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Tunisie

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Bertrand Delanoë : Mon parti, c'est le peuple tunisien Bertrand Delanoë, maire de la ville de Paris. © AFP

Tunisien de cœur, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, est le premier responsable politique français à effectuer une visite officielle au pays du Jasmin depuis la victoire socialiste à la présidentielle française, en mai dernier. Lors de sa présence dans le pays, du 5 au 8 novembre, il a rencontré les dirigeants de la troïka gouvernementale, des représentants de l’opposition et de la société civile et participé, en tant que Maire de Paris, aux Assises de coopération décentralisée tuniso-française, à Monastir, où "Jeune Afrique" l'a rencontré. Interview.

Jeune Afrique : Que représentent ces assises de coopération décentralisée tuniso-française à Monastir ?

Bertrand Delanoë : L’enjeu est d’imaginer un avenir favorable au renforcement des relations d’amitié entre nos deux pays et à l’engagement de nouvelles actions de coopération décentralisée entre les collectivités locales françaises et tunisiennes. Certains blocages ayant été levés, l’objectif est que nos actions bénéficient aux populations. L’une d’entre elles consiste, pour la mairie de Paris, à faire don de véhicules pour la collecte des poubelles mais aussi d’accompagner la formation en matière de gestion des déchets.

Quelle est la coopération entre Tunis et Paris ?

Sur proposition du maire de Tunis, Seifallah Lasram, la coopération se met en place. Il a suggéré de mener sur la capitale une action que j’avais lancée à Bizerte. Il s’agit, pour la mairie de Paris, de participer à la rénovation de trois cimetières, un musulman, un juif et un chrétien. Entre nos deux villes, il s’agit d’abord d’une histoire d’amitié et d’estime. D’ailleurs, Paris va rendre hommage au grand militant syndicaliste, Farhat Hached en donnant son nom à un espace public.

Vous venez souvent en  Tunisie, que retenez-vous des transformations que vit le pays ?

Mon approche n’engage pas la France. La Tunisie est en train de bâtir quelque chose de nouveau, la révolution est passée par là. Tout n’est pas simple en démocratie, mais elle vaut bien mieux qu’une dictature. Les Tunisiens avancent ; la recherche de compromis est nécessaire autour de la Constitution, mais la discussion parlementaire sur la mise en place de l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie) montre aussi que le dispositif implique des convergences. Il est certain que des décisions concertées importantes seront prises en matière de constitution et d’Isie.

Les Tunisiens n’ont pas envie que la France marque une distance.

Il est également très net que tout le monde est préoccupé par les violences politiques qui ne font pas avancer la démocratie. L’initiative de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) est positive même si tout le monde n’y a pas adhéré. C’est le débat. Je sens bien qu’elle va continuer à être l’une des forces qui apporte quelque chose au pays. Depuis la lutte nationale, l’UGTT est représentative d’une partie du peuple et cela peut avoir des conséquences en ce moment historique. Il faut aussi souligner l’action de la Ligue tunisienne des droits de l’homme et celle de l’association des femmes démocrates.

Quelle est votre appréciation des relations tuniso-françaises ?

Il faut être aux côtés du peuple tunisien, la France doit manifester sa solidarité, son attention et son affection à la Tunisie, mais elle est évidement libre de ses choix. Il faut qu’on entre dans une relation simple, amicale et transparente ; les Tunisiens n’ont pas envie que la France marque une distance. Je sais que François Hollande aime beaucoup la Tunisie ; il avait été heureux et impressionné lors de sa visite en 2011, elle lui a permis de mieux comprendre les Tunisiens.

Certains ont critiqué vos rapports avec le régime de Ben Ali…

Je n’ai pas vu Ben Ali depuis 2001. En 2004, il avait conditionné un entretien au fait que je ne rencontre pas Mokhtar Trifi et Mohamed Charfi, avec lesquels j'ai des liens d'amitiés. Je les ai vus, et pour cette raison, Ben Ali a annulé le rendez-vous.

Quelle est votre perception de la vie politique tunisienne ?

Les Tunisiens n’ont pas besoin de moi pour avoir un avis. La vie de toute formation politique passe par des moments différents, l’histoire n’est jamais immobile, la Constitution apportera les réponses mais je ne me risque pas à porter des jugements et ne prends pas de position dans les débats politiques tunisiens. Je regarde, j’écoute et ne suis jamais loin. Mon parti c’est le peuple tunisien.

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Propos recueillus par Frida Dahmani, à Tunis

 

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Tunisie : Soumaya Ghannouchi, l'enfant terrible Soumaya Ghannouchi est aussi l'épouse de Rafik Abdessalem, le ministre des Affaires étrangères. © Nicolas Fauqué/ImagesdeTunisie.com

Fille cadette du chef d'Ennahdha, Soumaya Ghannouchi est une pasionaria tunisienne qui pourfend tous ceux qui ne partagent pas ses idées. Portrait.

Les proches des leaders islamistes sont en général très discrets. Exception à la règle, Soumaya, la fille cadette de Rached Ghannouchi, président du parti islamiste Ennahdha, et épouse de Rafik Abdessalem, le ministre des Affaires étrangères. Regard aguicheur et langoureux sur sa page Facebook, elle se montre beaucoup moins tendre dans ses écrits, où l'opposition et les progressistes tunisiens en prennent pour leur grade.

Encore inconnue il y a un an, cette diplômée en philosophie de 26 ans était apparue aux côtés de son père, telle une odalisque voilée, pour fêter la victoire d'Ennahdha aux élections du 23 octobre 2011. Depuis, si on ne connaît toujours pas le son de sa voix, elle exprime sur les réseaux sociaux des idées radicales, relayant les propos de son père et défendant son époux dès qu'il commet une gaffe.

"Pleurnichards"

Contrairement à sa soeur Intissar, avocate et chargée des relations internationales d'Ennahdha, Soumaya n'a pas de fonction officielle, mais entend jouer un rôle même si nul ne le lui demande. Chercheuse à la School of Oriental and African Studies de Londres, cette mère de deux enfants a connu un début de notoriété en publiant des analyses sur les révolutions arabes dans le quotidien britannique The Guardian.

Dans un brûlot fielleux publié un an après les premières élections libres, elle écrase de son mépris ceux qu'elle traite de mauvais perdants "pleurnichards"

Issue de la génération des Tunisiens de l'exil, ayant grandi à Londres dans le huis clos des cercles islamistes qui, sans connaître réellement leur pays d'origine, militaient pour les droits des peuples arabes et pour une certaine vision de l'islam, Soumaya s'en prend aussi bien aux médias qu'aux opposants et aux modernistes. Dans un brûlot fielleux publié un an après les premières élections libres, elle écrase de son mépris ceux qu'elle traite de mauvais perdants « pleurnichards ». « Mon père a souffert, au tour des autres de souffrir », assène-t-elle, revancharde. L'opinion en a le souffle coupé, les intellectuels la vouent aux gémonies. Pourtant, Soumaya, qui préfère porter le nom de son illustre géniteur, est l'auteure d'un mémoire sur « l'histoire de la subjectivité, de Descartes à Heidegger ».

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