nous avions été prises en charge rapidement et correctement, ma mère aurait peut-être survécue, au lieu de se vider de son sang»,tente-t-elle de recomposer. Quelques heures après l’accident, la mère de Chahinez décède, pendant qu’elle-même est dans le coma. «Je ne me suis réveillée que 40 jours plus tard, ayant totalement perdu la mémoire. Il m’en a d’ailleurs fallu du temps pour que les souvenirs me reviennent, et que je puisse me rappeler de la cause de mon alitement, qui a duré 5 mois»,poursuit-elle, expliquant qu’elle a tout de suite compris la gravité de son état et l’irréversibilité de sa paralysie. Le désespoir le plus profond a pourtant fait place à une envie «féroce» de s’en sortir. «Au bout d’un temps, vous êtes obligés de faire votre deuil. Et j’avais décidé que ce n’était pas un fauteuil qui m’empêcherait de refaire ma vie. Mais j’ai été confrontée à la réalité : une société et un pays qui vous condamnent», s’énerve-t-elle. Et sa première condamnation porte un chiffre : le 8e étage de l’immeuble où elle emménage, chez sa tante. «Moi qui n’aspirais qu’à continuer mes études, travailler, je suis restée emprisonnée 3 ans parce qu’il n’y avait  aucun moyen de sortir. Avec le décès de ma mère, abandonner toutes chances d’étudier a été la chose la plus dure à accepter.Je savais que les personnes valides sans formation galèrent, alors que dire d’une handicapée»,assène-t-elle. «Puis nous sommes descendus au 5e, ce qui m’a permis de travailler pendant une année en tant que gérante de magasin. Les voisins m’aidaient à descendre et remonter. Mais au bout d’un moment, ils en ont eu marre. Donc retour à la case départ.»   Pas pour longtemps, puisque Chahinez rencontre un homme, qu’elle épouse quelque temps plus tard. «De la chance, oui j’en ai eu. Mais la plus belle chose qui me soit arrivée est la naissance de ma fille, qui est aujourd’hui âgée de 10 ans», dit-elle dans un sourire plein de fierté. Et si son union s’est finie sur une séparation, elle ne ressent aucune amertume. «Rien n’est plus compliqué que de vivre avec la culpabilité de la pression que l’entourage de l’autre exerce sur lui. J’ai donc préféré partir», confie-t-elle. Depuis, elle vit «en SDF».«J’ai essayé tant bien que mal de faire ma vie. Mais c’est la croix et la bannière.» Et ce n’est pourtant pas la volonté ni l’énergie qui manquent à cette femme pleine de verve et de «punch», qui ne mâche pas ses mots. «Je ne demande pas l’aumône, je veux travailler et me débrouiller toute seule. La seule chose que je demande, c’est une formule AADL adaptée aux personnes handicapées, qui ne peuvent pas justifier d’un revenu fixe. Quitte à reverser directement nos pensions pour la payer»,suggère-t-elle. «Mais j’ai aussi et surtout un message à adresser au président de la République, que je ne juge pas, car je sais, moi, qu’une personne en fauteuil roulant jouit de toutes ses capacités mentales. Maintenant, peut-il sortir sans aide, en simple citoyen ? Peut-il prendre le bus, le métro, le train, emprunter les trottoirs, vaquer à des activités ? Il est aujourd’hui à même de ressentir nos difficultés et de savoir quels sont nos besoins. Et donc d’œuvrer à améliorer notre condition…», conclut-elle.