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«Schizophrénie sociale», «hypocrisie sociale», «comportement conventionnel», des termes  plus forts les uns que les autres pour désigner un seul fléau: le harcèlement sexuel. Ce thème a été soulevé sur le plateau d'une récente émission de télévision.
Quand s'arrête l'admiration et quand commence le harcèlement ?  Là est la question. Un regard trop appuyé ou des propos  déplacés voire très suggestifs peuvent faire la différence. La gêne qui s'installe peut parfois être perçue par le harceleur comme un encouragement. Un cercle vicieux en somme. Plusieurs invités ont abordé la problématique sous divers angles juridique, social, tout en insistant sur l'impact  psychologique dont les ravages peuvent déboucher sur des drames.
« Un comportement condamné mais largement pratiqué », a indiqué Khadija Rougani, avocate au barreau de Casablanca, d'où la dualité de cette réalité. Plus encore et selon Sanae Al Aji, écrivain chercheur, 76% des Marocaines sont harcelées quotidiennement. Certes tout le monde s'accorde à dire que le harcèlement est répréhensible mais en même temps, il fait partie de notre quotidien au point de devenir un phénomène « conventionnel » comme l'a souligné, pour sa part,  Hayat Boufrachen, présidente de l'Organisation marocaine de l'équité familiale. Et d'ajouter que le corps de la femme est perçu par l'homme (père, frère, enfant) comme sa propriété. De ce fait, l'espace public est investi par l'homme qui  le fait sien. Quand la femme s'y aventure, c'est à ses risques et périls. De victime, elle se transforme automatiquement en coupable. Elle n'avait qu'à ne pas être là. Traîner dans les rues à des heures indues, cela fait mauvaise impression.
Un sermon qu'on aurait du mal à adresser à un homme, lui qui a tous les droits. Et puis qu'est-ce que c'est cette tenue vestimentaire aguichante, attirante voire dévoyée? s’interrogent les machos. Des témoignages recueillis  pointent du doigt la femme. Toute la responsabilité lui incombe, car elle se doit de  porter des tenues correctes à même de dissimuler ses charmes. Les invités ont, d'une seule voix, condamné cette attitude car il y va de la liberté de la femme.
La question ne se limite pas en fait à la tenue vestimentaire mais fait part de la mentalité, ô combien machiste et profondément ancrée dans notre société. Preuve en est que le harcèlement sexuel bat son plein dans des pays qui comptent beaucoup de voilées tels que  l'Egypte et l'Afghanistan, comme l'a rapporté l'un des invités. C'est en fait l'attrait du fruit défendu.
Et le cadre juridique dans tout cela? Il existe bel et bien L'article 503 - 1 du Code pénal  (ajouté à la loi 24.03) sanctionne le harcèlement sexuel en milieu professionnel. Tel n'est pas le cas dans l'espace public. « Le problème de la  mise en application  de cette loi se pose d'autant plus qu'il y a un rapport de force entre les deux parties », s'est indignée Maître Rougani. La victime est même tenue d'apporter la preuve des faits. Et de préciser que beaucoup d'espoirs sont permis d’autant que le débat sur une éventuelle réforme du système judiciaire est bien entamé. En attendant, les femmes devraient avoir plus d'audace en se faisant aider par des associations, a-t-elle encore ajouté. Mais force est de constater que sur le terrain,  c'est la loi du silence qui l'emporte. Les femmes, de peur de perdre leur gagne-pain ou même de détruire leur foyer, préfèrent enterrer leur secret parfois aux dépens de leur santé. « C'est la porte ouverte à tous les problèmes  psychiques, à savoir dépression, phobie sociale, manque de confiance en soi, parfois même suicide », n'a pas manqué d'expliquer Mohsen Ben Ichou, psychologue. Il conviendrait de ce fait d'agir à titre préventif en veillant à ce que les enfants aient une éducation qui prône l'égalité et le dialogue.
 Gageons que les futures générations de femmes n’auront plus à souffrir de la « hogra» chaque fois qu'elles pointent le nez dehors.
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