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Lynchage, pillage, viole, déplacement forcé des populations, sont monnaies courantes chez les néo barbares en Syrie
Le diner de la peur aux alentours de Damas
Damas-Syrie
le soir de vendredi dernier, deuxième journée vacante de la fête, nous sommes parties toute la famille diner des grillades dans un agréable restaurant, pas trop loin de chez nous dans les faubourgs de Damas.
Quand nous avions emprunté la route du retour à la maison (environ dix km) il était 21h passée. Ce n'est absolument pas une heure tardive dans des circonstances normales d'un pays.
L'autoroute fut complètement bouchée par un embouteillage énorme. Des centaines de familles, comme c'est notre cas, ont décidé de défier la guerre et la mort en ces jours de fête, en sortant massivement, d'où ce trafic inhabituel à cette heure du soir.
Donc, nous avons pris par décision commune la RN nommée Route de Beyrouth. Et ce fut une grave erreur.
Au début de l'année 2012, les rebelles armés ( des islamistes extrémistes syriens et toutes les nationalités du monde confondues) ont investis le long de cette route bondée de commerces, de très agréables restaurants, et de plusieurs boites de nuits. Ils pillaient, massacraient, enlevaient les passagers et détruisaient les biens. Les survivants ont fuit le coin. Les deux rives de la route ( que les troupes françaises ont emprunté lors de l'occupation de la Syrie en venant du Liban en 1920) exagérément éclairées et qui éclataient de vie 7/7 de jour comme de nuit, est devenue une route fantôme : les belles façades ont été incendiées ou ravagées. On dirait les soldats de Genghis Khan sont passé par là. Enfin, l'armée nationale a répondu aux appels incessants des habitants d'intervenir. Il lui a fallu pour ce fait engager du matériel lourd et de mener des combats acharnés durant plus de trois mois, pour déloger ces néo barbares, et nettoyer cette région qui s'étend sur 20 km de long.
Depuis je n'ai point mis les pieds là-bas, mais j'ai appris que l'armée a installé des check-points tout au long de la route, et qu'elle contrôle bien la zone.
Au départ, je roulais sereinement et lentement. Les enfants étaient heureux. Ils écoutaient la musique, et répétaient avec la chanteuse, après ce splendide festin, et un an de train de vie insupportable, tous coincés entre maison et école, quand soudain tout le monde s'est tu, et la musique aussi.
Papa, où vas-tu dans ce chemin délabré, complètement déserté ? cria ma fille de quatorze ans. Ses deux frères se sont mis à me solliciter de faire un demi tour immédiatement car, c'est vrai, plus on avançait, plus la nuit s'avérait sombre et la peur pesait lourdement sur nous.
Ce fut le noir total.
Les seules lumières qui brisaient cette sombrée étaient les phares de notre voiture.
Pas question de faire un demi-tour. La chaussée au milieu de la route est infranchissable.
Les enfants recroquevillés l'un sur l'autre sur le siège arrière, pleurnichait silencieusement. J'ai donné un coup d'accélérateur à la voiture afin de réduire le temps de la distance que nous devons parcourir, mais à chaque virage, je tremblais de peur en imaginant le pire. C'est à ce moment crucial que les images de terreur, stockées dans ma mémoire, commencèrent à s'abattre comme une avalanche devant mes yeux.
Et si après le virage suivant, une bande de criminels armés jusqu'aux dents coupait la route, qu'adviendra pour nous ? Me demandai-je silencieusement.
Les scènes de lynchage des enfants et le viol des femmes sous les yeux des membres de la famille avant l'exécution de tout le monde avec le couperet, affluaient dans ma tête et m'empechaient de bien tenir le volant.
Au bout de la route, avant le dernier virage à gauche, il nous a paru sous les hauts phares de la voiture, les barricades d'un point de contrôle militaire.
Ouf, enfin sauvés. Crièrent joyeusement les enfants. Derrière nous cette fois-ci, c'est le drapeau de l'Etat syrien qui flotte…
* Journaliste syrien

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