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Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de

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"Les sanctions n’ont dévasté ni l’Afrique du Sud ni l’Iran. Pas plus qu’elles ne détruiront Israël ; par-dessus tout, elles dégageront Israël d’un piège d’où il est incapable de s’extraire tout seul.", écrit dans Haaretz l’historien et écrivain israélien Shlomo Sand, en expliquant comment il est devenu favorable aux sanctions contre Israël, après avoir longtemps pensé que la société israélienne serait en mesure de changer sans le recours à celles-ci.
Les médias israéliens l’appellent « l’Intifada des individus ». Mais nous savons tous que c’est avant toute chose une intifada des jeunes. L’élite politique israélienne la perçoit comme le produit d’une incitation, mais toute personne soucieuse d’être honnête avec elle-même sait que les raisons décisives de la récente vague d’agressions sont l’occupation en cours, l’humiliation au quotidien, le vide existentiel et le sentiment d’être piégé sans avoir aucune issue.
À très peu de distance de nos existences quotidiennes à Tel-Aviv et Haïfa, vit depuis près d’un demi-siècle une population privée des droits de l’homme et des droits civils les plus essentiels. Nous, les Israéliens, nous travaillons, rêvons et vivons en liberté et dans le confort alors que, pas très loin de chez nous, des gens sont à la merci de militaires et d’un appétit gargantuesque de terres des colons encouragés par le gouvernement.
Chaque fois que j’entends des infos à propos d’un Palestinien, garçon ou fille, qui a renoncé à sa vie pour tuer des Israéliens, je suis choqué mais, en même temps, je ne puis m’empêcher de me remémorer les mots très durs d’Alexander Penn : « Et il s’est enflammé, et il brûle de colère et il se sacrifie pour faire disparaître par le feu la douloureuse insulte de l’esclavage. »
Naturellement, la résistance armée n’est pas en soi quelque chose de noble et de vertueux. Elle est difficile et souvent horrible. Des femmes et des enfants innocents sont blessés, et même tués.
Mais ceux qui font cela ne sont pas des tueurs nés. Dans des circonstances historiques différentes, ces enfants et ces jeunes qui attrapent un couteau de cuisine, un tranchoir ou une vieille voiture pour les transformer en armes mortelles, auraient pu terminer leurs études, devenir des professionnels honnêtes, devenir des pères et des mères, élever des enfants et vieillir paisiblement.
Mais quelque chose dans leur histoire a été détérioré et provoque de graves dégâts, et quelque chose dans notre histoire israélienne est occupé à se muer en monstruosité.
Quand je rencontre des collègues à l’étranger, on me demande souvent comment il se fait que les descendants des Juifs persécutés peuvent à leur tour se muer en de tels persécuteurs impitoyables. Je réponds que la persécution n’a jamais fourni une vaccination automatique contre l’arbitraire et le refus aveugle de considérer le sort d’autrui.
Toutefois, si l’installation des réfugiés chassés d’Europe peut être considérée comme l’une ou l’autre forme de justice historique mineure (après tout, la population locale ne devrait pas être tenue de payer ce que la civilisation chrétienne a infligé à nos parents et aux parents de nos parents), continuer à installer des fils de réfugiés alors qu’ils ont déjà acquis leur souveraineté est un mal dénué de la moindre justice.
Le plus gros de la société israélienne soutient les maux de l’occupation ou se montre apathique à leur propos. Certains pensent que c’est le prix qu’ils doivent payer pour la lente libération de la patrie imaginaire que la Bible leur a promise. D’autres tirent profit de son patrimoine immobilier et de subsides généreux ; pour la plupart, il est tout simplement confortable d’être inconscient de ce qui se passe autour de soi.
Les vacances en vue, la carrière qu’il est si malaisé de développer et d’assurer, les difficultés et pièges économiques et autres problèmes similaires nous empêchent d’examiner et de comprendre pourquoi des enfants se muent en tueurs. Pourquoi des jeunes âgés de 13, 14 ou 15 ans ont apparemment perdu tout intérêt dans la vie et sont de ce fait prêts à ravir celle d’autrui dans un accès de haine.
Je n’écris pas pour convaincre les colons et leurs ardents partisans. Je n’essaie pas de changer les mentalités des politiciens populistes qui nagent dans un océan de manipulation du pouvoir.
J’essaie de m’adresser à ceux qui sont apathiques, soit par fainéantise, soit tout simplement en raison d’une confortable igno­rance. La vague de terreur des quelques mois écoulés ne nous a pas encore empêchés de mener des existences normales. Il est toujours possible de mener une vie d’illusion, en supposant qu’à la fin tout va de toute façon s’arranger.
Si nous, les Israéliens, sommes parvenus à traverser toutes les guerres et intifadas jusqu’à présent, n’est-il pas évident que nous nous sortirons aussi de tous les ennuis à venir ?
En ce qui me concerne, contrairement à eux, j’ai l’impression que la vie aujourd’hui dans un Moyen-Orient instable et dans un pays juif en expansion constante ressemble à une course vouée à l’échec et sans espoir. Non seulement les valeurs normatives s’émiettent, mais la logique politique supposée centrée sur ses propres intérêts s’érode avec elles.
Est-ce que je crois que mes écrits naïfs vont être d’une aide quelconque ? Pas vraiment. Je suis de plus en plus persuadé que la possibilité d’une opposition politique capable de changer la tendance qui croît en Israël – une opposition qui annoncerait qu‘Israël n’est intéressé par aucune souveraineté au-delà des frontières de 1967 et qu’il a l’intention de ramener tous les colons dans leur patrie initiale, que les lieux saints n’ont nullement besoin d’être sous contrôle israélien exclusif et que Jérusalem peut être la capitale de deux États – la possibilité que cela arrive est proche de zéro.
Si la terreur devait s’accroître et si – grands dieux non ! – des agresseurs suicidaires plus âgés devaient rallier les jeunes d’aujourd’hui, il est possible, sinon aujourd’hui, la prochaine fois, alors, que de plus en plus d’Israéliens en auront réellement assez de l’occupation. Mais si ce triste scénario devait se matérialiser, ce ne serait qu’après que des quantités de sang encore bien plus grandes aient été versées dans les deux camps.
De même que je m’oppose à l’occupation et au refus des droits à autrui, je déteste également la terreur et je m’en détourne. Pour cette raison, j’en suis malheureusement venu à une conclusion que j’avais refusé précédemment de faire ou d’exprimer en public. Je ne puis plus continuer à critiquer l’application de pressions [extérieures] sur le gouvernement israélien.
Pendant des années, je me suis opposé aux boycotts et aux sanctions, mais je suis de plus en plus convaincu que, de même que les sanctions avaient fonctionné lorsqu’elles avaient été appliquées à l’Afrique du Sud et à l’Iran, elles pourraient tout aussi bien fonctionner si elles étaient appliquées à Israël.
Les sanctions n’ont pas dévasté l’Afrique du Sud ou l’Iran. Elle ne détruiront pas davantage Israël. Naturellement, je suis opposé en principe à des sanctions dont le but est de changer le régime et le style de vie en Israël. Personne d’autre, en dehors des Israéliens, n’a le droit de le faire.
Mais les sanctions qui seraient prises dans l’intention d’empêcher Israël de contrôler en permanence les exis­tences d’autres personnes en les privant du droit de contrôler leur propre territoire et leur propre sort au cours de ces 50 dernières années, ne contreviennent pas au principe démocratique de souveraineté. C’est le contraire qui est vrai. Elles lui donnent de l’expansion.
Il existe une possibilité, et non des moindres, que de telles sanctions puissent sauver les vies des agresseurs suicidaires aussi bien que celles de leurs victimes. Et, par-dessus tout, elles pourraient dégager Israël d’un piège dont – et chaque jour qui passe le prouve – il est incapable de s’extraire tout seul. À mon humble avis, quiconque aime cet endroit et refuse la terreur ne peut se permettre de continuer à protester contre des pressions et des sanctions qui deviennent de plus en plus légitimes."
(Traduit par Jean-Marie Flémal et Luc Delval pour le site "Pour la Palestine")
CAPJPO-EuroPalestine

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Un couple franco-palestinien subit une course contre la montre après que les autorités israéliennes aient en janvier détenu et expulsé une employée du consulat français, Elsa Lefort, enceinte de six mois et demi, l’empêchant de retourner auprès de son époux et dans leur maison à Jérusalem-Est sous occupation.
Interdiction de venir au monde à Jérusalem, sauf si labellisé « juif » Alors qu’elle n’est qu’à quelques jours de la date limite autorisée par sa grossesse pour voyager en avion, Elsa Lefort et son mari, Salah Hamouri, tentent désespérément de défendre leur cas de façon à ce que leur enfant puisse naître à Jérusalem, illustrant par leur situation si particulière les difficultés auxquelles font face les Palestiniens pour conserver leur droit et lieu de résidence dans Jérusalem-Est.
Enceinte de six mois et un « danger pour la sécurité d’Israël »
Hamouri, dont la mère est française et le père palestinien, est bien connu, après avoir passé près de sept ans emprisonné par Israël lors de la Seconde Intifada. Il a été emprisonné sous l’« accusation » d’être un membre du Front Populaire pour la Libération de la Palestine et d’avoir envisagé l’assassinat de Obadia Yossef, le leader du Shas [extrême-droite religieuse], charge qu’il a toujours niée.
Hamouri a été libéré en 2011 grâce à l’échange de prisonniers palestiniens avec Gilad Shalit [soldat israélien capturé par la résistance palestinienne]. Plus tard, en mai 2014 à Jérusalem-Est, il a épousé Elsa Lefort, très engagée dans le mouvement de solidarité en France pour sa libération.
Elsa Lefort a déclaré à Ma’an qu’en juin 2014, elle avait entamé le processus de demande de visa pour conjoint, afin d’obtenir son propre statut de résidente de Jérusalem-Est.
Toutefois, la procédure a traîné pendant plus d’un an jusqu’en août 2015, moment où elle a été informée que sa demande avait été refusée.
Elsa a fait appel de la décision du ministère israélien de l’Intérieur de refuser son visa de conjoint, et dans l’intervalle, a obtenu un permis de travail de son employeur, le consulat français à Jérusalem, valable pour un an jusqu’en octobre 2016.
Mais le 5 janvier, alors qu’elle rentrait d’un bref voyage en France pour les vacances, Elsa a été arrêtée [kidnappée] à l’aéroport Ben Gourion à Tel Aviv par la police israélienne et incarcérée pendant deux jours et deux nuits. On lui a d’abord dit que ses papiers n’étaient pas en règle, avant de l’informer qu’elle allait être expulsée et renvoyée en France parce qu’elle constituait un « danger pour la sécurité d’Israël. »
Selon le couple Hamouri, ce n’est pas la première fois que le statut de Hamouri comme ancien prisonnier a été exploité pour leur rendre la vie difficile.
En mars 2015, Hamouri a été interdit pendant six mois par les autorités israéliennes de se rendre en Cisjordanie occupée, lui interdisant de fait de fréquenter l’université de Ramallah pour obtenir son diplôme de droit. L’ordre a été renouvelé une fois de plus en septembre, toujours au nom de « la sécurité de L’État d’Israël », a-t-il déclaré dans un entretien avec Ma’an,
Pour Elsa Lefort, les difficultés qu’elle et son époux ont rencontrées représentent une peine supplémentaire depuis la libération de Salah, le tout culminant avec sa propre détention en janvier.
« Ils auraient pu me mettre dans le premier avion pour Paris », a déclaré Elsa. « Je ne sais pas quel est leur but en emprisonnant une femme enceinte de six mois et demi pendant deux jours. Sauf si vous voulez la décourager de jamais revenir. »
La police des frontières l’a informée à l’aéroport que son permis de travail avait été révoqué, mais Elsa réplique qu’elle ou le consulat français n’ont pour l’instant reçu aucune notification officielle de cette décision.
« Pourquoi m’ont-ils délivré un visa en octobre juste pour le révoquer deux mois et demi plus tard ? » demande-t-elle. « Ils auraient pu me dire non depuis le début. »
« Ce n’est pas que moi qu’ils sanctionnent, mais c’est aussi la diplomatie française. Ce qu’ils disent ainsi, c’est : ’nous pouvons révoquer le visa d’un employé chaque fois que nous le voulons, sans même prévenir’. »
Négociations délicates
Depuis janvier, Elsa Lefort est en France, essayant d’obtenir le droit de retourner auprès de son mari, à Jérusalem-Est.
Le ministère français des Affaires étrangères, ainsi que l’ambassade française en Israël et le consulat français à Jérusalem ont demandé depuis janvier qu’Israël autorise Elsa à rentrer à Jérusalem-Est.
« Ils (consulat et l’ambassade) ont fait leur travail. Quand j’étais détenue, ils ont essayé de me faire sortir, ils ont essayé d’améliorer les conditions dans lesquelles je me trouvais », a déclaré Elsa. « Mais maintenant, ce n’est plus à leur niveau, c’est à celui du ministère des Affaires étrangères. »
Le cas de Elsa Lefort a été soulevé lors d’une session de l’Assemblée nationale française ce mercredi, lorsque Harlem Désir, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, a parlé de l’engagement du gouvernement à trouver une solution à la question.
« Depuis que nous avons été informés (de la situation), le ministère français des Affaires étrangères s’est complètement mobilisé en appui à Mme Lefort », a déclaré Desir. « Nous avons demandé et continuons de demander sans relâche aux autorités israéliennes de revenir sur leur décision. »
Mais Elsa Lefort et Salah Hamouri n’ont pas encore vu le moindre signe encourageant quant à l’évolution de leur dossier.
Selon Lefort, c’est un « tabou » dans la diplomatie française quand il s’agit de traiter avec Israël. Cette réticence a des répercussions directes sur la vigueur des efforts de son gouvernement pour obtenir une solution à son cas.
« Nous voyons combien différemment sont traités les cas de personnes qui ont eu des problèmes avec les autorités au Burundi et au Népal, par rapport à quelqu’un qui a des problèmes avec Israël », dit-elle, se référant aux incidents impliquant des citoyens français dans les pays mentionnés ci-dessus, et qui ont reçu une attention politique et des médias considérables au cours des dernières semaines.
« Ce n’est pas très surprenant, c’est autant un tabou dans les médias que sur le plan diplomatique. Il y a toujours cet obstacle quand il s’agit d’Israël », a-t-elle ajouté. « Nous avons un soutien populaire très actif, tout comme nous l’avons vu quand Salah était en prison, mais au niveau politique et médiatique, ce n’est pas du tout la même chose. »
Un compte à rebours pour avoir le droit de vivre à Jérusalem-Est
Une préoccupation majeure pour Elsa Lefort et Salah Hamouri est que leur enfant ne puisse pas naître à Jérusalem-Est, ce qui le (ou la) priverait de son droit de résider dans la ville.
« Même [s’il naissait ici] cela ne signifierait pas que notre enfant sera enregistré en tant que tel, simplement parce qu’il y a tant d’obstacles mis en place pour les enfants nés à Jérusalem. Mais c’est encore pire pour ceux qui sont nés à l’extérieur », a déclaré Elsa.
« C’est la pression exercée par les forces d’occupation pour essayer de nous mettre dehors, pour nous forcer à partir d’ici », a déclaré Salah Hamouri.
En 1967, après leur invasion de Jérusalem-Est, les autorités israéliennes d’occupation ont fait un recensement de la population palestinienne résidant dans la ville à ce moment-là - à l’exclusion de ceux qui avaient fui pendant la guerre des Six Jours - et leur ont accordé un statut de résident au lieu de citoyens d’Israël.
Les résidents palestiniens dans Jérusalem-Est doivent être nés dans la ville, mais leur statut peut être révoqué pour un certain nombre de raisons, une fois atteint l’âge de 14 ans.
Depuis 2003, la législation israélienne a gelé la réunifications des familles lorsque certains membres viennent de Cisjordanie ou de Gaza et que d’autres sont résidents de Jérusalem-Est ou ont la citoyenneté israélienne, affectant des milliers de familles.
Dans un rapport de 2015, l’organisation de défense des droits humains Saint Yves a vivement critiqué le ministère israélien de l’Intérieur et ses « procédures arbitraires sur l’enregistrement des enfants. » L’organisation a ajouté que la législation israélienne concernant Jérusalem-Est sur le droit à résidence, signifie que « d’année en année, le ministère se rapproche de la réalisation son but ultime : vider la ville de sa population palestinienne ».
« J’ai encore l’espoir que cette situation sera résolue et que notre famille sera réunie à nouveau », nous dit Salah.
« C’est une pression psychologique quotidienne. Elsa est enceinte de bientôt huit mois, et elle est en France, faisant face en plus de cela à toutes les complications d’être une femme qui attend un bébé. Elle a besoin de moi et j’ai besoin d’elle. »
Au-delà des circonstances difficiles vécus par leur propre famille, Elsa Lefort a dit qu’elle et son époux sont bien conscients que leur situation reflète la lutte à plus grande échelle des Palestiniens dans la ville sainte.
« Nous voulons faire connaître le traitement que subissent les Palestiniens de Jérusalem, » dit-elle. « Nous nous battons pour réunir notre famille, mais nous ne nous battons pas que pour nous-mêmes. Nous voulons que les gens sachent ce qui se passe à Jérusalem, que les choses changent, et que l’injustice cesse. »

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